SECONDE EXPÉDITION DE CONSTAKTINE
et aucun corps ne faisait mine de faire face à l'ennemi. « Dans ee moment diflicile, où l'armée se trouvait pressée par un ennemi implacable, supérieur en nombre et enflé de sa victoire, dit le capitaine Pélissier, la bravoure et l'habileté d'un simple officier empêchèrent peut-être le mal de devenir plus grand «ncore. Le commandant Changarnier, arrivé à Mansourah au moment où le 59e et le 65* effectuaient leur retraite, se trouva former l'extrême arrière-garde, avec son bataillon réduit à un peu moins de trots cents hommes. 11 arrête sa petite troupe, la forme en carré : — Allons, mes amis, dit-il, voyons ces gens-là en face; ils sont six mille et vous êtes trois cents, vous voyez .bien que la partie est égale. — Les soldats auxquels il s'adressait, tous dignes d'un chef digne d'eux, attendent l'ennemi à portée de pistolet et le repoussent par un feu de deux rangs nourri, bien dirigé, et dont l'effet fut des plus meurtriers. L'ennemi, renonçant alors aux charges, reprit son système de tiraillement, et fut pendant tout le reste du jour contenu à distance.»
Cette vigoureuse résistance, arrêtant court les vainqueurs au moment opportun, sauva, on peut le dire, l'armée. « Dans un moment si grave et si diflicile, dit le maréchal commandant en chef dans son rapport, M. le commandant Changarnier s'est rouvert de gloire, et s'est attiré les regards et l'estime de toute l'armée1. » Pendant qu'un petit nombre de braves contenaient ainsi l'ennemi, le maréchal Clausel, qui retrouvait ses grandes <l naines militaires dans les circonstances périlleuses, remit de l'ordre dans sa colonne de retraite, et pourvut à tout avec autant de présence d'esprit que d'énergie. D'un autre côté, les Arabes, les Kabyles et les Koulouglis, qui étaient sortis de Constanline, après les fatigues d'une nuit de combat, sans vivres et avec peu de munitions, ne pouvaient fournir une longue poursuite. Du moment que l'armée française avait soutenu et repoussé leur premier choc, ils étaient obligés par la fatigue et la faim de re-
* Voir au Moniteur du 1G décembre 1856 le rapport du maréchal Clausel, daté de Bone le 1" décembre 1836.
tourner en arrière; ce fut ce qui arriva. On peut dire que le w24 novembre, à midi, l'armée était sauvée1. Elle pouvait encore être inquiétée, mais non détruite par la cavalerie d'Ahraed-Bey, qui continua à la suivre, en escarmouchant et en coupant la tête aux traînards. Le 1er décembre 185G, l'armée était de retour ù Bône, après une marebe de sept jours de retraite, et une campagne de vingt jours, dans laquelle elle n'avait guère perdu que cinq ceuts hommes tués ou blessés; mais, en comptant les raa- Jades qui allèrent mourir dans les hôpitaux après cette funeste campagne, on peut porter sans exagération nos pertes à deux mille hommes ; c'était presque le tiers des troupes engagées.
L'insuccès de l'expédition de Constantine amena le rappel du maréchal Clausel, la nomination du général Damrémont, et, bientôt après, les préparatifs d'une nouvelle expédition, car la France ne pouvait rester sous le coup d'un premier revers. La situation de nos a flaires prenait, en effet, une fâcheuse tournure dans toute l'Algérie. Dans la province d'Oran, les garnisons de Tlemsen et de la Tafna étaient étroitement bloquées, et Abd-el- Kader, à peu près maître absolu de la campagne, prenait ses dispositions pour soulever contre nous les tribus mêmes de la Mitidja. Dès que le général Damrémont eut pourvu au ravitaillement de ces postes et à la sécurité de la province d'Alger, il se hâta de faire ses préparatifs pour l'expédition de Constantine, après une négociation inutile pour obtenir la soumission volontaire d'Ahmed-Bey à des conditions honorables. Le duc de Nemours, comprenant ce qu'il devait au sang des Bourbons qui coulait dans ses veines, avait voulu avoir sa part dans la revanche de nos armes, après avoir assisté à l'échec de 1856; il commandait une brigade dans la nouvelle expédition. Pendant que ces préparatifs s'achevaient, le général Rulhicres que le général Damrémont avait laissé en avant de Bône, a Medjez-Hammar, sur la rive gauche de la Sev bouse, qui devait être la base d'opérations de l'armée expéditionnaire, fut attaqué pendant trois jours consé-
1 Documents inédits.