‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 147 sur 183 · ARRIVÉE DU MARÉCHAL BUGEAUD · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DU MARÉCHAL BUGEAUD

succès complet. C'est ainsi que ce brillant officier, pour qui les difficultés étaient une occasion de développer des facultés militaires de premier ordre, se sentait plus à Taise en montant, comme les natures destinées au commandement. Il avait mis dixsept ans à parvenir du grade de sous-lieutenant à celui de chef de bataillon, et ne devait en mettre que quatre et demi à parvenir du grade de chef de bataillon à celui de lieutenant général.

Le maréchal Valée ne conserva pas ses fonctions au delà de la fin de l'année 1840. Malgré des fautes réelles, il laissa des souvenirs à jamais honorables en Afrique par l'école de haute probité militaire qu'il groupa autour de lui, par la manière intelligente dont il organisa la province de Constantine, et la vigueur avec laquelle il rétablit les affaires que son désir de prolonger la paix de la Tafha et sa confiance peu motivée dans la durée de cette paix, après l'expédition des Biban, avaient un moment compromises. Quand il se retira devant le général Bugeaud, désigné pour lui succéder, la supériorité de nos armes

leurs nerfs. Elles étaient actuellement en haleine, il fallait en profiter. Quand les soldats sauraient qu'on les faisait marcher pour aller au secours de leurs camarades, ils useraient leurs jambes jusqu'aux genoux. »

Le maréchal exprima au colonel Cliangarnicr sa satisfaction de lui entendre si bien soutenir une opinion qui était déjà la sienue. « Montez à cheval, lui ditil, reprenez le commandement de votre brigade; et quand vous aurez établi votre bivac au bois des Oliviers, vous viendrez me joindre. » Dès que le colonel Changarnier parut, le maréchal lui demanda s'il avait bien réfléchi a la conversation qu'ils avaient eue, et s'il persistait dans son opinion. — « Plus que jamais, répondit le coIoikîI Changarnier ; je n'en doute pas, vous réussirez. — Mais sommes-nous assez nombreux? Abd-el-Kader a reçu des renforts. — Vous avez assez de troupes, vous passerez partout, et vous battrez tout ce qui se présentera. » Le maréchal répondit alors : c Je suis mal portant, c'est vous qui commanderez, parce que vous avez confiance. »

Le colonel Changarnier demeura tres-surpris. Il fit remarquer au maréchal Valée qu'il y avait là plusieurs ofïU'iers supérieurs en grade. « Peu m'importe, répliqua brusquement le maréchal, vous êtes l'homme de la chose ; ma décision est prise, vous commanderez. Maintenant laissez-moi dormir, et allez vous coucher. »

Ce ne fut que le lendemain, à Médéah, qu'on apprit, par un ordre du jour, que le colonel Changarnier prendrait le commandement d'une colonne qui contenait, en réalité, tout ce qu'il y avait de valide dans l'année.

était évidente, et Abd-cl Kader avait été battu partout où il avait accepté le combat. Mais il était loin d'être soumis. On l'avait souvent vaincu sans avoir encore trouvé le genre de guerre qui devait user sa puissance. H était réservé au général Bugeaud d'introduire cette guerre en Afrique.

Le nouveau gouverneur, trop déprécié d'abord, trop exalté depuis, comme il arrive dans les temps de révolution, se présentait sous les auspices d'un fâcheux souvenir : il était l'auteur du trailé de la Tafna. Mais, en revanche, il apportait des avantages qui le rendaient propre à la tâche qu'il avait à remplir. Son esprit, sans être très-vaste, était lucide, ferme et plein de ressources. C'était un homme d'expérience militaire et de bon sens pratique, quoique cherchant le paradoxe dans la discussion; trivial, souvent à dessein, dans la forme, mais d'une sagacité rare, d'une intelligence essentiellement applicable; cachant une finesse et une pénétration remarquables sous une rude enveloppe; du reste, énergique et infatigable dans l'action, ayant plusieurs des qualités éminentes de l'homme de guerre, clairvoyant dans ses plans, tenace, énergique dans ses entreprises, capable cependant de commencer des fautes et ne pas les achever. Bon pour le soldat, du bien-être duquel il se montrait préoccupé, et auquel il savait inspirer la confiance; moins agréable aux chefs qui commandaient sous lui, et qui le trouvaient trop personnel et d'un commerce peu sûr, ayant les vertus intellectuelles du commandement plutôt que les vertus morales qui les rehaussent, et compensant, par la rectitude de son jugement, les inconvénients de son caractère sans les corriger; un de ces hommes qui n'imposent à leurs coopérateurs ni le dévouement ni l'affection, mais cette considération qu'on ne peut refuser à un sons puissant et à une nature vigoureusement trempée. En outre, le général Bugeaud, plus agréable au gouvernement que le maréchal Valée, devait obtenir des forces refusées à son prédécesseur. Le maréchal Valée n'avait disposé que de 63,591 hommes, disséminés dans toute l'Algérie, ainsi qu'il suit : à Alger, 50,758; à Oran, ir>,2G0; à Constantine et Bône, 17,505. Le général

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