‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 154 sur 183 · ABD-EL-KADER DANS LE MAROC · texte numérisé non relu

ABD-EL-KADER DANS LE MAROC

deux étapes à cette guerre dont on proclamait la fin : la rupture avec le Maroc et l'insurrection générale de 1845.

Au commencement de l'année 1844, l'Algérie semblait jouir d'une paix profonde. La voix de la poudre, comme parlent les Arabes, avait cessé de s'y faire entendre. Seulement il y avait sur la frontière du Maroc un petit nuage noir, d'où la guerre devait sortir. Abd-el-Kader, qui joignait à ses talents militaires l'esprit politique, avait fait, en entrant sur la terre du Maroc, un coup de partie ; il avait attaqué des tribus en état de révolte contre le souverain de cette contrée, et lui avait envoyé ses prisonniers et une partie de son butin. 11 semblait donc être venu pour rendre un service et non pour en demander un, et s'était posé devant les populations comme l'allié de l'empereur Abd-er-Rahman. Nous étions restés avec le Maroc dans de bons rapports officiels, dus à l'esprit à la fois conciliant et ferme 1 du général Bedeau. L'empereur craignait la guerre ; il connaissait la puissance de la France, et la chute récente du dey d'Alger était pour lui une leçon. En outre, s'il révérait Abd-el-Kader comme un saint de l'islamisme, presque comme un prophète, il le craignait comme un compétiteur, car il connaissait son influence sur les tribus marocaines et il ne doutait pas de son ambition. De ces sentiments contradictoires résultait une politique équivoque. 11 ne voulait pas s'engager avec Abd-cl-Kadcr contre nous, et il ne voulait point agir en notre faveur contre Abd-el-Kader, qu'il regardait comme le champion sacré de l'islamisme, et qui en outre avait dans son empire une force d'opinion qu'il eût été imprudent de heurter. C'était à peu près la situation de Bocchus vis-à-vis de Jugurtha '.

Abd-el-Kader comprit que la guerre sortirait de cette situation s'il parvenait à nous attirer sur le territoire marocain, et, afin d'obtenir ce résultat, il commença à faire des razzias contre

1 Annales algériennes, tome III, page 111.

* Affinitatem, cognationem, prxterea fœdus intervenissc ; ad hoc meluere ne fluxd fide ttsus popttlarium animos averteret qui* et Jugttrtha caruset Romani invisi erant. (Salluste, dcBello Jugurthino.)

les tribus soumises à notre domination, qui avoisinaient le Maroc. Le général Lamoricière occupa aussitôt les points extrème> de notre territoire sur la frontière, Sebdou et Lella-Magrnia, et y fit établir des camps retranches destinés à surveiller l'émir dont, on demandait l'internation. par les voies diplomatiques.

Dans ces contrées barbares, la délimitation des frontières est toujours incertaine. Les Marocains prétendirent que le territoire de Lella-Magrnia , que nous occupions, faisait partie de leur empire. Les esprits, déjà animés parla présence de Ternir, s'exaltèrent : la guerre sainte fut proclamée par la multitude depuis la frontière jusqu'à Mogador. Le gouvernement marocain, comme il arrive aux gouvernements faibles, se mit à la suite d'un mouvement qu'il regrettait, mais en dehors duquel il n'osait rester, dans la crainte d'être débordé et renversé par une révolution ; il envoya des troupes sur ses extrêmes limites, en donnant des instructions pacifiques à son général. Dès lors la guerre devint inévitable. (In était en présence.

A cette nouvelle, le maréchal Bugeaud, qui, profitant du loisir que lui laissaient les Arabes, faisait une expédition dans les montagnes de Sébaou, afin d'y réduire les Kabyles de celte contrée, chez lesquels un des lieutenants de l'émir, Ben-Salem, trouvait un asile, et de s'emparer de la petite ville de Dellys, reçut, sans beaucoup y compter, la soumission des Flissa, et accourut en toute hâte sur la frontière du Maroc. Un engagement avait déjà eu lieu; le général Lamoricière, attaqué à l'improviste par une partie de la cavalerie marocaine sortie de ce camp, où l'on ne savait ni commander ni obéir, avait taillé en pièces les assaillants. Malgré cet événement, le maréchal Bugeaud, comprenant que la France n'avait aucun intérêt à agrandir ses champs de bataille en Afrique, demanda au chef des forces marocaines, El-lîuennaoui, une entrevue, afin de chercher à se mettre d'accord. El- (luennaoui, qui avait pour instructions d'éviter la guerre, aeeepla volontiers cette proposition. Le général Bedeau, chargé de représenter la France dans cette conférence (16 juin 1844), marcha an -devant du général marocain avec une escorte de qualtv

Page 1