‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 176 sur 183 · PRECAUTIONS A PRENDRE A CE SUJET · texte numérisé non relu

PRECAUTIONS A PRENDRE A CE SUJET

Le nombre de l'infanterie ne varie point ; quant a la cavalerie, il est réellement impossible d'en faire l'évaluation. Lorsqu'on doit faire la guerre, la Régence somme les tribus soumises de lui fournir tel nombre de cavaliers. Cette levée se fait avec plus ou moins d'exactitude et de célérité, selon le plus ou moins d'harmonie qui règne entre les deys et les beys, selon les dispositions particulières des cheiks, ou chefs de tribus, etc. Généralement le nombre fourni est inférieur au nombre demandé. Certaines circonstances peuvent produire un effet contraire. Par exemple, le fanatisme religieux contre une nation ehrétienne, l'espoir d'un grand butin, etc.

Voici cependant une donnée approximative, au moins. Les préparatifs de la descente des Espagnols, en 1775, furent connus un mois ou deux d'avance à Alger. La Régence, sachant les Espagnol en paix avec l'Angleterre, ne douta point qu'il fut question d'elle. D'ailleurs, les consuls des autres nations prirent, dit-on, le soin de l'en avertir. De plus, la flotte resta huit jours en rade d'Alger avant d'opérer son débarquement. Le dey eut donc tout le temps de se préparer. Or, selon ce que les Algériens dirent alors, il avait réuni 80,000 hommes; mais l'esprit d'exagération de ces gens-là, l'espèce d'impossibilité où ils sont de rien vérifier à ce sujet, permettent, sans crainte d'erreur, de réduire ces 80,000 hommes à 00,000. G0, 000 serait donc le maximum des troupes que le dey pourrait rassembler, en supposant les circonstances les plus favorables pour lui.

Il est fort à désirer que la guerre continue entre les Régences d'Alger et de Tunis; cela occuperait le bey de Constantinc, dont le contingent est seul plus considérable que ceux d'Oran et de Tittcry. 11 n'est point impossible d'avoir une ceiiaine influence sur la résolution "qui sera prise à ce sujet. Le bey de Tunis aime l'or par-dessus tout ; il hait mortellement les Algériens, et veut absolument s'affranchir de tout tribut. De son côté, le dey d'Alger est, en quelque sorte, obligé de faire la guerre, pour occuper ses troupes et trouver le moyen de les payer. A son avènement au trône, il leur promit double solde, et commence à se trouver embarrassé pour remplir sa promesse.

Un autre moyeu de diminuer les forces du dey serait de faire, au moment de l'expédition, un détachement sur Oran, ne fût-ce que pour fournir au bey un prétexte de ne pas envoyer son contingent, ou de l'envoyer très-faible. On {tourrait aussi parlementer avec lui et gagner du temps.

11 y a, d'Alger à Conslantine, 80 fortes lieues ; à Oran, 70 a 80 ; à Tittery, — Le contingent de cette dernière ville est peu de chose. Un courrier ne mettrait guère moins de trois jours pour arriver a Constantinc et Oran. L'expédition des ordres du bey, et la réunion des troupes par cantons, demanderaient au

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moins cinq à six jours ; le temps de la marche pour se rendre a Alger peut être évalué à huit ou dix. Ainsi le rassemblement des troupes emporterai! quinze à vingt jours. Mais nous supposons la plus grande diligence possible : il s'en faut bien que les Algériens soient habituellement aussi lestes. Il» ont mis, cette campagne, cinq a six semaines pour aller à Constantine. Il est vmi que c'était de l'infanterie, et qu'il est question de la cavalerie.

Il est donc de la plus haute importance que nos préparatifs soient secrets, et d'arriver le plus possible a l'iuiproviste. Si l'on surprend les Algériens, tout promet le succès le plus prompt et le plus complet. On sent facilement que le* difficultés seront en raison des préparatifs qu'ils auront pu faire.

On a déjà fait connaître l'esprit de la légation espagnole, et de huit a dix individus qui composent cette nation à Alger. Le rappel de cette légation parait une précaution indispensable.

L'infanterie algérienne est année d'un fusil, de deux pistolets, et d'un yatagan, ou long coutelas. Les spahis, ou cavaliers (ils sont tous Maures), ont à peu près le même armement. Ils se battent isolément ; ils arrivent à toute bride sur l'ennemi, tirent leur coup de fusil, le plus souvent sans ajuster, retournent en arrière, chargent, et reviennent de nouveau.

La Régence a établi depuis peu une compagnie composée de Turcs et de Koul- Oglous, qu'on appelle artillerie volante. Ce sont des cavaliers dont la barde ou selle est surmontée par devant d'un pivot d'environ un pied et demi de haut, sur lequel on fixe une espèce de gros tromblon. Celle arme, qui se ment à pou près comme un télescope, se charge de côté pour la commodité du cavalier. On devait eu faire l'essai dans cette campagne.

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