TRAITÉS DEPUIS 1688. H
céderas ou lu iombcras sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles delà chrétienté. Tu disais en ton cœur avare : Je tiens la mer sous mes lois, et les nations sont ma proie. La légèreté de tes vaisseaux te donnait de la confiance; mais lu te verras attaquée dans tes murailles comme un oiseau ravissant qu'on irait chercher parmi ses rochers, el dans son nid où il partage son bulin à ses petits. Tu rends déjà tes esclaves; Louis a brisé les fers dont tu accablais ses sujets, qui sont nés pour être libres sous son glorieux empire. Dans ta brutale fureur tu te tournes contre toi-même1, et tu ne sais comment assouvir ta rage impuissante. Mais nous verrons la (in de tes brigandages. Les pilotes étonnés s'écrient par avance : Qui est semblable àTyr? et toutefois elle s'est tue dans le milieu de la mer. »
Le génie, regardant de haut, voit de loin. C'est ainsi que le grand orateur chrétien, dans le premier avantage de Louis XIV, voyait le triomphe plus complet de 1G88, et la conquête définitive accomplie, un siècle et demi plus tard, par un de ses lointains descendants, dont les armes victorieuses devaient répondre à la question des pilotes : « Qui est semblable à Tyr? et toutefois elle s'est tue dans le milieu de la mer. »
A partir du traité de 1688, Alger renonça à exercer, d'une manière systématique, la piraterie contre la France, et continua ses déprédations contre les autres puissances européennes, qui ne surent pas lui imposer, par les mêmes moyens que Louis XIV, le respect de leur pavillon. La Méditerranée , relativement sûre pour notre commerce, malgré des violations de détails qui amenèrent de nouveaux traités, demeura donc dangereuse et inhospitalière pour le commerce espagnol, italien, anglais, ce qui nous assura le négoce à peu près exclusif du littoral. Les Espagnols, après l'échec de l'expédition d'O'Ucilly, en 1775, avaient tenté, en 178") et 1784, des bombardements ^sans y donner assez de suite pour réduire les Algériens. L'Espagne, sur son déclin, n a-
1 Allusion à l'insurrection dans laquelle périt le dVy pendant le bombardement de 1683.
120 niSTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.
vait plus la hardiesse de conseil et la ligueur d'action nécessaires pour mener une entreprise difficile à lin. L'Angleterre, la Hollande, un moment affranchie par son Ruyter, la Suède, le Danemark, l'Espagne, l'Amérique, payaient tribut et n'affranchissaient qu'à demi leur commerce par cette concession. L< s Etals italiens n'obtenaient à aucun prix de traités; les Algériens les regardaient comme leur proie.
Les dates du renouvellement des traités de la France avec le dey sufliraient, au besoin, pour indiquer, par les réparations exigées et obtenues, les infractions qui troublaient la bonne harmonie des rapports.
Dans le mois de mai 1694, un traité, connu sous le nom de traité Hely, avait confirmé les droits et les possessions du Bastion de France.
Le 27 mai 109o, M. Dusault, gouverneur du Bastion de France, signait un traité pour cent ans avec le dey de Tripoli. 11 était convenu qu'on remettrait à M. Dusault trois vaisseaux désignés par lui, avec leurs armes, équipement et chargement de blé, trente chevaux barbes des plus beaux, tous les prisonniers faits sous pavillon français. Ce traité était confirmé en 1720, dans un nouvel accord négocié par M. Dusault, en qualité de ministre plénipotentiaire.
Le 50 mars 1752, un article supplémentaire était ajouté à ces conventions, pour menacer de la peine de mort les corsaires qui troubleraient la navigation des bâtiments de la France ou insulteraient son pavillon. Si ces gouvernements de pirates observaient peu la foi jurée, il faut dire aussi qu'ils étaient mal obéis par leurs sujets, et que la police des mers n'était point facile à faire. De là eus peines terribles édictées contre les contrevenants.
Dans tous les actes diplomatiques négociés pendant le règne de Louis XIV, le roi de France n'était pas désigné comme traitant directement avec les puissances barbaresques. Le roi, trouvant au-dessous de sa dignité de paraître comme l'égal de ces puissances, autorisait seulement une personne à négocier et à conclure en son nom.
ItAFFORTS AVEC ALGER JUSQU'EN 1789. 121
Sous Louis XV les conventions, les traites et les renouvellements de traités avec les puissances barbaresques furent fréquents. Ces confirmations, obtenues par la force ou l'intimidation, attestent à la fois les violations commises par les corsaires et leur terreur devant les armes de la France. Mais il est remarquable qu'on eut plus rarement à renouveler les traités avec Alger qu'avec les autres Barbaresques.
En 17C4, il y eut un traité signé par le chevalier Fabry, major des années navales du roi, commandant l'escadre mouillée ù Alger. Ce traité stipulait que tous les griefs passés seraient oubliés: qu'un délai de trois mois serait donné aux marchands français résidant à Alger, s'il survenait une rupture; que, dans le cas d'une collision entre un navire français et un navire algérien, le coupable serait sévèrement puni par le dey, s'il était Algérien, par le consul, s'il était Français; que les corsaires de Salé ne pourraient vendre leurs prises ni même être reçus dans le port d'Alger; que, s'il y avait combat entre les corsaires d'Alger et un bâtiment français , aucun mal ne serait fait aux Français résidant à Alger.
L'expérience avait appris au gouvernement français qu'il fallait prévoir, comme des accidents inévitables, les cas de violence exercée sur la mer par les corsaires sans permission de leur gouvernement, et ne pas faire dépendre de ces accidents la sécurité générale du commerce français à Alger et la paix.
Les dates des traités et renouvellements de traités avec les autres puissances barbaresques sont plus nombreuses. En 1720, 1729, 1742, 1743, 1770, on retrouve la trace de négociations de ce genre avec Tunis et Maroc. Les droits de la France étaien souvent violés ; mais la terreur qu'inspiraient les armes françaises les rétablissait toujours.
Cet état de choses dura jusqu'à la Révolution de 1789. On voit encore sous Louis XVI les puissances barbaresques attacher un grand prix à l'amitié de la France. L'éclat avec lequel son pavillon venait de paraître sur les mers était de nature à lui concilier le respect des puissances barbaresques, et c'est à cette époque
que l'empereur de Maroc fit racheter, habiller à ses frais, et renvoya an roi des matelots français qui avaient fait naufrage sur ses côtes et avaient élé dépouillés et réduits en esclavage par les tribus nomades. La France occupait cette situation privilégiée quand la dévolution française éclata.