M. DUPETIT-TOOUARS ET LA COMMISSION MARITIME
Thouars, qui, fortement appuyé par le ministre de la marine, obtint cette fois de prime abord les honneurs de la séance, combat lit vivement ce plan. Il exposa que la condition essentielle du succès était de jeter tout d'abord sur la plage un grand nombre d'hommes organisés et prêts à combattre : or ce n'était qu'en embarquant la plus grande partie de l'armée et du matériel sur des vaisseaux de guerre qu'on pouvait remplir cette condition. Ces vaisseaux, en outre, offriraient seuls les garanties nécessaires, soit par leurs qualités qui leur permettaient de se maintenir contre les courants ou le mauvais temps, pendant que la flotte resterait ralliée sur la côte en attendant le moment favorable au débarquement, soit par leur aptitude à rester en bon ordre ou à obéir aux signaux de ralliement, ce qui était essentiel pour laisser à l'amiral la facilité de saisir le premier moment opportun. S'il eût été possible de mettre un régiment à bord d'un vaisseau, c'eût été le mieux. Puisqu'on ne le pouvait pas, il faudrait mettre un demi-régiment par navire de guerre. Douze vaisseaux débarqueraient ainsi, en un instant, 12,000 hommes. Ces 12,000 hommes, une fois jetés dans la presqu'île de Sidi-Fcrruch, tiendraient en échec toutes les forces de la Régence.
Dans son rapport, M. Dupetit-Thouars développait ainsi ses idées :
« L'escadre d'expédition semble devoir être composée de trois divisions bien distinctes, ayant chacune une mission bien spéciale à remplir :
o Une division d'attaque contre la place ;
« Une division de transport de l'armée et du matériel ;
« Enfin une division de bombardes, brûlots et canonnières.
« Chacune de ces divisions devra avoir un chef spécial, placé sous les ordres de l'amiral en chef, mais au moment de l'action n'agissant plus que d'après les indications reçues, et d'après luimême, à raison de la distance des points d'opération et de la difficulté de se faire suffisamment comprendre à de si grandes distances.
« M. l'amiral n'étant destiné avec sa division qu'à canonner la place pour faire rester aux batteries de mer les canonniers et les Turcs qui en composent l'armement, il ne sera pas nécessaire que cette division soit d'une force considérable; par exemple, quatre vaisseaux, quatre frégates, quatre bricks, ceux-ci, non pour canonner la place. la portée de leur artillerie ne le leur permettrait pas, mais pour la transmission des ordres de M. l'amiral.
« La division des bombardes et brûlots ralliée sous le vent de la division d'attaque (je suppose les vents à l'est, c'est une condition indispensable) sera en mesure de se porter au feu entre l'armée d'attaque et la pointe IVscade.
« La division du transport de l'armée mouillera, lorsque le moment d'agir sera venu, de la pointe de Sidi-Fcrrucb en allant vers l'ouest, les vaisseaux par ordre de bataille. Le premier et le deuxième vaisseau portant le premier régiment (je suppose les régiments portés au complet de guerre de 2,000 hommes), le troisième et le quatrième portant le second régiment, et ainsi de suite.
« Cette opération étant celle d'où dépendra surtout le succès de l'expédition, il convient d'entrer dans les détails. Je suppose qu'on ait décidé le passage de l'armée sur des vaisseaux armés en flûtes, ayant leurs batteries basses seulement et 550 matelots et surnuméraires, tout compris : on pourra facilement, sans trop d'encombrement, embarquer 1 ,0C0 hommes sur chaque vaisseau, ou deux bataillons d'un même régiment ; deux vaisseaux pourront donc porter le régiment, plus l'artillerie de campagne qui lui est affectée, ainsi que les batteries de fusées à la congrève qui leur seront attachées; les effets de campements distribués à l'avance par compagnies, les munitions de guerre nécessaires à chaque régiment, et enfin deux ou trois mois de vivres de campagne pour le même nombre d'hommes qu'ils auront transportes, en sorte que chaque division de deux vaisseaux pourra, en débarquant le régiment qu'elle portera, lui fournir immédiatement tout ce qui lui sera nécessaire pour entrer en campagne.