EMBARQUES! KM. 2<J
Ce furent, pour l'ardeur des jeunes officiers, sept jours d'impatience fiévreuse, presque de désespoir. Cette immobilité matérielle devenait un supplice pour leur activité morale. Cependant les rapports adressés au gouvernement du roi constatent que la gaieté des soldats n'était point altérée, et qu'il n'y avait pas de malades, quoique l'embarquement eût commencé le il mai, et qu'une partie des hommes fût à bord depuis onze jours. Avec la sagesse prévoyante qui fut le caractère de tous ses actes administratifs pendant cette campagne, l'intendant en chef avait (ait ravitailler de dix jours de fourrage les bâtiments écuries, au moyen d'un approvisionnement de précaution qu'il avait à Toulon, de sorte que le déchet produit par le séjour en rade se trouvait réparé1.
Le 25 mai au matin, un changement eut lieu dans l'état de l'atmosphère. Le vent prit rapidement une nouvelle direction, et, à onze heures, il soufflait du nord-est au sud-est. Peu à peu il fraîchit. Tous les yeux, depuis la pointe du jour, étaient tournés du côté du vaisseau amiral. On distingua bientôt des signaux. A une heure, l'ordre, impatiemment attendu, de mettre à la voile, fut donné à la première division du convoi. Elle était composée de 53 bâtiments de commerce, qui portaient trois bataillons d'infanterie, 310 chevaux et la partie du matériel qu'on avait jugé devoir être d'une nécessité plus urgente après le débarquement*. Le départ de celle première division causa dans l'armée une allégresse inexprimable. 11 se Ht un immense mouvement sur la flotte. On hissait les embarcations, les gabiers étaient dans les hunes, les voiles se déployaient, les soldats aidaient à l'envi les marins à lever les ancres. Enfin on partait! Celui qui dispose de la mer et des vents envoyait à cette vail-
1 Précis historique et administratif de la campagne d'Alger, par le baron Deuniée, page 14.
9 Le reste du convoi, formant deux autres divisions, ne devait partir qi:e Tingt-qnatre et quarante-huit heures après. (Bapport du général en chef au ministre de b guerre.)
m MSTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER.
lantc armée la seule chose qu'elle demandât, la brise favorable qui devait la conduire à Alger.
Deux heures après, en effet, à trois heures de l'après-midi, les escadres appareillèrent, et à cinq heures tous les bâtiments du roi étaient au large.
Le coup d œil que la flotte olïrait à la terre et celui que la terre offrait à la flotte, au moment du départ, étaient magnifiques. La population de Toulon, grossie par des milliers d'étrangers, couvrait au loin les hauteurs du fort Lamalguc et toutes celles qui dominent la rade, et semblait assise sur un immense amphithéâtre, diapré des couleurs les plus variées et éclairé par les tons d'un soleil d'été. La flotte s'ébranlait peu à peu; chaque vaisseau levait l'ancre à son tour, en décrivant une courbe, et se rapprochait du rivage avant de le quitter, comme pour lui dire adieu; puis il s'éloignait, les voiles au vent, et allait prendre en pleine nier son ordre de bataille.