‹ Histoire de la conquête d'Alger, écrite sur des documents inédits et authentiques, suivie du tableau de la conquête de l'AlgérieChapitre 88 sur 183 · RETOUR A PALM A · texte numérisé non relu

RETOUR A PALM A

une ovation continuelle pendant le séjour de la flotte; les femmes surtout, passionnées en Espagne plus que partout ailleurs pour l'héroïsme et la gloire, se faisaient remarquer par leurs sympathies. On goûtait à la hâte ces rapides plaisirs que l'approche de l'action rendait plus vifs; mais rien ne pouvait distraire l'armée de son but. L'impatience était bien plus grande encore parmi les deux autres divisions, condamnées à demeurer à bord. Les soldats, entassés dans les batteries et les entre-ponts, n'obtenaient pas toujours des officiers du bord, trés-séveres sur la discipline, la permission de monter sur les caronades et les bastingages1, ce qui augmentait leur malaise. Ce séjour dans la baie dcPalma leur paraissait sans fin. Sur plusieurs bâtiments, on commençait à désespérer de la campagne. La diplomatie n'aurait-elle pas soulevé des difficultés? L'Angleterre, avec son mauvais vouloir, n entraverait-elle pas l'expédition? Le dey effrayé n'accepteraitil pas les conditions imposées? Telles étaient les suppositions et les craintes qui revenaient dans les longs entreliens du bord.

Cependant le moral de l'armée et son état sanitaire continuaient à être excellents Le 2 juin au soir, on fit demander aux bâtiments des trois escadres quel était le nombre des malades à bord : sur 50,000 marins ou soldats, on comptait à peine 80 malades; les meilleures garnisons en comptent proportionnellement davantage V Les bâtiments du commerce où les emménagements étaient moins bons ne présentaient pas un nombre de malades plus considérable que les bâtiments du roi; sur 2,500 hommes, on ne comptait que 25 malades. Le 10 juin, à la fin du séjour de l'armée à Palma , le commandant en chef écrivait au ministre de la guerre : « Il y a toujours peu de malades dans l'armée; on en compte à peine un par T;00 hommes; les chevaux mêmes paraissent avoir peu souffert 3. »

* Campagne d'Afrique en 1830, par M. Fernel, chef de bataillon attaché ù l'état-major général de l'expédition.

* Dépêche du commandant en chef au ministre de la guerre. Baie de Palma. 5 juin 1850.

3 Id. Baie de Palma, 10 juin.

L'intendance, avec la sollicitude dont ses opérations furent toutes marquées, avait pourvu à ce retard, qui naturellement augmentait la consommation prévue des vivres et des fourrages, au moyen d'approvisionnements de précaution que l'intendant général Denniée avait eu la prévoyance de faire réunir sur ce point. On ravitailla en fourrage les bâtiments écuries. On combla sur les bâtiments le défaut de vivres. Les 1,000 bœufs embarqués à Cette étaient arrivés dans la baie. Chose remarquable! pendant une traversée d'un mois suivie d'un débarquement difficile, on n'éprouva qu'une perte de six à huit chevaux, et la perte en bœufs ne fut pas plus considérable. Tous les autres arrivèrent en bon état à la côte *.

Le commandant en chef de l'expédition reçut, pendant ce séjour foreé, des renseignements utiles de l'intérieur d'Afrique. M. Gérardin, parti le 15 avril de Toulon, rapportait des nouvelles favorables de Tunis ; celles de Constantine étaient d'une nature moins rassurante. Les dispositions du bey de Tunis continuaient à être bonnes ; mais la crainte d'une rupture avec le dey d'Alger l'empêchait de les manifester. 11 consentait à autoriser les achats de subsistances, à condition que la destination resterait secrète. Le prix de la viande était peu élevé à Tunis. L'agent de la compagnie Scllières avait été autorisé à rester dans cette ville. M. Raimbert s'était rendu à Tabarque, où se trouvait déjà le fils du consul général, M. de Lesseps. Ils agissaient de concert pour préparer les achats de subsistances et suivre les négociations entamées avec les Mazoulcs et d'autres peuplades. Le bey de Constantine était parti le ±2 mai pour Alger, où il était attendu le 5 ou le 0 juin. On assurait qu'un corps de 13,000 hommes, presque entièrement composé de cavalerie, marchait sous ses ordres. Le contingent du bey d'Oran était attendu vers la même époque ; on évaluait sa force à 50,000 hommes, évaluation vraisemblablement exagérée. La lenteur de la traversée faisait échouer ainsi une des combinaisons du général en chef, qui

1 Précis historique et administratif de la campagne, par le ban n Denniée, page 18.

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