L'£IU>1H£ CA11IUA6UI01S
la côte médi{< i raiiéenne, sur les îles et sur les mers. Elle tenait peu à entamer le pays dans sa profondeur, elle préférait le longer' dans son étendue, pour le toucher par plusde points,afln de multiplier ses communications intéressées et ses débouchés productifs. Au fond, elle faisait le commerce du monde avec l'Afrique , et de l'Afrique avec le monde , gouvernant par l'or au moins autant que par le fer, séduisant les Numides par les avantages qu'elle leur offrait en leur achetant, en leur vendant, les enrôlant dans ses mercenaires, leur ouvrant les rangs de ses colonies d'émigrants; eUe était l'alliée naturelle des gouvernements despotiques de l'Asie contre les colonies grecques : de là ses guerres contre Cyrène, la Sicile. En même temps, elle avait à lutter sans cesse contre l'esprit indépendant des populations.
Elle lutta avec avantage tant qu'elle n'eut pas trouvé dans Rome une puissance mieux constituée que la sienne et qui, par conséquent, devait à la longue la vaincre, après l'épisode brillant, mais stérile, des victoiresd'Annibal,dont le génie' suspendit la destinée de sa patrie, sans pouvoir la chancer.
Alors la puissance romaine sticcêde, sur la côte septentrionale de l'Afrique, à la puissance carthaginoise, ou plutôt elle hérite de ses com*
^6 COUP D^GBIL RlâTBOSPECTIF SUR l' ALGÉRIE.
bats éternels avec les. tribus numides , infatigables cavaliers, ennemis insaisissables qu'il est encore plus diiâcile d'atteindre que de vaincre. Syphax, Massiniss», tour à tour alliés et ennemis des Romains, Jugurtha surtout, dont un grand historien a immortalisé le génie persévérant, hardi, plein de ruses et de surprises, les luttes incessantes et enfin la défaite définitive et le malheur, font déjà, dans celte partie de l'Afrique , la guerre que nous devions y rencontrer tant de siècles plus tard. Ce sont les mêmes embûches, les mêmes pointes rapides, les appari* tiens inattendues, les coups de main intrépides, les fuites calculées, les retours dangereux, à tel point qu*en lisant les pages dramatiques de Salluste nous avons pu nous demander plus d'une fois s'il racontait Thistoire de Jugurtha ou celle d'Abd-el-Kader, le plus redoutable de nos ennemis pendant un temps, notre prisonnier pendant plusieurs années, enfin notre hôte, notre obligé et en dernier lieu notre ami reconnaissant, comme il Ta prouvé à l'époque des massacres de Syrie, car la civilisation chrétienne, moins implacable que la civilisation romaine, se contente de vaincre ses adversaires, au lieu de les exterminer.
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OOHniATION BOHAIRE.
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DOMINATION ROMÂms.
Rome tenait plus fortement que Carthage la terre qu'elle occupait, elle y imprimait plus profondément sa trace. Elle colonise, elle cultive, elle civilise l'Afrique; mais elle essaye en vain de substituer ses municipes aux tribus, liiie étreint vigoureusement cette terre , plutôt contenue que soumise, par trois lignes de points fortifiés, semblables à des bras puissants qui l'en* lacent. La première est celle des places maritimes, la seconde, reliée à la première par des routes, se compose de villes , et traverse le Tell à une vingtaine de lieues de la côte; la troisième, située sur les confins du Tell et du Sahara, n'est qu'une suite de forts dont on retrouve encore çà et là le» ruiifes , et qui avaient pour objet de contenir les tribus des oasis. Âu commencement du règne de Yespasien, on comptait dans la seule Maurita* nie césarienne treize colonies romaines, trois municipes libres, deux colonies en possession du droit latin, une jouissant du droit italique* Peu de temps avant la chute de la domination romaine dans ce pays, elle régnait sur toute rétendue de côtes comprise entre l'ancienne Cyrénaïque et l'Océan. Les grandes divisions étaient
^8 COUP D*€EIL RÉTBOSPXCTIF SUB K'ALGÉEIB.
la ïripoUtaine, la Byzacène, l'Afrique proprement dite ou la Proconsulaire , la Numidie , la Mauritanie sitifienne, la Mauritanie césarienne^ la Mauritanie tingitane. L'Afrique romaine était devenue le grenier de Rome. Le christianisme , quand il parut, y ouvrit de brillantes écoles; dans cette contrée où Tardeur du climat semble se communiquer aux esprits, il compta des apôtres illustres, saint Cyprien, TertuUien, saint Augustin; des martyrs héroïques, mais aussi de grands hérétiques, Donat et Ar ius * .
Au milieu de ces progrès de la civilisation, de ces luttes de croyances, de ce développement de l'agriculture , le fond des populations indigènes change peu. Les Romains retrouvent les obstacles qui ont lassé les Carthaginois. Sous Tibère , ils ont une lutte de huit ans à soutenir contre Tacfarinas , qui a excité un soulèvement chez les populations des montagnes. Ën ^97 , les tribus comprises sous le nom général dé Quinquegentiani, et qui paraissent avoir occupé la partie centrale et montagneuse de l'Algérie ac-
* L*Algérie française ne comprend» oo le sait, qu'une portion de rAfriquc romaine, c'est-à-dire la province de Nomidie, celle de la Mauritanie de Selif , et de la Mauritanie césarienne proprement dite. L'Afrique romaine compta à la fois près de huit cents sièges épisoopaux. Les trois provinces qui répondent à TAlgérie française en rempla* C4*nt trois cent cinquante. (Voir VEftsai sur VAlgérie chrétienne par M*' Dapnch, évéqne d'Alger, page 41.)
DOMIISATIOM ROUÀir^E. 39
tuelle, donnent le signal d^une insurrection générale. Au moment même où la domination romaine va tomber, en 871, sous Théodose , Pcimus, fils d'un prince maure, excite uneredou- &ble insurrection, et son frère Gildon reprenant après lui les armes, Stilicon, chanté par Claudien, ne parvient à dompter cette rébellion, que par des mesures exterminatrices,
Rome garda ses possessions africaines jus-^ qu'au cinquième siècle après Jésus-Christ. En 427, sous le règne de Yalentinien III , le comte Boniface , qui avait longtemps gouverné l'Afrique romaine avec autant de courage que de fermeté, étant tombé dans la disgrâce de Placidie, mère du jeune empereur, et ayant perdu tous ses emplois , appelle pour se venger les Vandales , à l'étroit dans l'Espagne, qu'ils disputaient aux Sttèves et aux Romains. Il était plas facile de leur ouvrir la porte de l'Afrique que de la leur fermer désormais* Dès que ces barbares y ont mis les pieds, ils y sont les maîtres. L'esprit de secte venant réchaufler de ses flammes le génie dévastateur de ce peuple arien, qui a légué son nom à l'amour de la destruction, il commet d'ef* froyables ravages. Un long cri s'élève le long do la côte d'Afrique, où Genseric fonde un empire vandale par le meurtre, Tincendie, le pillage. Ce chef de barbares croyait , comme Attila, avoir
30 COUP h OEIL iiÉTROSPËCTIF SUR l'aLGËUIB.
reçu de Dieu une mission d'extermination ; c^est
lui qui répondit un jour à ses pilotes, qui lui demandaient de quel côté il fallait tourner la proue de ses navires: « Du côté vers lequel souffle la colère de Dieu. »
Les dcvastatiuiis des Vandales ne furent point circonscrites sur le littoral de l'Afrique; elles s'étendirent au littoral de Tltalie et jusqu'à Rome mème^qui, prise par les barbares, fut pillée pendant quatorze jours. Par un de ces flux et reflux des choses humaines, Carthage vit rapporter dans ses murs par les mains des barbares les dépouilles do son ancienne rivale et de sa maîtresse.
La domination vandale, venant s'intercaler comme un entr'acte dans l'histoire de la domination romaine en Afrique, ne dura guère qu'un siècle. En 536, elle lut détruite d'un seul coup par Bélisaire, qui extermine les Vandales et leur roi Gelimer dans la journée de Tricaremon, en Byzacène (actuellement État de Tunis). Les Romains recommencent alors à exercer sur l'Afrique une domination contestée et troublée sans cesse par les révoltes de la population indigène, qui habitait, au nord-ouest, entre la Numidie, l'Atlantique, la Méditerranée, cette Mauritanie dont les frontières varièrent souvent, car, en Tan 108 avant Jésus-Christ , elle s'arrê-
DOMINATION JIOMAINB. 31
tait à la Malucha, rivière qui, descendue des plateaux de TÂtlas, coule au nord vers la Médi«terranée; et plus tard on appliqua cette dénomination à tout le pays qui s'étend jusqu'à TOuedel-Kebir, rivière de la isumidie, qui passait à Cirta, aujourd'hui Constantine, et se jetait dans la Méditerranée au sud-ouest du promontoire Tritium (cap Bugarone). '
Les Maures, indifférents aux luttes des conquérants, n'ont qu'un souci, c'est de combattre leur maître, quel qu'il soit. Tour à tour ennemis des Carthaginois, des Romains, des Vandales, puis encore une fois des Romains après le retour de leur domination, souvent vaincus, jamais soumis, ces peuples conservent leurs mœurs et leur caractère sous ces gouvernements exotiques, acceptés à demi. Â mesure qu'on s'enfonce dans lejiays, la résistance des tribus sauvages qui l'habitent devient plus indomptable.
nOMINATIOK ARABE.
On arrive ainsi jusqu'à la domination arabe, qui devait laisser des traces plus profondes dans ces contrées. L'Afrique fut une des premières à subir la terrible visite de ces armées fanatiques ^
32 COUP D*ÛEa RÉTBOSP£GTIF SIJ^ l' ALGÉRIE.
que Mahomet lança sur le monde et qui, tenant d'une main l6 Coran, de l'autre Tépée, entreprirent de convertir la terre en la conquérant. Dans la vingt-deuxième année de Thégire, cor* respondant à Tan 640 après Jésus*Christ, TÉgypte était conquise. Abdalah, parti d'Égypte en 647, pousse jusqu'en Numidie, et son armée, traversant facilement les sables sur ses chameaux, soumet les pays aujourd'hui compris dans rÉtat de Tripoli. En 686, Okbah entre de nouveau en Afrique , pénètre dans ses solitudes de sables inaccessibles aux autres nations; toujours vainqueur, il arrive jusqu'au grand Océan, qui baigne les côtes de Maroc et là , faisant entrer son cheval dans les flots : « Grand Dieu , s'écria-t-il , tu le vois, la mer seule m -arrête. » Mot plein de fanatisme à la fois et de grandeur, car ce soldat de llslam prenait ainsi Dieu luimême à témoin que , dans son zèle pour répandre une loi qu'il regardait comme la sienne, il ne s'arrêtait que devant une de ces barrières invincibles de la nature, qui sont aussi une loi de Dieu.
Attaqué à son retour par les Maures , qui accueillaient facilement de nouveaux conquérants
et s-en faisaient des auxiliaires contre leurs anciens maîtres , sauf à les combattre aussitôt qu'ils
cherchaient à s'établir, Okbah vit sou armée dé-
DOMINATION AEABE. 33
truite et perdit lui-même la vie. Zohéir renou-*
velle sa tentative avec le même succès au début, mais il éprouva ensuite des revers et va périr à Barca, sous les coups des Grecs de Constantinople. Avant de creuser son lit, le torrent. perdait plus d'une fois ses eaux, mais il revenait tottjours. Ce ne fut qu'en 698, un peu moins d'un demi-siècle après la première excursion des Arabes, que leur domination commença à s'établir sur cette côte de l'Afrique, après la défaite et la mort de Kahina, reine et prêtresse des Maures , vaincue et livrée au supplice par Hassan, d'abord vaincu par elle. Encore fallut-il, dans les années qui suivirent , déporter plus de trois cent mille indigènes pour mettre un terme à des prises d'armes sans cesse renaissantes. La déportation vint s'ajouter ainsi au glaive pour soumettre la Mauritanie en la dépeuplant
Après s'être servis de ces moyens d'extermination , les Arabes en employèrent de plus doux et tout à la fois de plus efficaces. Il y avait entre eux et les Maures des affinités de mœurs, comme il y avait entre l'Arabie et la Mauritanie , aux déserts de sables, aux tribus nomades, des ressemblances de climat, de configuration, d'aspect Avec une politique qui n'avait rien de barbare , le peuple conquérant s'efforça de persuader au peuple conquis qu'il y avait entre eux une pa-
34 cour Dimi rétrospectif sur l'algàrib.
renté d'origine ^ et qu'ils sortaient de la même
tige, comme deux peuples frères, prédestinés par Dieu à la même mission. Une fois les esprits dans cette voie, il ne fut pas difficile d'amener les Maures à embrasser la religion de leur vainqueur, qui ne leur prêchait que la satisfaction do leurs passions dominantes, et la grande barrière, qui les avait séparés jusque-là des conquérants, tomba sans retour. Une nouvelle nationalité formée des Maures et des Arabes , dont le sang fut mêlé par des alliances , se cimenta dans les mosquées. Elle devait recevoir une consécration nouvelle sur des champs de bataille qui allaient s'ouvrir en Europe.
En 427 le comte Boniface avait ouvert TAfri-* que aux Vandales qui venaient d'Espagne ; en 710, le comte Julien ouvrit l'Espagne aux Arabes, et ceux-ci y conduisirent les Maures, qui trouvèrent dans ces belles provinces de quoi satisfaire, bien mieux qu'en Afrique, leur goût pour la guerre et pour le pillage. La conquête de l'Espagne opérée sur les Goths une seule bataille, dans la quatre-vingt-douzième année de l'hégire, par les Arabes unis aux Maures, servit donc à assurer et à consolider la conquête de la Mauritanie en occupant et en enrichissant les populations remuantes et avides de cette contrée, et en amenant une portion de cette population à changer de patrie.
B0MINATI09 ARABB. 35
L'empire goth était tombé dans cette bataille qui durât il est vrai, huit jours. L'empire arabe, auquel cette bataille de Xérès, livrée au -mois de* juillet de Tannée 711, prépara des assises, ne dura pas moins de huit siècles, car ce ne fut qu'en 1492, après le mariage de Ferdinand , roi d'Aragon, avec Isabelle, reine de Castille, que Grenade tomba sous les efforts des vaillants descendants des Goths qui, réunis après la bataille de Xérès autour de Pélage, s'étaient réiuai< s derrière les cimes inabordables de la Gantabrie , comme dans un nid d'aigle d'où, la nationalité espagnole devait descendre pour conquérir pied à pied le sol, jusqu'à cette glorieuse journée où Boabdil, dernier roi de Grenade, vaincu sans retour , se reconnut sujet des rois catholiques, en emportant pour toute consolation de sa défaite et de ses larmes cette parole sévère de sa mère : « Pleure comme une femme le rayaume que tu n'as pas su défendre en homme! »
On comprend que, pendant cette longue période de la domination arabe sur TËspagne et la Mau* ritanie, l'histoire de l'une est prolundément
* mêlée à l'histoire de l'autre* Les Maures, fondus
avec les Arabes, Berbères ou Kabals, Kabyles ou Kbâiles, peuple de la famille atlantique qui,
• habitant surtout les hautes vallées de l'Atlas ,
36 COUP d'oeil rétrospectif sur l' ALGÉRIE.
avait mieux préservé son individualité nationale
et sa sauvage indépendance, éprouvèrent continuellement le contre-coup des événements qui se passaient en Espagne , et oxercèroiit à leur tour une influence marquée sur les luttes dont cette contrée fut le théâtre. Il y eut comme un flux et un reflux d'hommes, de prétentions» d'ambitions, d'entreprises d'Afrique en Espagne, d'Es* pagne en Afrique. Tantôt Tinfluence prépondérante échoit aux émirs d'Afrique, tantôt elle passe aux ému s d'Espagne, tant qu'enfin, en 954, l'Afrique mulsumane se trouve partagée entre deux grandes dominations, celle des califes de Cordouc, dont la puissance, traversant la mer, possède ce qu'on appelait alors le Mograh'eUAqcij c'est-àr dire le couchant éloigné dans lequel se trou* vaient Fez, Tahar, Tlemcen , et les califes Cairoiian, qui continuent à posséder le territoire de l'est, la Feriquia, comme on disait alors, c'est-à-dire Tunis eT tout le pays environnant, qui finit par s'étendre de l'Egypte jusqu'à Bougie.
Ce partage, qui n'empêche point plusieurs petits États particuliers de subsister dans leur indépendance, se prolonge au milieu des guerres fréquentes qu'il suscite entre les deux califats, jusqu'en Tan 1070. A cette époque, un fait grave se produit dans le Mograb. Parmi les tribus indigènes qui habitaient au delà de la chaîné
DOMINATION AEABB. 37
atlantique, dans les déserts de Tancienne Gétulie
et qui, tout en acceptant le niahométisme, avaient le mieux conservé leur physionomie nationale et leur indépendance, un homme se lève et se pose en législateur et eu prophète ; c'est Abd« Allah-ben*Hasim, marabout de Suz, célèbre par sa science et sa sainteté. Après avoir excité l'esprit religieux de ces tribus, il les pousse contre les tribus voisines qui avaient conservé les rîtes de leur idolâtrie primitive , et les convertit par le glaive. Puis il donne à son peuple, électrisé par le double enthousiasme de la foi et de la
victoire, le nom d'hommes de Dieu, Al-Mora^ beth\ dont nous avons fait, par corruption, Almoravides, et leur promet la domination du Mograb , occupé par des musulmans dégénérés. Ce fanatisme récent devait, en effet, triompher d'un fanatisme vieilli , et Abd-Allah les aidait à accomplir sa prophétie par la confiance même qu'elle leur donnait. Deux Berbères, qui héritèrent de son génie comme de son rôle, Abou- Beker et loussef, mais le dernier surtout, la réalisèrent complètement Les Arabes , vaincus , furent obligés, dans tout le pays du Mograb, de se soumettre à sa domination, qui s'étendit depuis r Atlas et le désert jusqu'à la Méditerranée et l'Océan. Le puissant Berbère reçut alors une
' Alr-MoTohtih bit^uiiie le iùii» k-60A&iAiil> k eourumé (eâ ilteti}. - ^.'.^ '
38 COUP d'oeil bethospectif sur l'algébie.
ambassade des émirs de TEspagne, morcelée en "un grand nombre de petits États indépendants» qui , par leurs discordes incessantes , offraient une proie facile aux chrétiens, surtout dans un temps où la Castille, la Galice et le Léon obéis* saient au même roi, Alplionse VI, dit le Brave.
Entré comme auxiliaire en Espagne, loussel* s'y conduisit bientôt en maître; il vainquit les chrétiens et déposséda ses alliés. L'Espagne et TAfrique musulmane le reconnurent également pour dominateur.
La domination des Âlmoravides dura peu. Ce que le fanatisme avait élevé , le fanatisme le renversa. Un nouveau prophète, un nouvel ambitieux s'éleva parmi les tribus berbères, et, les hérésies du mahométisme venant en aide à ses prédications, il parvint à soulever un grand nombre des tribus, au nom de la doctrine des Schiytes, contre les Almoravides, qui professaient celle des Sunnites. La victoire lui resta en Afrique, après une longue lutte pendant laquelle les Arabes d'Espagne, coalisés contre le gouvernement des Berbères, réussirent à le renverser. La domination des Almoravides avait duré un peu plus d'un demi-siècle , depuis Fan 1086, époque
du passage d'Ioussef en Espagne, jusqu'à l'an 1147, époque du triomphe définitif de leurs adversaires. Elle fut remplacée d^abord en Afri-*
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DOMINATION ABàHI:* 39
que, bientôt en Espagne, par celle des Aimohades, qui tiraient leur dénomination de leur devise : 9 Allah est notre Dieu, Mohame . est notre pro- ^ phète, El-Mj^iiii est notre iman; » c'était le nom ■ y^.^ de celui quilles avait soulevés contre la domination des Almoravides. Les Arabes d'Espagne, qui s'étaient unis pour renverser leurs maîtres afri- ^ cains, étaient revenus à leurs anciennes discordes aussitôt après le succès de leur entrepritse. L'esprit de localité combattait chez eux Tes-* prit de nationalité, et leurs divisions irrémédiables les contraignaient d'appeler du dehors une force qui leur donnât l'unité , ne pouvant la faire eux-mêmes au dedans.
On aperçoit ici à découvert la loi qui domine, à cette époque, l'histoire du Mograb et celle de l'Espagne, si étroitement liées. Il y a, dans les tribus sauvages des Berbères, un fonds de fanatisme et d'ardeur belliqueuse aiguisée par la soif du pillage, qui permet aux ambitieux et aux sectaires capables, de manier à la fois la parole et Tépée, de fonder en Afrique, à l'aide du concours de ces populations, de puissantes domi-» nations sur les ruines de celles qui , antérieure* ment fondées, ont vu peu à peu s'alanguir Tesprit d'enthousiasme et l'ardeur guerrière, mobiles de leur domination. Quand l'unité est fondée en Afrique, l'Espagne mahométane vient la lui de^
40 COUP d'obil kétrospbctip svu l'algékib.
mander comme un remède contre 4'anarchie qui la dévore ; et les Almohades prévalent ainsi, en Espagne, précisément par la même raison qui avait fait prévaloir les Almoravides. Mais, dans cette situation d'un empire à cheval sur les deux rives de la Méditerranée et mal affermi sur Ton et l'autre littoral, il y avait d'incessantes causes de ruine qui devaient produire leur effet. À chaque changement de règne, il éclatait des soulèvements en Afrique et en Espagne, surtout dans celui des deux pays où ne se trouvait point le chef des Almohades. Les petites principautés tributaires du Mogral) aspiraient à ressaisir leur indépendance; les Arabes, anciens conquérants du pays, essayaient de rétablir leur dominatiôn ; les tribus berbères , avec leur mobilité et leur ardeur habituelles, se ralliaient derrière quelque chef fanatique ; pendant ce temps-là les émirs arabes de l'Espagne^ fatigués du joug des Afri* cains et oubliant les maux déjà anciens de Tanarchie, en présence des maux plus récents de ce despotisme d^outre-mer qui pesait lourdement sur eux, se soulevaient contre les farouches musulmans d'Afrique , en prêtant ainsi le flanc aux chrétiens qui, souvent divisés, il est vrai, avaient cependant, avec une religion qui contenail les germes d'une civilisation supérieure, un, principe de cohésion qui devait finir par leur donner la victoire.
DOmNATlOK ARABE* 41
Ces diverses causes agissant , non pas continuellement, non pas toujours avec 1^ même intensité, mais agissant incessamment, devaient finir, un jour ou l'autre, par renverser Tempire des Almohades en Afrique et en Espagne. Leur domination fut détruite définitivement , dans ce dernier pays, par la bataille de las Navas de ïoiosa, livrée en 1^13 au pied des montagnes de la Sierra Moréna, par les chrétiens d^Espagne, auxquels la croisade prèchée par le pape Innocent III avait donné pour auxiliaires des Français, des Allemands, des Italiens, accourus pour soutenir la cause de la croix contre celle du croissant. Elle se pr olongea encore pendant un certain nombre d'années en Afrique, an milieu de luttes continuelles, de désordres sans fin, et d'alternatives. de succès et de revers, pour être définitivement renversée en 1270, après avoir duré cent quarante-huit ans.
L'époque des gouvernements puissants et forts est alors passée pour le Mograb. Il y a des avènements de tribus suivis de promptes chutes, des fortunes élevées et détruites par des coups de main, et toigours une action et une réaction de rjVftique sur l'Espagne et de l'Espagne sur l'Afrique, mais dans des proportions réduites. C'est au début de cette période que la seconde croisade de saint Louis prend place dans l'histoire, et que
42 COUP d'oeil B^TBOSPECTIF SLR l'aLGÉRIE.
le saint roi vient mourir malheureusement de la
peste sur la côte de Tunis.
On arrive ainsi au dénoùment de la lutte de huit siècles pendant lesquels les chrétiens espagnols avaient été aux prises avec les Arabes et les Maures, et c'est quarante ans seulement après la prise de Grenade, par Isabelle la catholique, que la piraterie avait commencé à s'établir en grand sur cette côte d'Afrique (en 1450), oii une armée française envoyée par le roi Charles X vint enfin, comme nous Tavons raconté, Tanéantir le 5 juillet 1830, après unedurée de trois cent quatre-vingts ans. Mais, le lendemain de la conquête d'Alger, le gouvernement qui avait accompli cette glorieuse conquête fut renversé par une révolution. Qû'allait-il advenir de notre domination en Afrique ? Serait-elle maintenue ? Dans quelles limites serait-elle circons* crite? L'Algérie suivrait-elle 'le sort d*Alger? Tout se trouvait remis en question.