Gaufridr^ Hist. de Provence, t. I, p. 140 et saiv
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1257 mais que les agents français du comte violèrent bientôt sans scrupule. Leurs tyrannies et leurs exactions redevinrent si insupportables, que, malgré le péril, il y eut contre eux une émeute où tous furent saisis par le peuple, qui se contenta de les emprisonner. Les révoltés s'emparèrent du château Saint- Marcel, fermèrent les portes de la ville, et subirent un second siège, durant lequel les habitants de Montpellier, naguère eiAiemis des Marseillais par rivalité de commerce , profitèrent des derniers moments de leur propre indépendance pour secourir Marseille contre les conquérants de la Gaule méridionale. Malgré ce secours, la ville, attaquée par des forces supérieures, fut obligée de se rendre. On enleva tout le matériel des arsenaux publics, et les citoyens 1257 furent désarmés. Un chevalier, nommé Boniface de i:i23 Castellane, à la fois homme de guerre et poëte, qui, par ses sirventes, avait excité le soulèvement des Marseillais ', avait ensuite combattu parmi eux, fut pris et décapité, selon le récit de quelques historiens . Les châtelains et les seigneurs qui avaient abandonné la cause des villes, furent traités par le comte presque aussi durement que ceux qui l'avaient suivie. Il mit tous ses soins à les abaisser et à les appauvrir, et son autorité s'affermit par la misère et la terreur publiques*.
Les Provençaux ne recouvrèrent jamais leur ancienue liberté municipale, ni la haute civilisation et
1. Raynouard, Choix des poésies des troubadours, t. IV. p. 214.
2. Gnufridi, Hist. de Provence, t. I, p. 142 à 145. — Millot, Ilist. des troubadours, t. Il, p. 40.
la richesse qui en étaient le fruit pour eux. Mais une 1257 chose remarquable, c'est qu'après deux siècles, l'ex- »323 tinction de la maison des comtes d'Anjou, sous laquelle ils avaient conservé au moins une ombre de nationalité par une administration distincte de celle de la France , leur causa presque autant de déplaisir que l'avènement même de cette maison. Tomber sous l'autorité immédiate des rois de France, après avoir été gouvernés par des comtes, parut aux habitants de la Provence, vers la fin du quinzième siècle, une nouvelle calamité nationale. C'est cette opinion populaire, plutôt que les qualités personnelles de René, surnommé le Bon , qui donna lieu au long souvenir conservé de lui par les Provençaux, et à l'idée exagérée de prospérité publique que la tradition attache encore à son règne.
Ainsi furent agrégées au royaume de France ^'^^^ toutes les provinces de l'ancienne Gaule situées à la ^^'^ droite et à la gauche du Rhône, hormis la Guyenne et les vallées du pied des Pyrénées. La vieille civilisation de ces provinces reçut un coup mortel par leur réunion forcée à des pays bien moins avancés en culture intellectuelle, en industrie et en politesse. C'est la plus désastreuse époque dans l'histoire des habitants de la France méridionale, que celle où ils devinrent Français, où le roi, que leurs aïeux avaient coutume d'appeler le roi de Paris *, commença à les nommer eux-mêmes ses sujets de la langue d'oc, par opposition aux anciens Français d'outre-Loire, qui
1. Régis parisiaui... (Willelm. Britouis Philipptd., lib. VIII, apud Script, rer. gaUic. et francic, t. XVII, p. 24to.)
^"^^^ parlaient la longue d'oui. Depuis ce temps, la poésie '2**^ classique du Midi, et même la langue qui lui était consacrée, dépérirent en Languedoc, en Poitou, en Limousin, en Auvergne et en Provence. Des dialectes locaux, inélégants et incorrects, reparurent de toutes parts, et remplacèrent bientôt l'idiome littéral, cette belle langue des troubadours ^
La juridiction des premiers sénéchaux des rois de France dans les pays de Langue-d'oc , bornée à l'ouest par celle des officiers du roi d'Angleterre en Aquitaine, ne s'étendit vers le sud que jusqu'aux vallons qui annoncent le voisinage de la grande chaîne des Pyrénées. C'est là que s'était arrêtée la conquête des croisés contre les Albigeois, parce que le profit d'une guerre dans un pays montagneux, hérissé de châteaux bâtis sur des rochers, comme des nids d'aigle, ne leur semblait pas proportionné aux dangers qu'elle devait offrir. Ainsi, sur la frontière méridionale des possessions des deux rois, il restait un territoire libre , s'étendant en longueur d'une mer à l'autre, et qui, fort rétréci à ses extrémités orientale et occidentale , atteignait vers son centre au confluent de l'Aveyron et de la Garonne.
Les habitants de ce territoire étaient divisés en seigneuries sous différents titres, comme l'avait été tout le Midi avant la conquête des Français ; et ces populations diverses offraient toutes, à l'exception d'une seule, dans leur langage et leur caractère, les signes d'une origine commune. Cette race d'hommes,