‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 113 sur 214 · j\Iarca, Hist. de Béarn, passim · texte numérisé non relu

j\Iarca, Hist. de Béarn, passim

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non par contrainte, et ne cherchant point à se '-03 réunir en un seul corps de peuple. S'ils montraient •'^s^ de l'opiniâtreté, c'était pour le maintien de leurs coutumes héréditaires et des lois décrétées dans leurs assemblées de canton , qu'ils appelaient Bilsâr. Aucune passion, ni d'amitié ni de haine , ne leur faisait prendre parti dans les guerres des étrangers; mais, à l'offre d'une forte solde, ils s'enrôlaient individuellement sous une bannière quelconque, en vue de la solde, et non de la cause, qui leur importait peu. Les Basques, et avec eux les Navarrais et les habitants des Pyrénées orientales, étaient alors aussi renommés comme troupes légères que les Brabançons comme gens de pesante armure *. Leur agilité de corps, leur habitude d'un pays difficile, et un certain instinct de finesse et de ruse que donne la vie de chasseur et de berger de montagnes , les rendaient propres aux attaques imprévues, aux stratagèmes, aux surprises de nuit, aux marches forcées par le mauvais temps et les mauvaises routes.

Trois cantons seulement du pays basque, le Labourd, la vallée de Soûle et la Basse-Navarre, se trouvaient sur l'ancien territoire des Gaules ; le reste faisait partie de l'Espagne. La ville de Bayonne, qui dépendait du duché de Guyenne, marquait sur la côte de l'Océan l'extrême limite de la langue romane, peut-être plus avancée vers le nord dans les siècles antérieurs. Aux portes de Bayonne commençait la terre du comte ou vicomte de Béarn, le plus puissant

1. Bascii; lasciili, Navani Arragonenses. Voyez le Glossaire le Ducange.

'2C0 seierneur du pied des Pyrénées, et celui dont la poli- '-8^ tique entraînait ordinairement celle de tous les autres. Il ne reconnaissait aucun suzerain d'une manière fixe et permanente, si ce n'est peut-être le roi d'Aragon, dont la famille était alliée à la sienne. Quant au roi d'Angleterre, dont il tenait quelques fiefs voisins de Bayonne, il ne se mettait à ses ordres et ne lui jurait foi et hommage que peur un salaire considérable. C'était à meilleur marché, mais toujours à prix d'argent, que le même roi obtenait l'hommage des seigneurs moins puissants de Bigorre, de Com- ^ minges, des trois vallées et de la Gascogne proprement dite. Ils firent plus d'une fois, dans le treizième siècle, la guerre à sa solde contre le roi de France ; mais à la première marque d'orgueil, au premier acte de tyrannie de leur suzerain adoptif , les chefs gascons l'abandonnaient aussitôt, et s'alliaient à son rival ou se liguaient contre lui. Cette ligue, souvent renouvelée, pratiquait des intelligences en Guyenne pour y exciter des soulèvements, et les succès qu'elle obtint à différentes époques sembleraient prouver que beaucoup d'hommes songeaient à réunir tout le sud-ouest de la Gaule en un État indépendant. Ce dessein plaisait surtout à la classe élevée et aux riches bourgeois des villes de Guyenne ; mais le menu peuple tenait à la domination anglaise, persuadé qu'on ne saurait plus où vendre les vins du pays, si les marchands d'Angleterre n'étaient là pour les emporter sur leurs vaisseaux.

'-85 Vers le commencement du quatorzième siècle, un '^■•' traité d'alliance et de mariage réunit à perpétuité sur la même tête les deux seigneuries de Foix et do

CONCLUSION 14o

Béarn, et fonda ainsi une assez grande puissance sur 1286 la frontière commune des rois de France et d'Angle" 1451 terre. Dans la longue guerre qui, peu de temps après, s'éleva entre ces deux rois, le premier fît de grands efforts pour attirer dans son parti le comte de Foix, et pour lui faire jouer dans la conquête qu'il méditait en Guyenne le rôle que les Bretons, les Angevins et les Manceaux avaient joué autrefois dans celle de la Normandie. Le comte fut gagné par la promesse, faite d'avance, des villes de Dax et de Bajonne ; mais comme l'expédition entreprise alors ne réussit pas , toute alliance fut bientôt rompue entre le royaume de France et le comté de Foix. Rentrés dans leur ancien état d'indépendance politique, les chefs de ce petit pays se tinrent comme en observation entre les deux puissances rivales, dont chacune mettait tout en œuvre pour les contraindre à se déclarer. Une fois , au milieu du quatorzième siècle, le roi de France envoya Louis de Sancerre, l'un de ses maréchaux, dire de sa part au comte Gaston de Foix qu'il aurait grande affection à l'aller voir : « Qu'il « soit le bienvenu, répondit le comte, et je le verrai «volontiers. — Mais, sire, répliqua le maréchal, « c'est l'intention du roi, à sa venue, de savoir plei- « nement et ouvertement lequel vous voulez tenir, « Français ou Anglais ; car toujours vous vous êtes « dissimulé de la guerre, et ne vous êtes point armé « pour prière ni commandement que vous ayez eu. « — Messire Louis, dit le comte, si je me suis excusé « et retenu de m'armer, j'ai eu raison et droit de le « faire, car la guerre du roi de France et du roi « d'Angleterre ne me regarde en rien. Je tiens mon

i46 CO.NCLUSION

1286 0 pays de Béarn de Dieu , de l'épée et de naissance ;

1451 « ainsi je n'ai que faire de me mettre en servitude « ou en ranctine envers l'un ou l'autre roi ^ »

Telle est la nature des Gascons, ajoute le vieil historien qui raconte cette anecdote : « Ils ne sont pas « stables, et oncques trente ans d'un tenant ne furent « fermes à un seigneur. » Tant que dura la guerre entre les rois d'Angleterre et de France, le reproche de légèreté, d'ingratitude et de perfidie fut adressé alternativement par les deux rois aux seigneurs qui voulaient rester libres, et tous deux néanmoins faisaient de grands efforts pour se les attacher. Il n'y avait pas si petit châtelain en Gascogne qui ne fut courtisé par messages et par lettres scellées du grand sceau de France ou d'Angleterre ^. De là vint l'importance qu'obtinrent tout d'un coup, vers le quinzième siècle, des personnages dont on parlait très-peu avant cette époque, les sires d'Albret, d'Armagnac, et d'autres bien moins puissants, tels que les sires de Durfort, de Duras et de Fezensac. Pour s'assurer l'alliance du seigneur d'Albret, chef d'un petit territoire formé de landes et de bruyères, le roi de France, Charles V, lui donna en mariage sa sœur Isabelle de Bourbon. Le sire d'Albret vint à Paris, où il fut accueilli et fêté à l'hôtel de son beau-frère ; mais, au milieu de ce boa accueil, il ne pouvait s'empêcher de dire à ses amis : « Je me c( maintiendrai Français, puisque je l'ai promis;

1. Froissart, vol. III, chap. cxxxix, p. 358 et 359, éd. de Denis Sauvage, 1559.

2. Voyez Rymer, Fœdera, conventiones, litterx, t. II, III et IV, passim.

«mais, par Dieu, je menais meilleure vie, moi et 1286 « mes gens, quand nous faisions la guerre pour le 1/51 « roi d'Angleterre ^ » Vers le même'temps, les sires de Durfort et de Rosan, faits prisonniers par les Français dans uae bataille, furent tous deux relâchés sans rançon, à condition, dit un contemporain, qu'ils se tourneraient François et promettraient, sur leur foi et sur leur honneur , de demeurer bons Français à jamais, eux et leurs terres ^ Ils le jurèrent; mais, à leur retour, ils répondirent au premier qui leur demanda des nouvelles : «Ah! seigneur, par contrainte « et sur menace de mort , on nous a fait devenir « Français ; mais nous vous disons bien qu'en fai- « sant ce serment, toujours en nos cœurs nous « avions réservé notre foi à notre naturel seigneur, «le roi d'Angleterre; et, pour chose que nous « ayons dite ou faite, nous ne demeurerons jà Fran- « cais ^. »

Le prix que de si puissants rois mettaient à l'amitié de quelques barons provenait surtout de l'influence que ces barons, selon le parti qu'ils suivaient, pouvaient exercer et exerçaient en effet sur les châtelains et les chevaliers du duché de Guyenne, dont un grand nombre leur était attaché par des liens de famille. D'ailleurs, les Aquitains se trouvaient, en général^ avec eux dans des relations plus intimes qu'avec les officiers du roi d'Angleterre, qui ne parlaient pas la langue du pays ou la parlaient mal, et

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