Exiit tyrannuS; regum ultimus
1649 nord de l'Ecosse avec une poignée d'aventuriers ras-
1650 semblés sur le continent , et , s'adressant aux chefs des clans des montagnes et des îles , il leur proposa une guerre à la fois nationale et religieuse contre les presbytériens des basses-terres. Les montagnards qui, déjà une fois, en l'année 1645, s'étaient insurgés, sous la conduite de Montross , contre l'autorité des sectateurs du covenant, et avaient été complètement défaits , montrèrent peu d'ardeur pour une nouvelle attaque; quelques bandes, mal organisées, descendirent seules dans la plaine, autour d'un drapeau sur lequel était peint le corps de Charles P' décapité K Elles furent mises en déroute ; Montross lui-même
t65o fut pris, jugé comme traître, condamné à mort, et exécuté à Edimbourg. Alors Charles II, désespérant de ^reconquérir la royauté absolue , se rabattit sur celle que lui offraient les commissaires écossais, signale covenant, jura de l'observer inviolablement, et fit son entrée, comme roi, à Edimbourg, pendant que les membres du malheureux Montross, coupés en quartiers, étaient encore suspendus aux portes de la ville.
Tout en reconnaissant les droits de Charles II, les Écossais ne se proposaient point de l'aider à reconquérir la royauté en Angleterre. Ils séparaient leurs affaires nationales de celles de leurs voisins, et ne songeaient à garantir au fils de Charles I" que le seul titre de roi d'Ecosse. Mais le parti qui, en Angleterre, s'était emparé de la révolution, s'alarma de
1. Walter Scott, Minstrelsy of tf\e scotish Corder, vol, I, p. 230 et (5])ivantos,
voir l'héritier de celui qu'il appelait le dernier des rois i6so établi sur une portion de la Grande-Bretagne. Craignant de sa part une tentative hostile, les Indépendants résolurent de le prévenir. Le général Fairfax, presbytérien rigide, fut chargé de commander l'ar- leso mée qu'on leva pour envahir l'Ecosse; mais, refusant tes» de servir contre une nation qui, disait-il, avait coopéré à la bonne œuvre pour laquelle il avait naguère tiré répée , il envoya sa démission à la chambre des Communes. Les soldats eux-mêmes montraient de la répugnance à se battre contre des hommes qu'ils avaient si longtemps appelés nos frères d'Ecosse.
Le successeur de Fairfax, Olivier Cromwell, homme d'une rare activité politique et militaire, surmonta ces hésitations par la persuasion ou la violence, marcha vers le nord, battit les Écossais et leur roi à Dunbar, et s'empara d'Edimbourg. Cromwell somma lesi le peuple d'Ecosse de renoncer à Charles II ; mais les Écossais refusèrent d'abandonner dans le péril celui qu'ils y avaient attiré, et souffrirent patiemment les vexations qu'exerçait partout l'armée an- lesi glaise. Charles II était loin de leur rendre dévoue- »65J ment pour dévouement; au plus fort des malheurs de l'Ecosse, se détachant des presbytériens, il s'entoura d'anciens partisans de l'épiscopat, des chefs de montagnards qui donnaient le nom de Saxons, Sassenachs, à leurs voisins de religion différente, et de jeunes nobles débauchés à qui il disait, dans ses orgies, que la religion des Têtes rondes n'était pas digne d'un gentilhomme. Avec le secours des aventuriers qu'il réunissait autour de lui, il tenta sur l'Angleterre une invasion par l'ouest, pendant que l'armée
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'6?» anglaise occupait l'est de l'Ecosse. Il y avait encore ^^^^ dans les provinces de Cumberland et de Lancaster un assez grand nombre de familles catholiques qui, à son passage, prirent les armes pour lui. Il espérait soulever le pays de Galles, et faire tourner au profit de sa cause l'inimitié nationale des Cambrions contre les Anglais; mais ses troupes furent complètement battues près de Worcester; et lui-même, à travers beaucoup de périls, s'enfuit déguisé vers la côte de l'ouest, où il s'embarqua pour la France, laissant les Écossais sous le poids des malheurs que son couronnement, et surtout son invasion en Angleterre, avaient attirés sur eux.
Ces malheurs furent immenses : regardée avec défiance comme un lieu de descente et de campement pour les ennemis de la révolution, l'Ecosse se vit traitée en province conquise. A la moindre apparence de révolte ou d'opposition, l'on emprisonnait ou l'on condamnait à mort les principaux habitants : les trente membres écossais appelés à siéger dans le grand conseil de la république d'Angleterre, loin d'offrir à leurs concitoyens un secours et un appui, n'étaient guère que les instruments de la tyrannie étrangère. Olivier Cromwell gouverna despotiquement les Écossais jusqu'au moment où, sous le nom 1653 de Protecteur, il obtint sur toute la Grande-Bre-
»^-o tagne une autorité sans bornes; le général George Monck, qui le remplaça en Ecosse, y tint une conduite non moins dure et non moins cruelle. Telle
»66o était la situation des choses, lorsque, en l'année 1660, après la mort du Protecteur et la déposition de son fils Richard Cromwell, Monck, changeant subitement
de parti, conspira contre la république pour le réta- mo blissement de la royauté.
La joie causée par la restauration des Stuarts fut universelle en Ecosse; elle n'était pas, comme en Angleterre, simplement causée par l'espèce de découragement et de scepticisme politique où le mauvais succès de la révolution avait jeté les esprits, mais par un sentiment d affection réelle pour un homme que les Écossais regardaient presque comme le roi de leur choix. Le retour de Charles II n'était point lié dans leur pays au rétablissement d'un ancien ordre social, oppressif et impopulaire ; ce grand événement ne se présentait à leurs jeux que comme une restauration en quelque sorte personnelle. Ainsi, la nation écossaise espérait que les choses allaient revenir au point où elles étaient avant l'invasion de l'armée de Cromwell, et que le covenant, juré alors par Charles II, serait la règle de son gouvernement. Elle attribuait la première aversion du roi pour la rigidité de la discipline presbytérienne à des erreurs de jeunesse, dont l'âge et le malheur devaient l'avoir corrigé.
Mais le fils de Charles P"^ portait en lui toute la leeo haine de son aïeul et de son père contre le purita- 16*79 nisme, et d'ailleurs il ne sentait aucune reconnaissance pour le don que les Écossais lui avaient fait d'une royauté qui, selon son opinion, lui était due par héritage. Se croyant donc dégagé de toute obligation envers eux , il fît lacérer le covenant à Edimbourg, sur la place du marché, et des évêques, envoyés d'Angleterre, furent promenés en triomphe à travers les rues par les officiers royaux. Ils exigèrent
«660 de tous les ministres du culte le serment d'obéissance
1679 à leurs ordres, l'abjuration du covenant, et l'aveu de l'autorité absolue du roi en matière ecclésiastique. Ceux qui refusèrent de jurer furent déclarés séditieux et rebelles ; on les expulsa violemment des presbytères et des églises ; et l'on donna leurs cures et leurs bénéfices à des nouveaux venus, la plupart Anglais de naissance, ignorants et de mauvaises mœurs. Ceux-ci commencèrent à célébrer le service, et à faire les prédications d'usage ; mais personne ne venait les entendre, et les églises restaient désertes*. Tous les fidèles zélés pour leur croyance nationale se rendaient, chaque dimanche, dans les lieux déserts et les montagnes qui servaient de refuge aux ministres persécutés ; une loi sévère fut portée contre ces réunions paisibles, auxquelles les agents de l'autorité donnaient le nom de conventicules ^. On cantonna des troupes dans les villages où le peuple ne fréquentait plus l'église , et beaucoup de personnes suspectes ou convaincues d'avoir assisté à quelque conventicule, furent emprisonnées, et même fouettées publiquement. Ces actes de sévérité eurent lieu principalement dans les provinces du sud-ouest, dont les habitants se montraient plus disposés à la résistance, soit à cause de la nature du pays, couvert de collines et de ravins, soit par un reste du caractère enthousiaste et opiniâtre de la race bretonne , dont ils étaient issus en grande partie. Ce fut dans ces
1. Burnet's, History of his own time, vol. î. p. 230 et. suiv. Londres, 1725.