LIVRE XI
peuple étaient si remplis de poésie, ils avaient une si noo forte teinte d'enthousiasme et de conviction, qu'une nbh fois traduits dans les autres langues, ils devinrent pour les étrangers la lecture la plus attachante et le thème sur lequel les romanciers du moyen âge bâtirent le plus volontiers leurs fictions. C'est ainsi que le vieux chef de guerre des Cambrions parut, dans les récits fabuleux des trouvères normands et français, l'idéal du chevalier accompli et le plus grand roi qui eût porté couronne.
Mais on ne se contentait pas d'orner ce personnage de toutes les perfections chevaleresques, et bien des gens croyaient à son retour presque aussi fermement que les Gallois; cette opinion gagna même les conquérants du pays de Galles, à qui elle faisait peur, et qui ne pouvaient s'en défendre. Différents bruits, plus bizarres les uns que les autres, nourrissaient cette persuasion. Tantôt l'on disait que des pèlerins, venant de la Terre Sainte , avaient rencontré Arthur en Sicile, au pied du mont Etna*; tantôt qu'il avait paru dans un bois en Basse-Bretagne, ou bien que les forestiers du roi d'Angleterre, en faisant leur ronde au clair de la lune , entendaient souvent un grand bruit de cors , et rencontraient des troupes de chasseurs qui disaient faire partie de la suite du roi Arthur^. Enfin, le tombeau d'Arthur ne se voyait nulle part; on l'avait souvent cherché sans jamais
1. Gervasius Tilberiensis Otia imperialia, âipiià Script, rer. hrunsvic,, t. I, p. 921.
2. Narrantibus nemorum cnstodibus quos forestarios... vnlgus nominat... militum copiara venantium et canum et cornuum strepitum... (Ibid., t. I, p. 921 et 922.)
110» pouvoir le découvrir, et ce hasard semblait une connus* firmation de tous les bruits qui se répandaient ^ 1154 Les historiens contemporains du régne de Henri II 1J89 avouent que toutes ces choses étaient pour les Gallois de grands motifs d'orgueil national, et un encouragement dans leur résistance à la domination étrangère*. Les esprits les plus fermes parmi les Anglo- Normands tournaient en ridicule ce qu'ils appelaient l'espérance bretonne; mais cette espérance, si vive qu'elle pénétrait par contagion chez les ennemis mêmes des Cambriens, portait ombrage aux politiques de la cour du roi d'Angleterre^ Pour lui donner un coup mortel, ils résolurent de faire la découverte du tombeau d'Arthur, et la firent en effet de la ma- 1183 nière suivante. Vers l'année 1189, un neveu du roi, nommé Henri de Sullj, gouvernait le couvent de Glastonburj, situé au lieu même où la tradition po- / pulaire racontait que le grand chef cambrien s'était retiré pour y attendre la guérison de ses blessures*. Cet abbé publia tout à coup qu'un barde du pays de Pembroke avait eu des révélations sur la sépulture
1. Arthiiris sepulcrum nusquam visitur, unde antiquitas neniarum adhuc eum venturum fabulatur. (Willelm. Malmesb. de Gest. reg. angl., lib. III, apud Rer. anglic. Script., p. 115, ed, Savile.)
2. Plurimam qiiippe animositatis scintillam exprimere, plurimam rebellionis audaciam imprimere potest continua pristinœ nobilitatis niemoria... et... vegni britannici tantse et tam diuturnaî regiae majestatis recordatio. (Girald. Cambrens. de Illaudabilibus Walliœ; Anglia sacra, t. II, p. 455.)
3. Britonum ridenda fides et credulus error. (Ducange, Gloss. ad Script, mediae et infimae lalinitatis,
verbo : Arturum expectare.)