‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 2)Chapitre 20 sur 214 · Hcrx britannicse, vol. Il, p · texte numérisé non relu

Hcrx britannicse, vol. Il, p

J189 «mon armée'?» Aune pareille demande l'orgueil patriotique se réveilla dans le cœur du Gallois. Regardant son interlocuteur d'un air calme et assuré, il répondit : « Roi, vos forces ou celles d'un autre « pourront bien affaiblir et, en partie, ruiner cette « nation, mais pour la détruire entièrement il fau- « drait la colère de Dieu. Au jour du jugement der- « nier, pas une autre race, ni une autre langue que « celle des Kymrys ne répondra pour ce coin de terre « devant le souverain Juge^ »

Les historiens ne disent pas quelle réplique Henri II fit à ces paroles, empreintes d'une si imperturbable conviction; mais l'idée de la science prophétique des Gallois n'était pas sans pouvoir sur lui-même ; du moins ses flatteurs le crurent, car son nom se trouve, par interpolation , dans plusieurs des vieux poëmes attribués au barde Mjrdhin'.

Un jour que le même roi, revenant d'Irlande, passait par le comté de Pembroke, un homme du pays l'aborda pour lui faire une prédiction toute religieuse et remarquable seulement par les circonstances dont elle fut accompagnée. Le Gallois, pensant qu'un roi d'Angleterre devait entendre l'anglais, adressa à

1. Consultus ab eo senioi* quidam de gente Cambronim, qui contra alios tairien vitio gentis eidem adhœserat, super exercitu regio, populoque rebelli si résistera posset, quid ei videretur. (Girald. Cambrens. de Ulaitdabilibus Wallix ; Anglia sacra, t. II, p. 455.)

2. Gravari quidem plurimaque ex parte destrui et debilitari vestris, rex, aliorumque viribus... gens ista valebit, ad plénum autem... nisi et ira Dei concurrerit, non delebitur. Nec alia, ut arbitrer, gens quam hœc cambrica aliave lingua in die district! examinis^ coram Judice supremo... pro hoc terrarum angulo respondebit. (Ibid.)

3. Sketch of the earhj history of th<i Kymrrj, by Roberts, p, 147.

Henri II la parole en cette langue, et lui dit : « God usa « holde ye, king ! Dieu vous garde, roi * . » Ce salut fut suivi d'un discours dont le roi comprit à peine quelques mots : voulant répondre et ne le pouvant pas, il dit en français à son écuyer : « Demande à ce paysan « s'il nous conte ses rêves. » L'écuyer, que sa situation moins élevée avait mis à même de converser avec des Saxons, servit d'interprète entre son maître et le Cambrien -. Ainsi, pour le cinquième roi d'Angleterre depuis la conquête, la langue anglaise était une langue à peu près étrangère. Le fils et le successeur de Henri II , Richard , dans le règne duquel entre maintenant cette histoire, n'était pas plus que lui capable de tenir conversation en anglais; mais, en revanche, il parlait et écrivait également bien les deux langues romanes de la Gaule, celle du nord et celle du midi, la langue à! oui et la langue d'oc.

Le premier acte administratif de Richard I", ii-9 quand son père (comme on l'a vu précédemment) eut "oo été enseveli dans l'église de Fontevrault, fut de faire saisir Etienne de Tours, sénéchal de l'Anjou et tré-

1. Tandem cum exiret^ et ad ostium Capeline jam equum ascenderet, astitit ei vir quidam ante faciem... qui et regem iu liiBC verba quasi teutonice convenit : God hold, ye, cuinge , quod latine sonat : Deus te custodiat, rex. Et postea eadem lingixa prosecutus est in lumc njodum... (Girald. Cambrens. Uinerarium Cambrix , éd. Camden^ p. 840.) — Les mots quasi teutonice semblent dire que ce n'était pas l'anglais pur, mais le dialecte un peu mêlé de flamand qu'on parlait dans le comté de Pembroke. Voyez plus liaut, livre YIII.

2. Rex antem îniliti, cui nomen Philippus de Mercros^ q i frenum equi tenebat, dixit lingua gallica : Quatre a rustico, utrum hoc somniaverit? Et cum anglice miles exponeret, subjecit ille lingua priori... (Ibid.)

1189 sorier de Henri II'. On l'enferma, les fers aux pieds

1190 et aux mains, dans un cachot d*où il ne sortit qu'après avoir livré au nouveau roi tout l'argent du roi défunt et le sien propre-. Ensuite Richard passa le détroit, accompagné de Jean, son frère , et , dès son arrivée en Angleterre, il s'occupa des mêmes soins que sur le continent; il courut aux différents trésors royaux conservés dans plusieurs villes, et les fît rassembler, inventorier et peser ^ L'amour de l'or fut la première passion que manifesta le nouveau souverain, et aussitôt qu'il eut été sacré et couronné selon l'ancien usage, il commença à mettre en vente tout ce qu'il possédait en terres, ses châteaux, ses villes, tout son domaine, et en certains lieux, le domaine d'autrui, si Ton en croit un historien de l'époque*.

Beaucoup de riches Normands, clercs et laïques, profitèrent de l'occasion et acquirent à bon marché quelques portions du grand lot de conquête que Guillaume le Bâtard avait réservé pour lui-même et pour ses successeurs ^ Les bourgeois saxons de plusieurs villes, qui étaient la propriété du roi, se cotisèrent alors pour racheter leurs maisons et devenir, à charge de rente annuelle, propriétaires du lieu qu'ils habitaient^ Par le seul fait d'un pareil traité, la

1. Statim injecit manus in Stephaniim de Turonis, senescallum Andegaviae... (Roger, de Hoved. Annal., pars posterior, apud Rer. anglic. Script., p. 654, éd. Savile.)

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