LIVRE XI
sonnier, envoya de tous côtés à sa recherche des ii?2 espions et des gens armés *. Ils parcoururent la contrée sans rien découvrir; mais un jour, le même serviteur, qui avait déjà été arrêté une fois, se trouvant au marché de la ville, où il achetait des provisions, on remarqua à sa ceinture des gants richement brodés, tels qu'en portaient, avec leurs habits de cour, les grands seigneurs de l'époque'^. On le saisit de nouveau, et, pour lui arracher des aveux, on le mit à la torture^; il révéla tout, et indiqua l'hôtellerie où se trouvait le roi Richard. Cette maison fut aussitôt cernée par les hommes d'armes du duc d'Autriche, qui, surprenant le roi, l'obligèrent à se rendre. Le duc lui témoigna du respect; mais il le fît enfermer dans une prison, où des soldats d'élite le gardaient, jour et nuit, l'épée nue ^.
Dès que le bruit de l'arrestation du roi d'Angleterrese fut répandu, l'Empereur ou César de toute l'Allemagne " somma le duc d'Autriche, son vassal, de lui remettre le prisonnier, sous prétexte qu'il ne convenait qu'à un Empereur de tenir un roi en pri-
1. In ultionera cujusdam lagsionis... magis autemopum anglicananim horao avarus... sitiens... (Guilielm. Neubrig. de Reb. anglic., p 45, éd. Hearne.)
2. Chirothecas domini régis sub zona secum incautius gestasse. (Radulph. Coggeshalœ abbat. Chron., apud Script, rer. gallic. et francic, t. XVni, p. 72.)
3. Dirissime torquent, variis pœnis et cruciatibus affîciunt. (Ibid.)
4. Strenuis militibus suis custodiendum tradidit, qui, die noctuque, strictis ensibus arctissime eum ubique custodierunt. (Ibid.)
5. Henri, sixième du nom, fils de Frédéric Barberousse et père de Frédéric II. — Occasione captivi insignis diripiendi. (Guilielm. Neubrig. De reb. anglic,, p. 459, éd. Hearne.)
1192 son*. Le duc Léopold se rendit à cette raison bizarre avec une bonne grâce apparente, mais non sans stipuler qu'il lui reviendrait au moins une certaine part de la rançon'. Le roi d'Angleterre fut alors transféré de Vienne sur les bords du Rhin, dans l'une des forteresses impériales; et l'Empereur, tout joyeux, envoya au roi de France un message, plus agréable pour lui, dit un historien du temps, qu'un présent
»»93 d'or et de pierreries^ Philippe écrivit aussitôt à l'Empereur pour le féliciter de sa prise, et l'engager à la garder avec soin, parce que, disait-il, le monde ne serait jamais en paix si un pareil brouillon réussissait à s'évader \ En conséquence, il proposait de payer une somme égale ou même supérieure à la rançon du roi d'Angleterre, si l'Empereur voulait le lui donner en garde ^
L'Empereur soumit, selon l'usage, cette proposition à la diète ou assemblée générale des seigneurs et des évêques d'Allemagne. Il exposa devant eux les motifs de la demande du roi de France, et justifia l'emprisonnement de Richard par le prétendu crime de meurtre commis sur le marquis de Montferrat, l'insulte faite à la bannière du duc d'Autriche, et la trêve de trois ans conclue avec les Sarrasins. Pour ces méfaits, le roi d'Angleterre devait,
1. Allegans regem non decere teneri a duce, nec esse indecens si ab imperatoria celsitudine decus regium teneretiir. {(Guilielm. Neu- "brig. de Reb. anglic, p. 459, éd. Heame.)
2. Pactus... competentem provenientis commodi portionem. (Ibid.)
3. Gratissimum illi super aurum et topazium. (Ibid.^ p. 459.)
4. Mundum componi non posse si tantus turbator emergeret... (Ibid.. p. 466.)