‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 116 sur 155 · I.IVHE X. 3oy · texte numérisé non relu

I.IVHE X. 3oy

prélat de Canterbury des leltrcs où ils le consultaient en commun sur un point de théologie et sur différents points de littérature. La question théologique roulait sur la nécessité de joindre l'eucharistie au sacrement du baptême; ni le sujet ni le nombre des autres ne nous sont connus ; mais leur pluralité certaine est ici un trait de caractère, une preuve du vif intérêt attaché parle clergé dirlandcaux problèmes de science laïque. Il paraît que, tout savant qu'il était lui-même, le primat d'Angleterre goûta peu ce mélange ; dans sa réponse, il discuta le point de dogme, mais il refusa dédaigneusement de traiter aucun point de littérature, c Vous nous avez envoyée résoudre, dit-il, des questions de «lettres séculières; mais il ne convient pas qu'un évêquc donne se:? «soins à ce genre d'études. Autrefois, il est vrai, j'y ai employé mes « années de jeunesse; mais quand je suis monté à l'office pastoral, j"ai « résolu d'y renoncer. »

Bientôt l'occasion s'offrit pour des relations de plus grave conséquence entre l'Irlande et le grand homme d'Église qui occupait le siège primalial de Canterbury. Les royaumes de Leinster et de Munster, les plus voisins de l'île de Bretagne, comprenaient les cinq villes maritimes fondées ou agrandies par les Danois, Wexford, Waterford, Cork, Limerick et Dublin. Cette dernière, la plus considérable de toutes, avait dans sa dépendance un petit territoire peuplé comme elle d'hommes du Nord, et elle était politiquement la capitale des colonies danoises d'Irlande. Lorsque, vers la fin du x^ siècle, ces colonies embrassèrent le christianisme, Dublin, chef-lieu du gouvernement Scandinave, qui les régissait, fut naturellement désigné, dans la formation de cette nouvelle Église, comme devant être le siège épiscopal. Pour la consécration de leur évéque, les colons danois ne voulurent pas recourir au ministère de l'Église d'Irlande, qui leur était suspecte, parce qu'ils avaient avec la nation, comme intrus à main armée sur son territoire, une inimitié naturelle; s'adressant là où nul esprit de malveillance n'existait contre eux, ils eurent recours ;\ l'Église d'Angleterre et au métropolitain de Canterbury. On ne peut dire si de leur part cet appel religieux se fit avant ou après que l'Angleterre elle-même fut devenue possession danoise. Mais le dernier évêque de Dublin, encore vivant à la fin de l'année 1073, avait reçu l'épiscopat en 1038, sous le règne de Ilardeknut. Il mourut en 1074, et alors le clergé et le peuple de la ville, ayant choisi, pour lui succéder, un prêtre nommé Patrice, suivirent leur coutume, en dépit des changements politi(jues, et demandèrent la consécration de leur élu h l'archevêque de Canterbury. Lanfranc reçut d'eux une requête appuyée par Godred, roi norvégien de lile de Man et des Hébrides, et maître du territoire de Dublin que lui disputait alors le roi irlandais de Leinster.

L'archevêque Lanfranc s'empressa de répondre i\ cet hommage rendu

à la dianilé de son siège, hommage qui ouvrait à la domination normande un moyen d'influence capable de contre-balancer les sympathies des Irlandais indigènes pour la cause anglo-saxonne. Avec la clairvoyance et la décision qui lui étaient naturelles, il fit ce qu'on lui demandait et quelque chose de plus. Après avoir reçu de l'évêque de Dublin sncré par lui une profession écrite d'obéissance, il le renvoya chargé de présents magnifiques pour son église. Il annonça au roi Godred que, par courtoisie, il qualifiait roi de l'Irlande, qu'il venait de faire droit à sa demande et à celle du peuple de Dublin, et, profitant des informations qu'on lui avait données sur l'état moral des territoires soumis à ce foi. il lui désigna, comme devant être interdites par lui, des infractions à la loi chrétienne du mariage, qui, en partie, dérivaient des anciennes mœurs irlandaises, et, en partie, des mœurs teutoniques apportées en Irlande par les colons Scandinaves. «On assure, lui disait-il, que dans « votre royaume il y a des hommes qui prennent des épouses, soit de (( leur propre parenté, soit de celle de leurs femmes décédées ; que 0 d'autres abandonnent sans motif et à leur fantaisie celles qui leur sont « jointes par mariage légitime ; que plusieurs donnent leurs femmes à (' d'autres et reçoivent celles d'autrui par un échange abominable. Si 0 ces crimes et d'autres existent sur les terres qui sont en votre puis- « sance, au nom de Dieu et pour le salut de votre âme, ordonnez-en la (( répression. »

L'évêque Patrice, attaché d'affection et d'obéissance à la primatie anglo-normande, fut pour l'archevêque Lanfranc un informateur assidu de tout ce qui, en Irlande, pouvait concerner l'intérêt de l'Église et celui des conquérants de TAngleterre. Il vécut jusqu'à la fin de l'année 1084, et, un peu avant cette époque, il fit à la métropole anglaise un voyage au retour duquel il mourut. C'était le temps où commençait la grande alarme qui occupa si fort les Normands, dans l'année 1083. Le bruit d'un armement des Danois plus formidable que tous les autres rendait nécessaire une assurance d'amitié ou de neutralité de la part des nations voisines. Durant le temps que l'évêque de Dublin avait passé à Canterbury, Lanfranc l'avait interrogé sur l'état de l'Irlande, et il avait appris de lui que Terdelvach, ou Turlogh O'Brien, devenu roi de toute l'île, sinon sans contestation, du moins avec une prépondérance décisive, serait flatté de voir son titre pleinement reconnu à l'étranger. Lanfranc lui écrivit une lettre de compliment où la louange excessive était revêtue des expressions les plus affectueuses, (i Notre « frère et co-évèque Patrice nous a tant parlé de votre grandeur, de sa « pieuse humilité envers les bons, de sa sévérité envers les méchants et « de sa justice envers tous, que, bien que nous ne vous ayons jamais vu, (( nous vous aimons comme s'il nous avait donné de vous voir; et nous (( désirons vous servir sincèrement et vous conseiller utilement, comme

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