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rent leur cour à Limoges, où Raymond, comte de Toulouse, quittant l'alliance du roi de France, vint faire hommage au roi d'Angleterre, suivant la politique flottante des Méridionaux, sans cesse ballottés, et passant alternativement de l'un à l'autre des rois leurs ennemis. Le comte Raymond donna fictivement à son nouvel allié le territoire qu'il gouvernail; puis il le reçut fictivement en^fief, et prêta le môme serment que le vassal à qui un seigneur concédait réellement quelque terre. Il jura de garder au roi Henri féauté et honneur, de lui donner aide et conseil envers et contre tous, de ne jamais trahir son secret, et de lui révéler, dans l'occasion, le secret de ses ennemis. Lorsque le comte de Toulouse en vint à cette dernière partie du serment d hommage : <( J'ai à vous avertir, dit-il au roi, de mettre en sûreté vos chàu teaux de Poitou et de Guienne, et de vous défier de votre femme et « de votre fils. » Henri ne laissa rien entrevoir de cette confidence qui semblait annoncer un complot auquel le comte de Toulouse avait été sollicité de se joindre : seulement il prit prétexte de plusieurs grandes parties de chasse qu'il fit avec des gens dévoués, pour visiter les forteresses du pays, les mettre en état de défense, et s'assurer des hommes qui y commandaient.
Au retour de leur voyage en Aquitaine, le roi et son fils s'arrêtèrent à Chinon pour y coucher, et dans la nuit même, le fils, sans avertir son père, le quitta et marcha seul jusqu'à Alençon. Le père se mit à le poursuivre, mais sans pouvoir l'atteindre; le jeune homme vint à Argentan, et de là passa de nuit sur les terres de France. Dès que le vieux roi l'eut appris, il monta aussitôt à cheval, et parcourut, avec la plus grande vitesse possible, toute la frontière de Normandie, dont il inspecta les places fortes, pour les mettre à l'abri d'un coup de main. Il envoya ensuite des dépêches à tous les châtelains d'Anjou, de Bretagne, d'Aquitaine et d'Angleterre, leur ordonnant de réparer au plus vite et de garder avec soin leurs forts et leurs villes. Des messagers se rendirent aussi auprès du roi de France, afin d'apprendre quels étaient ses desseins, et de réclamer le fugitif, au nom de Taulorité paternelle. Le loi Louis reçut ces ambassadeurs dans sa cour plénière, ayant à sa droite le jeune Henri, revêtu d'ornements royaux. Lorsque les envoyés eurent présenté leurs dépêches, suivant le cérémonial du temps : <( De «la part de qui m'apportez-vous ce message? leur demanda le roi de « France. — De la part de Henri, roi d'Angleterre, duc de Normandie, (( duc d'Aquitaine, comte des Angevins et des Manscaux. — Cela n'est (t pas vrai, répondit le roi, car voici à mes côtés Henri, roi d'Angleterre, (( qui n'a rien à me faire dire par vous. Mais si c'est le père de celui-ci, « le ci-devant roi d'Angleterre, à qui vous donnez ces titres, sachez « qu'il est mort depuis le jour où son fils porte la couronne; et s'il se <( prétend encore roi, après avoir, à la face du monde, résigné le royaume
(' entre les mains de son fils, c'est à quoi Ton portera remède avant qu'il i< soit peu. »
En cllot, le jeune Henri fut reconnu comme seul roi d'Angleterre dans une assemblée générale de tous les barons et évoques du royaume de France. Le roi Louis VII, et, après lui, tous les seigneurs jurèrent, la main sur l'Évangile, d'aider le fils, de tout leur pouvoir, ;\ conquérii' les États de son père. Le roi de France fit fabriquer un grand sceau aux armes d'Angleterre , pour que Henri le jeune pût apposer ce signe de la légalité sur ses chartes et ses dépêches. Pour premier acte de souveraineté, celui-ci fit des donations de terres et d'honneurs, en Angleterre et sur le continent, aux principaux seigneurs de France et aux autres ennemis de son père. Il confirma au roi d'Ecosse les conquêtes que son prédécesseur avait faites dans le Northumberland, et donna au comte de Flandre toute la province de Kent, et les châteaux de Douvres et de Rochester. Il donna au comte de Boulogne un grand domaine près de Lincoln, avec le comté de Mortain en Normandie ; enfin, au comte de Blois, Amboise, Château- Regnault et cinq cents livres d'argent sur les revenus de l'Anjou. D'autres donations furent faites à plusieurs barons d'Angleterre et de Normandie, qui avaient promis de se déclarer contre le vieux roi; et Henri le jeune envoya des dépêches scellées de son nouveau sceau royal, à tous ses amis, à ceux de sa mère, et même au pape qu'il essaya d'attirer dans ses intérêts par l'offre de plus grands avantages que la cour de Rome n'en retirait alors de son amitié avec Henri II. Cette dernière lettre devait être, en quelque sorte, le manifeste de l'insurrection ; car c'était au souverain pontife que se faisaient alors les appels qui, de nos jours, s'adressent à l'opinion publique.
Une particularité remarquable de ce manifeste, c'est que Henri le jeune y prend tous les titres de son père, excepté celui de duc d'Aquitaine, sans doute pour se mieux concilier la faveur des gens de ce pays, qui ne voulaient reconnaître de droit sur eux que dans la fille de leur dernier chef national. Mais une chose plus remarquable encore, c'est l'origine que le jeune roi attribue à ses différends avec son père, et la manière dont il se justifie d'avoir violé le commandement de Dieu qui prescrit d'honorer père et mère. « Je passe sous silence, dit la lettre (i authentique, les injures qui me sont personnelles, pour en venir à ce '( qui a le plus fortement agi sur moi. Les insignes scélérats qui ont '( massacré, dans le temple même, mon père nourricier, le glorieux « martyr du Christ, saint Thomas de Canterbury, demeurent sains et « saufs ; ils ont encore racine sur terre ; aucun acte de la justice royale «ne les a poursuivis après un attentat si affreux. Je n'ai pu souffrir « cette nép^'-^nce, et telle a été la première et la plus forte cause de la a discorde actuelle. Le sang du martyr criait vers moi, je n'ai pu l'exau-