‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 131 sur 155 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

« Le bois de la croix est l'étendard que va suivre l'armée; il n'a « point cédé, il s'est porté en avant par la force de l'Esprit-Saint.

« Allons i\ Tyr, c'est le rendez-vous des braves : c'est là que doivent (I aller ceux qui font tant d'eîforts pour acquérir, sans fruit, le renom de (( chevalerie.

a Le bois de la croix est l'étendard que va suivre l'armée.

« Mais, pour cette guerre, il faut des combattants robustes, et non « des hommes amollis; ceux qui soignent leur corps h grands frais (( n'achètent point Dieu par des prières.

« Le bois de la croix, etc.

(( Oui n'a point d'argent, s'il est fidèle, la foi sincère lui suflira ; c'est (( assez du corps du Seigneur pour toute provision de voyage à celui (( qui défend la croix.

« Le bois de la croix, etc.

«Le Christ, en se livrant au supplice, a fait un prêt au pécheur; pé- « cheur, si tu ne veux pas mourir pour celui qui est mort pour toi, tu « ne ren ds pas ce que Dieu t'a prêté.

« Le bois de la croix, etc.

<i Écoute donc mon conseil; prends la croix, et dis, en faisant ton « vœu : Je me recommande à celui qui est mort pour moi, qui a donné (( pour moi son corps et sa vie.

«Le bois de la croix est rétcnJard que va suivre l'armée, d

Le roi d'Angleterre, portant la croix blanche sur l'épaule, se rendit au Mans, où il assembla son conseil pour délibérer sur les moyens de pourvoir aux frais delà guerre sainte à laquelle il venait de s'cn;;5ager. Il fut décidé que, dans tous les pays soumis à la domination angevine, tout homme serait forcé de livrer la dixième partie de son revenu et de ses biens meubles; mais que de cette décimation universelle seraient exceptés, les armes, les chevaux et les vêtements des chevaliers; les chevaux, les livres, les vêtements et tous les ornements des prêtres, ainsi que les joyaux et les pierres précieuses, tant des laïques que des clercs. Il fut établi, en outre, que les clercs, les chevaliers et les sergents d'armes qui prendraient la croix, ne paieraient rien; mais que les bourgeois et les paysans qui se joindraient h l'armée sans l'exprès consentement de leurs seigneurs n'en paieraient pas moins leur dixième

Le subside décrété au Mans pour la nouvelle croisade fut levé sans beaucoup de violence dans l'Anjou, la Normandie et l'Aquitaine. La

seule mesure comminatoire employée dans ces divers pays, où la puissance de Henri II était modérée par des traditions d'administration nationale, fut un arrêt d'excommunication lancé par les archevêques et les évoques contre quiconque ne remettrait pas fidèlement sa quotepart aux hommes chargés de recueillir l'impôt. La collecte se fit dans chaque paroisse par une commission composée du prêtre desservant, (l'un templier, d'un hospitalier, d'un officier royal, d'mi clerc de la chapelle du roi, d'un officier et d'un chapelain du seigneur-du lieu. La composition de ce conseil, où des hommes de la localité avaient place, offrait aux habitants quelque garantie d'impartialité et de justice. De plus, si une contestation venait à s'élever sur la quotité de la somme exigée, on devait convoquer quatre ou six personnes notables de la paroisse, pour déclarer, sous le serment, la valeur des biens meubles du contribuable, que leur témoignage devait condamner ou absoudre. Ces précautions usitées, même au moyen âge, dans les contrées où l'administration publique n"était pas proprement un gouvernement de conquête, furent probablement aussi pratiquées en Angleterre à l'égard des comtes, des barons, des chevaliers, des évêques, en un mot, de tous les hommes de race normande; mais elles furent complètement omises à l'égard des bourgeois saxons : on les remplaça par une manière de procéder plus expéditive, toute différente, qui mérite d'être remarquée. Le roi Henri passa la mer, et pendant que ses officiers, clercs et laïques, recueillaient, aux termes de ses ordonnances, l'argent des possesseurs de terres, il fit dresser une liste des plus riches bourgeois de toutes les villes, et les fit sommer personnellement d'avoir à se présenter devant lui à un jour et dans un lieu qu'il fixait. L'honneur d'être admis en la présence du petit-fils du Conquérant fut de cette manière octroyé à deux cents bourgeois de Londres, à cent d'York, et à un nombre proportionné d'habitants des autres villes et bourgs. Les lettres de convocation n'admettaient ni excuse ni retard. Ces bourgeois ne vinrent pas tous le même jour; car le roi Henri n'aimait pas plus que ses a'ieux les grands rassemblements d'Anglais. On les reçut par bandes, à différents jours et dans différents lieux. A mesure qu'ils comparaissaient, on leur signifiait par interprète la somme qu'on exigeait d'eux; « et ainsi, dit « un contemporain, le roi leur prit à tous la dîme de leurs propriétés, (1 d'après l'estimation des gens de bien qui connaissaient leurs revenus « et leurs meubles. Ceux qu'il trouva rebelles, il les fit aussitôt incarcérer, <( et les retint dans ses prisons jusqu'à ce qu'ils eussent payé le dernier « sou. Semblablement fit-il pour les Juifs d'Angleterre; ce qui lui prott cura des sommes incalculables, n Cette assimilation des hommes de race anglaise aux Juifs peut donner la mesure de leur état politique au commencement du second siècle après la conquête. L'on doit observer en outre que la convocation des habitants des villes par le roi, loin

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