‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 3)Chapitre 140 sur 155 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Anglais; il résista, et appelant ses voisins au secours, il tira contre le loi un couteau qu'il portait h la ceinture. Richard voulut se servir de son épée et faire lace aux paysans qui s'amassaient autour de lui ; mais l'épée s'étant brisée entre ses mains il fut contraint de prendre la fuite, poursuivi à coups de bâtons et de pierres.

Peu de temps après cette aventure, l'habitude de tout oser en Angloterre à l'égard des vilains et des bourgeois lui en attira une plus fâcheuse. Il y avait près de Messine, sur le bord du détroit, un couvent de moines grecs, très-fort par sa position : Richard, ayant trouvé ce lieu convenable, pour y placer ses magasins, en chassa les moines et y mit garnison. Mais les habitants de Messine voulurent montrer au prince étranger combien cet acte d'arrogance et de mépris pour eux leur déplaisait ; ils fermèrent leurs portes et refusèrent l'entrée de la ville aux gens du roi d'Anglelerre. En apprenant cette nouvelle, Richard, outré de colère, se rendit au palais de Tancrède; il le requit de châtier, sans nul retard, ses bourgeois, qui osaient tenir tôte à un roi. Tancrède fit enjoindre aux Messinois de cesser toute démonstration hostile. La paix sembla rétablie ; mais la rancune sicilienne ne s'éteignit pas au gré des ménagements politiques. Quelques jours après, une troupe des plus irrités et des plus braves d'entre les bourgeois de Messine se rassembla sur les hauteurs voisines du quartier du roi d'Angleterre, pour tomber sur lui à l'improviste, lorsqu'il passerait avec peu de monde. Lassés d'atten(^re, ils livrèrent l'assaut à la maison d'un officier normand, appelé Hugues le Brun ; il y eut combat et grand tumulte, et Richard, qui était alors en conférence avec le roi Philippe sur les afiaires de la guerre sainte, accourut, s'arma, et fit armer tous ses gens. Avec des forces supérieures, il poursuivit les bourgeois jusqu'à la porte de la ville : ceux-ci entrèrent ; mais le passage fut fermé aux Normands, sur lesquels on fit pleuvoir du haut des murs une grôle de flèches et de pierres. Cinq chevaliers et vingt sergents du roi d'Angleterre furent tués; enfin son armée tout entière arriva, brisa une des portes, et, s'emparant de la ville, y planta la bannière de Normandie sur toutes les tours.

Pendant ce combat, le roi de France était resté tranquille spectateur, sans offrir, disent les historiens, aucun secours à son frère de pèlerinage ; mais quand il vit l'étendard du roi d'Angleterre flotter sur les remparts de Messine, il demanda que ce drapeau fût enlevé et remplacé par le sien propre. Ce fut entre les deux frères d'armes le commencement d'une querelle qui ne fit que s'envenimer par la suite. Richard ne voulut point consentir aux prétentions du roi de France ; seulement il fit descendre sa bannière, et remit la ville en garde aux chevaliers du Temple, jusqu'à ce qu'il eût obtenu satisfaction du roi Tancrède pour la conduite des Messinois. Le roi de Sicile accorda tout.

424 CONQLÊTE DE L'ANGLETERRE.

et, plus timide que ne l'avait été une poignée de simples bourgeois, il fit jurer par ses grands officiers, sur son âme et sur la leur, que lui et les siens, sur terre et sur mer, garderaient en tout temps fidèle paix au roi d'Angleterre et à tous les siens.

Pour preuve de sa fidélité à ce serment, Tancrède remit à Richard une lettre qu'il assurait lui avoir été envoyée par le roi Philippe, et dans laquelle celui-ci disait que le roi d'Angleterre était un traître qui n'avait point observé les conditions de la dernière paix faite avec lui, et que si Tancrède et ses gens voulaient lui faire la guerre ouverte, ou l'attaquer de nuit par surprise, l'armée de France serait toute prête à les aider. Richard garda quelque temps le secret sur cette confidence; mais dans une des disputes fréquentes qu'occasionnait entre lui et son frère d'armes leur séjour prolongé dans le même lieu, il présenta subitement la lettre au roi de France, lui demandant s'il la reconnaissait. Sans répondre à cette question, Philippe attaqua de paroles le roi d'Angleterre : « Je vois ce que c'est, lui dit-il ; vous me cherchez malice (( pour avoir prétexte de ne point épouser ma sœur Aliz, que vous avez <c juré d'épouser ; mais tenez pour certain que si vous l'abandonnez et « prenez une autre femme, je serai toute ma vie ennemi de vous et des (I vôtres. » — « Votre sœur, reprit tranquillement Richard, je ne puis (( l'épouser; car il est certain que mon père l'a connue, et qu'il a eu (( d'elle un enfant ; ce que je puis prouver, si vous l'exigez, par de « bons et nombreux témoignages. »

Ce n'était pas une découverte que Richard venait de faire sur le compte de sa fiancée ; il y avait longtemps qu'il savait cela, et même il ne l'avait pas ignoré dans le temps où, pour faire tort à son père, il montrait, comme on l'a vu plus haut, tant d'envie d'accomplir ce mariage. Mais tout ce qu'il avait promis alors par ambition de régner, se voyant roi il ne jugea plus à propos de le tenir ; et il obligea Philippe à subir la preuve testimoniale de la honte de sa propre sœur. Les faits, à ce qu'il semble, étaient incontestables, et le roi de France, ne pouvant persister dans sa demande, dispensa Richard de sa promesse de mariage, moyennant la somme de dix mille marcs d'argent payables en quatre années. A cette condition, dit le narrateur contemporain, il lui donna licence d'épouser la femme qu'il voudrait.

Redevenus amis par ce traité, les deux rois mirent à la voile pour la Terre-Sainte, après avoir de nouveau juré sur les reliques et sur l'Évangile de se soutenir de bonne foi l'un l'autre dans ce voyage et au retour. Sur le point de partir, on publia dans les deux camps l'ordonnance suivante :

« Sachez qu'il est défendu à toute personne de l'armée, à l'exception « des chevaliers et des clercs, de jouer de l'argent à quelque jeu que ce « soit durant le passage. Mais les clercs et les chevaliers pourront jouer

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Ricliard Ciriir di» l.ion.

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