LIVRE V
l'ancien domaine, ce que, dans la langue saxonne, (072 on appelait le hlaford, et, par contraction, le lord de la terrée Ce nom signifiait originairement distributeur du pain, et c'est ainsi que dans la vieille Angleterre on désignait le chef d'une grande maison, celui dont la table nourrissait beaucoup d'hommes. Mais à cette signification inoff'ensive se substituèrent d'autres idées, des idées de domination et de servitude, lorsque les hommes de la conquête reçurent des indigènes le nom de lords. Le lord étranger fut un maître; les habitants du domaine tremblèrent en sa présence, et n'approchèrent qu'avec terreur de son manoir ou de sa halle, comme parlaient les Saxons, demeure autrefois hospitalière, dont la porte était toujours ouverte et le fover toujours allumé, maintenant fortifiée, murée, crénelée, garnie d'armes et de soldats, à la fois citadelle pour le maître et prison pour le voisinage.
c( Aussi, dit un contemporain, tous les gens du « pays bas avaient grand soin de paraître humbles « devant Ives Taille-Bois, et de ne lui adresser la « parole qu'un genou en terre^; mais, quoiqu'ils s'em- « pressassent de lui rendre tous les honneurs possi- « blés, et de payer tout ce qu'ils lui devaient, et au « delà, en redevances et en services, de son côté il « n'civait pour eux ni affabilité ni bienveillance. Au « contraire, il les vexait, les tourmentait, les tortu- K rait, les emprisonnait, les accablait de corvées, et,
1. ... Dominus Spaldyngîe et totius Holandiîe. {Hist. Tngulf. Croyland.y apiul lier, anglic. Script., t. I, p. 71, éd. Gale.)
2. ... Omnes Hoylaudenses eum... genu fiexo deprecabaiitur. (Ibid.)
1072 « P^î* ses cruautés journalières, contraignait la plu- (( part d'entre eux de vendre le peu qu'ils possé- ■ « daient encore, et de s'en aller en d'autres pays*. « Par un instinct diabolique, il se plaisait à malfaire « pour le mal seul : souvent il lançait ses chiens à la « poursuite du bétail des pauvres gens, dispersait les « animaux domestiques à travers les marécages, les « noyait dans les lacs, ou les mutilait de diverses « manières, et les rendait incapables de servir en leur « brisant les membres ou le dos ^. »
Une partie des moines anglais de l'abbaye de Croyland habitaient près de Spalding, dans une succursale que le monastère possédait à la porte même du manoir de ce redoutable Angevin. Il leur lit éprouver encore plus violemment qu'au reste du voisinage les effets de sa manie destructive contre tout ce qui était Saxon, ou appartenait à des Saxons^. Il estropiait leurs chevaux et leurs bœufs, tuait leurs moutons et leurs oiseaux de basse-cour, accablait leurs fermiers d'exactions, et faisait assaillir leurs serviteurs sur les routes à coups de bâton ou d'épée*. Les moines essayèrent auprès de lui les supplications et les offres ; ils donnèrent des présents à ses
1. Sed torquens et tribulans, angens et angariaus, incarcerans et excrucians^ ac quotidie novis servitiis onerans^ pluriraos omnia sua vendere, ac alias patrias petere, criideliter compellebat. (Hist. Ingulf. Cro]jland.^ apud Ber. anglic. Script., t. î, p, 71, éd. Gale.)
2. Diabolico instinctu... animalia in mariscis cum canibus suis insectans... et crebro spinis ac tibiis jumentorum fractis. (Ibid.)
3. In ejus januis... totadie... conversantes, tanta tyrannide debacchatur. (Ibid.)
4. Ut jumentis eorum, tara bobus quam equis^ multoties mutilatis^ ovibus ac avibus quotidie imparcatis... famuli prions... gladiis et fustibus in compitis ssepius cEederentur... (Ibid.)