‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 108 sur 269 · LIVRE V 15j · texte numérisé non relu

LIVRE V 15j

répandit par toute l'Angleterre, et les regards des 1072 vaincus se tournèrent vers cet homme avec un sentiment d'espérance ; on fit sur ses aventures et à sa louange des vers populaires qui maintenant ont péri, et qui furent chantés dans les rues aux oreilles des conquérants, grâce à leur ignorance de l'idiome du peuple anglais K

L'héritage reconquis sur les Normands parle Saxon Hereward était situé à Brunn, aujourd'hui Bourn, au sud de la province de Lincoln, près de l'abbaye de Crovland, non loin de celle de Peterborough et des îles d'Elj et de Thorneye : les insurgés de ces cantons ne tardèrent pas à pratiquer des intelligences avec les bandes que commandait le brave chef de partisans. Frappés de sa renommée et de son habileté, ils l'invitèrent à se rendre auprès d'eux, pour être leur capitaine, et Hereward, cédant à leur prière, passa au camp du Refuge avec tous ses compagnons ^. Avant de prendre le commandement d'hommes dont plusieurs étaient membres de la haute milice saxonne, espèce de confrérie ou de corporation autorisée par les anciennes lois du i^d^ys, il voulut s'y faire agréger lui-même, et devenir, suivant l'expression des auteurs contemporains, un homme de guerre légitime \ L'institution d'une classe supérieure parmi ceux qui se vouaient aux armes, et de cérémonies

1. ... Prout adliuc in triviis canuntur. {Hist. Ingulf. Croijland.^ apud Ber. anglic. Script., t. I, p. 68, ecl. Gale.)

2. Céleri luiiicio... ad eos accersitus, dux belli et magister militum efficitur. (Ibid., p. 71.)

3. Necdum militari iiiore balteo légitime se accinctum... legitimse mililicC legitimum militem... (Ibid., p. 70.)

»72 sans lesqueileo nul ne pouvait être admis dans cet ordre militaire, avait été apportée et propagée dans tout l'occident de TEurope par les peuples germaniques qui démembrèrent l'empire romain. Cette coutume existait en Gaule, et, dans la langue romane de ce pays, un membre de la haute milice se nommait { cavalier ou chevalier, parce que les guerriers à cheval { étaient alors, dans toute la Gaule, et en général sur ^' le continent, la principale force des armées. Il n'en était point de même en Angleterre ; laperfection de la science équestre n'entrait pour rien dans l'idée qu'on ' s'y formait de l'homme de guerre accompli ; les deux seuls éléments de cette idée étaient la jeunesse et la force, et, en langue saxonne, on appelait knit, c'est-àdire jeime homme, celui que les Français, les Normands, les Gaulois méridionaux et même les Allemands, appelaient homme de cheval^.

Malgré cette différence, les cérémonies par lesquelles un guerrier était agrégé à la haute milice nationale, en Angleterre et sur tout le continent, étaient exactement les mêmes : l'aspirant devait se confesser un soir, veiller dans l'église toute la nuit, et le matin, à l'heure de la messe, placer son épée sur l'autel, la recevoir des mains de l'officiant, et communier après l'avoir reçue ^. Tout combattant qui s'était soumis à ces diverses formalités était dès lors réputé

1. Alias Knifiht, aut Ciîd ; alias Child. Les Allemancls avaient pareillement employé le mot Hild ou Held, avant celui de Reiter ou liitter.

2. Ano;lorum erat consnetndo quod qui niilitiœ légitime consecranttus esset vespere prsecedente... {Hist. Ingulf. Croyland., apud Rev. anglic. Script., t. J, p. 70, éd. Gale.j

Page 1