‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 179 sur 269 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

« ni demandé pour le service libre qu'ils nous doi- i « vent et sont tenus de nous faire à perpétuités ■ « Nous voulons que tous observent et maintien- « nent la loi du roi Edward, avec celles que nous « avons établies, pour l'avantage des Anglais et le c( bien commun de tout le royaume -. »

Ce vain nom de loi du roi Edward était tout ce qui restait désormais à la nation anglo-saxonne de son / antique existence ; car la condition de chaque indi- ; vidu avait changé par la conquête. Depuis le plus / grand jusqu'au plus petit, chaque vaincu avait été rabaissé au-dessous de son état antérieur : le chef avait perdu son pouvoir, le riche ses biens, l'homme libre son indépendance ; et celui que la dure coutume du temps avait fait naître esclave dans la maison d'autrui, devenu serf d'un étranger, n'obtenait plus les ménagements que l'habitude de vivre ensemble et la communauté de langage lui attiraient de la part de son ancien maître ^. Les villes et les bourgades anglaises étaient affermées par les comtes et les vicomtes normands à des traitants qui les exploitaient en propriétés privées, sans aucun mélange de procédés administratifs. Le roi faisait la même spéculation sur les grandes cités et les immen-

1. «Ut omnes literi domines,. . liaheant et teneant terras suas et possessiones suas bene et in pace, libère ab omni exactione injusta et ab omni tallagio. » (Seldeni notîe ad Eadmeri Hist. noi\, p. 190.)

2. « Ut omnes Labeant et teneant legem Edwardi régis, in omnibus rébus, adauctis bis quas constituimus ad utilitatera Anglorum. » (Ibid., p. 192.)

3. Et jus libertatis est abreptnm, et jus mancipii coangustatum. (Sermo Lupi ad Anglos, apud Hickesii Thesaur. Uufj. septentrional.^ t. II, p. 100.)

1086 ses terres qui composaient son domaine ^ « Il louait, « disent les chroniques, au plus haut prix possible ses « villes et ses manoirs ; puis venait un traitant qui « proposait davantage, et il lui accordait la ferme ; « puis venait un troisième qui haussait le prix, et « c'était à ce dernier que définitivement il adjugeait^. « Il adjugeait au plus offrant, ne s'inquiétant point « des crimes énormes que commettaient ses prévôts « en levant la taille sur les pauvres gens. Lui et ses (( barons étaient avares à l'excès, et capables de tout « faire s'ils voyaient un écu à gagner^. »

Guillaume avait, pour sa part de conquête, près de quinze cents manoirs; il était roi d'Angleterre, chef suprême et inamovible des conquérants de ce pays, et pourtant il n'était pas heureux. Dans les cours somptueuses qu'il tenait trois fois l'année, la couronne en tête, soit à Londres, soit à Winchester, soit à Glocester, lorsque les compagnons de sa victoire et les prélats qu'il avait institués venaient se ranger autour de lui, son visage était triste et sévère ; il semblait inquiet et soucieux, et la possibilité

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