LIVRE VII
gieux (probablement de race anglaise) avait eu dans son sommeil une vision de mauvais augure ; qu'il avait vu Jé^us-Christ assis sur un trône, et à ses pieds une femme qui le suppliait, en disant : « Sau- « veur du monde, regarde en pitié ton peuple, gémis- « sant sous le joug de Guillaume M » En entendant ce message, le roi rit aux éclats : «Est-ce qu'ils c( me prennent pour un Anglais, dit-il, avec leurs « songes ? Me croient- ils un de ces fous qui aban- « donnent leur chemin ou leurs affaires parce qu'une vieille rêve ou éternue ? Allons, Gaultier de Poix, à (( cheval ^ ! » •
Henri, frère du roi, Guillaume de Breteuil, et plusieurs autres seigneurs, l'accompagnèrent à la forêt : les chasseurs se dispersèrent; mais Gaultier Tirel resta auprès de lui, et leurs chiens chassèrent ensemble ^ Tous deux se tenaient à leur poste, vis-à-vis l'un de l'autre, la flèche sur l'arbalète et le doigt sur la détente *, lorsqu'un grand cerf, traqué par les batteurs, s'avança entre le roi et son ami. Guillaume tira ; mais, la corde de son arbalète se brisant, la flèche ne partit pas, et le cerf, étonné du bruit, s'arrêta, regardant de tous côtés ^ Le roi fit signe à son
1. « Domine Jesii Christe, Salvator generis humani... respice populum tuum... » (Orderic. Vital, ^i'si. ecclesiast. , lib. X, apud Script, rer. normann.^ip. 781.)
2. Nuni prosequi me ritum autumat Anglorum, qui pro stermitatione et somnio vetularum dimittunt iter suum sen negotium? (Ibid., p. 782.)