‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 241 sur 269 · LIVRE VIT · texte numérisé non relu

LIVRE VIT

meubles, ainsi que du nom de ses débiteurs. Brihtstan tm la fit : mais les juges, peu satisfaits du compte, lui répétèrent*plusieurs fois qu'il mentait impudemment. Le Saxon répondit dans sa langue : « Mes seigneurs, Dieu sait que je dis vrai ; » il répétait patiemment ces mots, dit l'historien, sans ajouter autre chose *. On contraignit sa femme à livrer quinze sous et deux anneaux qu'elle portait sur elle, et à jurer qu'elle ne retenait rien. Ensuite le condamné fut conduit, pieds et poings liés, à Londres, jeté dans une prison obscure, et chargé de chaînes de fer, dont y le poids surpassait ses forces -.

Le jugement du Saxon Brithstan fut rendu, selon lus le témoignage de l'ancien historien, dans l'assem- ««26 blée de justice, ou, comme parlaient les Normands, dans la cour du comté de Huntingdon ^. A ces cours, où se jugeaient toutes les causes, à l'exception de celles des hauts barons, réservées pour le palais du roi, présidait le vicomte de la province, que les Anglais appelaient sherifF, ou un juge de tournée, un justicier errant, comme on s'exprimait en langue normande'*. A la cour du comté siégeaient, comme juges, les possesseurs des terres libres, ceux que les Normands appelaient frmics tenants, et que les indigènes

1. Wat, min laitert, godel mihtin hic sege sod, respondebat... Hoc vei'bo sœpius repetito, nihil aliud dicebat. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast.j lib. VI, apud Script, rer. normann., p. 629.)

2. Liindoniam ductiis^ ibi in carcerem obscunim retruditur, ibiqiie vinculis ferreis... (Ibid., p. 630.)

3. ... Congregatis provincialibus... apud Huntedoniam. (Ibid., p. 629.)

4. Justitiavii itinérantes. — Voyez Glossariiim Spelmani , verbo Justitia.

1116 appelaient franklings, joignant à l'adjectif français 1126 une terminaison saxonne ^ La cour du comté, comme celle du roi, avait des sessions périodiques, et ceux qui manquaient de s'y rendre payaient une certaine amende pour avoir, comme disent les actes du temps, laissé la justice sans jugement^. Nul n'avaitle droit d'y venir siéger, s'il ne portait l'épée et le baudrier, signes de la liberté normande, et si, de plus, il ne parlait français^. On s'y rendait ceint de l'épée, et cet appareil obligé servait à en écarter les Saxons, ou, suivant le langage des anciens actes, les vilains, les habitants des hameaux, et toutes gens d'ignot3le et basse espèce \ La langue française était, pour ainsi dire, le critérium auquel on distinguait les personnes ayant capacité pour être juges; et même il y avait des cas de procédure où le témoignage d'un homme ignorant l'idiome des vainqueurs, et trahissant par là sa descendance anglaise, n'était point regardé comme valable. C'est ce que prouve un fait postérieur de plus de soixante années au temps où nous sommes parvenus. En 1191, dans une contestation où l'abbé de Croyland était intéressé, quatre personnes témoignèrent contre lui;

1 . Franci ten entes... — La terminaison ling dans les langues germaniques indique ressemblance ou filiation. Lorsque les Anglais se sont déshabitués d'aspirer fortement leur langue, le mot frankUng est devenu franhlin. — Voyez Chaucer's Canterbury taies.

2. Quod justitiara sine judicio dimiserent. (Leges Heurici, t. I, CXp. XXIX, g 1.)

3. Duodecim milites accinctis gladiis. (Gloss. ad Matth. Paris^ verbe Assisa.)

4. Villani vero vel Cotse1:i, vel Ferdingi, vel qui sunt istius modi viles vel inopes personne non sunt iuter legum judices numerandi. (Leges Henrici I, cap. xxix, g 1.)

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c'était Godefroy de Thurleby, Gaulthier Leroux de ms Hamneby, Guillaume, fils d'Alfred, et Gilbert de lAe Bennington. « On inscrivit, dit l'ancien historien, « le faux témoignage qu'ils portèrent, et l'on ne « voulut point inscrire la vérité que l'abbé disait ; « mais tous les assistants croyaient encore que le « jugement lui serait favorable, parce que les quatre « témoins n'avaient point de fief de chevalier, n'é- « taient point ceints del'épée, et que même l'un d'enc( tre eux ne parlait pas français ^ »

Des deux seuls enfants légitimes du roi Henri, il lui restait encore Mathilde, épouse de Henri V, empereur d'Allemagne. Elle devint veuve en l'année 1126, et retourna auprès de son père; malgré im son veuvage, les Normands continuaient de la surnommer par honneur Vemperessey c'est-à-dire l'impératrice^. Aux fêtes de Noël, Henri tint sa cour, en grande pompe, dans les salles du château de Windsor, et tous les seigneurs normands des deux pays, rassemblés à son invitation, promirent fidélité à Mathilde, tant pour le duché de Normandie que pour le royaume d'Angleterre, jurant de lui obéir comme à son père, après la mort de son père^. Le premier qui prêta ce serment fut Etienne, fils du comte de Blois et d'Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, l'un des amis les plus intimes et presque le

1. « Eo quod non erant de militari ordine^ nec accincti gladio... et tertius eoimm gallice loqui non novei-at. » (Petin Blesensis Ingulfi continuât., apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 458, éd. Gale.)

2. Quoad vixit^ sibi nomeu retinens imperatricis. {De orig. comit. andegav., apiid Script, rer. gallic. et francic, t. XII. p. 537.

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