‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 28 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

et faisant des sorties fréquentes, il entreprit de for- ,067 cer les villes et les bourgades voisines à se soumettre au conquérant. Mais la population de l'ouest résista avec énergie, et, sous la conduite d'Edrik, fils d'Alfrik, parent de la famille de Godwin, elle se leva pour repousser les attaques du fils de Scrob et de ses hommes d'armes *.

Le chef saxon eut l'art d'intéresser à sa cause les chefs des tribus galloises, jusque-là ennemies mortelles des habitants de l'Angleterre 2. Ainsi la terreur des Normands réconciliait, pour la première fois, les Cambrions et les Teutons de la Bretagne, et faisait ce que n'avait pu faire, en d'autres temps, l'invasion des païens du Nord. Soutenu par les milices du pays de Galles, Edrik prit avec succès l'offensive contre Richard, fils de Scrob, et ses soldats, auxquels les chroniques du temps donnent le nom de châtelains de Hereford^ Trois mois après le départ du roi Guillaume pour la Normandie, il les chassa du territoire qu'ils occupaient, pilla leurs cantonnements, et affranchit, mais en le ravageant, tout le pays voisin "". Au sud de cette contrée, sur

1. ... Cujus terram^ quia se dedere régi dedignabatur , lierefordenses castellani et Richardus filius Scrob fréquenter vastaverunt. (Florent. Wigorn. Chron.,\). 635.) — Monast. anglic, Dugdale, t. II, p. 221.

2. ... Accitis sibi in auxilium regibus V^^allanorum. (Florent. Wigorn. Chron., p. 635.) — ... Eadricus juvenis et Britones facti sunt rebelles. {Chron. saxo7i., Fragm. sub anno mlxvii, apud Gloss., éd. Lye, t. II, ad finem.)

3. ... Herefordenses castellani. (Florent. Wigorn. Chron., p. 635.) — Chron. saxon., Fragm. sub anno mlxvii^ apud Gloss., éd. Lye, t. II, ad finem.

4. ... Herefordensem provinciam usque ad pontem aranis Lugge devastavit. (Florent. Wigoi-n. Chron., p. 635.)

10C7 les côtes qui bordent le long golfe où se jette la Saverne, et au nord, sur les terres voisines des montagnes, il n'y avait encore, dans ce temps, ni postes militaires établis par les Normands, ni châteaux forts bâtis ou possédés par eux. La conquête, si l'on peut s'exprimer ainsi, n'y était point encore parvenue : ses lois n'y régnaient point, son roi n'y était nullement reconnu, non plus que dans toute la partie septentrionale de l'Angleterre, depuis le golfe de Boston jusqu'à la Tweed.

Au centre, les coureurs ennemis tenaient librement la campagne ; mais beaucoup de villes fermées ne s'étaient point rendues ; et même, dans le pays où l'invasion paraissait accomplie, les conquérants n'étaient pas sans alarmes ; car des messagers, partis des contrées où l'indépendance régnait encore, allaient secrètement de ville en ville rallier les amis du pays, et relever les courages abattus par la rapidité de la défaite. Sous les yeux de l'autorité étrangère, disparaissait chaque jour quelqu'un des hommes le plus en crédit parmi le peuple. Ils allaient quêter, chez des nations amies, du secours contre les Normands, ou ils émigraimit pour toujours, aimant mieux vivre sans patrie que de rester sous leur puissance*. Ceux qui, dans la première terreur, s'étaient rendus au camp de Guillaume, et lui avaient prêté le serment de paix et de soumission, étaient invités, par des adresses patriotiques, à

1. Ultro iu exilium aliqui profugiunt, qiio extorres vel a potestate Normannorum sint liberi, vel aucli opibus alienis contra eos revertfvntur. (Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 212.)

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