‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 42 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

le pays des Ecossais ou vers les territoires anglais voisins de l'Ecosse. Là se fit le ralliement des vaincus d'York; «là se retirèrent, dit un vieux chroniqueur, « Edwin et Morkar, les nobles chefs, ainsi que d'au- 0 très hommes de grande distinction, des évêques, « des clercs, des gens de tout état, tristes de voir « leur cause la plus faible, mais ne se résignant point « à l'esclavage K »

Les vainqueurs bâtirent une citadelle au sein de la ville d'York, qui devint ainsi une place forte normande, et le boulevard de la conquête au nord ^. Ses tours, garnies de cinq cents chevaliers et d'un nombre au moins quadruple d'écujers et de servants d'armes, menacèrent le pays des Northumbriens. Cependant l'invasion ne continua point alors sur ce pays, et il est même douteux que la province d'York ait été occupée dans sa largeur, depuis l'Océan jusqu'aux montagnes de l'ouest. La capitale, soumise avant son territoire, était le poste avancé des conquérants, et un poste encore périlleux; ils y travaillaient jour et nuit à tracer leurs lignes de défense ; ils forçaient le pauvre Saxon, devenu leur homme de corvée, à creuser des fossés et à construire des retranchements pour ses ennemis. Craignant d'être assiégés à leur tour, ils rassemblaient de toutes parts et entassaient dans leur cantonnement des munitions et des vivres.

1. ... Videiites partem siiam intirmiovem, et sei'vire renuentes. (Mattli. Wesmonast. Flor. histor., p. 225.)

2. Ipse tamen , quia fidem illorum suspectam habuit, in urbe ipsa munitionem firmavit, quam delectis militibus custodiendam tradidit. (Orderic. "Vital. Hist. ecclesiast., apud Hist. normann. Script.,^. 511.)

1068 Dans cette ville nouvellement réduite, à la tête d'une population pour laquelle commençait l'épreuve du gouvernement étranger, il y avait un homme qui, seul entre tous, semblait devoir être exempt de l'oppression et des avanies de la conquête. C'était l'archevêque d'York, Eldred, qui, après avoir concouru à l'élection du roi Edgar et s'être soumis avec lui, avait prêté son ministère au sacre du roi Guillaume et lui gardait depuis lors une inviolable fidélité. Il était, parmi les évêques d'Angleterre, le chef du parti de l'obéissance et de la paix, et la reddition d'York sans combat avait été, en partie du moins, l'œuvre de son influence ^ Il croyait qu'un droit supérieur à toute considération humaine était né, pour Guillaume, de la consécration religieuse, et trouvait que si le nouveau roi ne remplissait pas envers la nation les promesses de son sacre, il les tenait mieux envers l'Église, ménageant, sauf le cas de rébellion flagrante, les personnes et les biens ecclésiastiques ^ Eldred se flattait qu'un jour le respect pour le clergé amènerait, la paix aidant, plus de modération à l'égard du peuple, et cette pensée

1. Sane pontifices quidam obsequio regio stiiclebant, maxime Adelred, primas eboracensis. (GuilL Pictav., apud Hist. normann. Script., p. 213.) — Sur les premières dispositions des citoyens d'York, Orderic Vital dit : Eboraceiisis civitas ardentissime furit, quam sanctitas pontijicis sui sedare nequit. (Hist. normann. Script , p. 511.)

2. L'énoi-me quantité de vases et d'ornements sacrés, dont Guillaume avait fait des largesses aux églises de Normandie et de toute la Gaule, passait, contre toute évidence, pour lui avoir été donnée volontaii'ement par les églises d'Angleterre : Abundantes ecclesix transmarinx aliqua et libentes, qux in Galliam transferret, dederunt. (Guill. Pictav., apud Hist. normann. Script,, p. 211.) — Voyez, pour les promesses du sacre^ Roger de Hoveden, p,. 450, éd. Savile.

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