LIVRE IV
talent, chez les vainqueurs, à un excès que le roi lui- loes même serait incapable de contenir ^ Sous le poids d'une amère tristesse, où le repentir, à ce qu'il semble, se joignait au découragement, il fut pris d'une maladie lente qui par degrés mina ses forces. Un an après, lorsque les Saxons, ralliés de nouveau et soutenus par un secours danois , s'avancèrent pour attaquer la ville d'York , le chagrin d'Eldred et sa langueur redoublèrent; il pria Dieu, dit un ancien récit, de lui faire la grâce de ne pas voir la destruction de son église et la ruine de son pays, et mourut comme il l'avait demandé-.
La guerre durait encore aux extrémités de l'Angleterre, l'agitation était partout; on s'attendait à ce que les fugitifs d'York reviendraient, par terre ou par mer, tenter quelque nouvel effort. L'ennui de cette lutte sans terme visible commença dès lors à se faire sentir aux soldats et même aux chefs de l'armée d'invasion. Plusieurs, se croyant assez riches, résolurent de renoncer aux fatigues ; d'autres trouvèrent que les terres des Anglais ne valaient pas les peines et les dangers au prix desquels on les obtenait ; d'autres voulaient revoir leurs femmes qui les accablaient de messages et les conjuraient de revenir
1. Fiducia deinceps Anglis orevit contra Novmannos... Fides, sacra* mentum et salus obsiduœ vilia fuerunt iratis pro amissis patrum suorum prœdiis et occisis parentibus aut compatriotis. (Ordenc. Vital. Hist. ccclesiast., apiid Hist. normann. Script., p. 512.) — Normaiinico f^istu Angli opprimuntur, et priesidibus superbis, qui régis monitus spernebant, admodum injuriabantur. (Ibid., p. 507.)
2. Valde tristis efFectus, precibusqne ad Deum efFusis ne ecclesiœ suge destructionera nec patrite videret desolationem, incidit in intirmitatem, et... ut Domnium rogaverat, vitam finivit. (Thomas StubbSj Aclus pontifie, eborac, col. 1703, éd. Selden.)
1068 près d'elles et près de leurs enfants*. Le roi Guillaume fut vivement alarmé de ces dispositions; il offrit pour réchauffer le zèle plus qu'il n'avait encore donné, et promit, pour le temps où la conquête serait achevée, des terres, de l'argent, des honneurs en abondance*^. Il fit répandre l'accusation de lâcheté contre ceux qui demandaient leur retraite et abandonnaient leur seigneur en péril, au milieu des étrangers ^ Des railleries amères et indécentes furent dirigées contre les femmes normandes qui s'empressaient de rappeler auprès d'elles leurs maris et leurs protecteurs ^ Mais, malgré cela, Hugues de Grantmesnil, comte de la province de Hants, son beau-frère Onfroj du Tilleul, gardien du fort de Hastings, et un grand nombre d'autres partirent, laissant leurs terres et leurs honneurs, pour aller, com.me disaient de plus fidèles qu'eux à la cause du conquérant, se mettre sous le servage de femmes impudiques au mépris de leur devoir comme vassaux ^ Ce départ fit une grande impression sur l'esprit du roi. Prévoyant pour l'avenir de plus grandes difficultés qu'il n'en avait éprouvé jusque-là, il ren-
1. Crehris nunciis a viris suis flagitabant ut cito reverterentur. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV^ apud Script, rer. normann., p. 512.)
2. Terras cum reditibus et magnis potestatibus eis amicabiliter oflferebat, et majora dum totum regnum ab adversariis undique liberatum esset promittebat. (Ibid.)
3. Si discederent intidi proditores timidique desertoi-es palam censeri... Regem inter exteros laborantem. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 512.)
4. Quaidam Normannia) nnilieres sœva libidinis face urebantur... addentes quod nisi reditum maturarent, ipsas sibi alios conjuges procurarcnt. (Ibid.)