‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les Normands (volume 4)Chapitre 47 sur 269 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pour opposer une barrière à l'insurrection de l'ouest. Deux chefs, dont l'un était Brian, fils d'Eudes, comte ou duc de Bretagne, les attaquèrent à Timproviste et leur tuèrent plus de deux mille hommes, anglais ou irlandais*. Les fils du dernier roi saxon remontèrent sur leurs vaisseaux et mirent à la voile, ayant perdu toute espérance. Pour achever de détruire les révoltés de Dorset et de Sommerset , l'évêquè de Coutances, GeoiFroi, vint avec les garnisons de Londres, de Winchester et de Salisburj. Il parcourut ces deux provinces, à la poursuite des hommes armés ou suspects d'avoir pris les armes; tout ce qui résista fut mis à mort, et les prisonniers, sinon tous, du moins en partie, furent mutilés pour servir d'exemple ^.

Cette déroute et la retraite des auxiliaires venus d'Irlande n'abattirent point entièrement l'effervescence des populations de l'ouest. Le mouvement commencé au sud s'était prolongé sur toute la frontière du territoire gallois ; les habitants de la contrée voisine de Chester, contrée encore libre de toute invasion, descendirent jusqu'à Shrewsbury, et, se joignant aux bandes armées d'Edrik, qu'on surnommait le Sauvage, ils refoulèrent les Normands vers l'est ^

1. ... Et ibi incaute se permiserunt. (Florent. Wigorn. Chron., p. 635. ) — Protinus illis Briennus Eudonis comitis Britanni^ minoris filius, et Guillelmus Gualdi cum armis obvii faerunt. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., apud Hist. normann. Script., p. 513.)

2. Quosdam peremerunt, partim captos mutilaverunt, reliquos fugaverunt. (Orderic. Vital. Hist. eodesiast., lib. IV, apud Script, ver. normann., p. 514.)

3. Gualli et Cestrenses prœsidium régis apud Scrobesburiam obsederunt, quibus incolœ civitatis, cum Edrico Guilda (Wild)... aliisque ferocibus Anglis, auxilio fiierunt. (Ibid.)

Les deux chefs, Brian et Guillaume, qui avaient battu les fils de Harold et réduit les hommes de Devon et de Cornouaille, s'avancèrent alors du côté du sud, et le roi lui-même, parti de Lincoln , vint du côté de l'orient, avec l'élite de ses gens d'armes. Il rencontra près de Stafford, au pied des montagnes, le plus grand corps d'armée des insurgés, et le détruisit dans un seul combat ^ Les autres capitaines normands marchèrent sur Shrewsbury; et cette ville ainsi que les campagnes qui l'avoisinent retombèrent sous la loi de l'étranger; les habitants rendirent leurs armes; quelques braves seulement, qui voulurent les garder, se retirèrent sur les dunes de la mer ou sur la cime des montagnes. Ils continuèrent de guerroyer, péniblement et sans avantages, contre les petits corps isolés, dressant, à l'entrée des bois et dans les vallées étroites, des embûches pour le soldat égaré ou le coureur aventureux, ou le messager qui portait l'ordre des chefs ; mais les grandes routes, les cités, les bourgs, s'ouvrirent aux bataillons ennemis. La terreur remplaça l'espoir dans le cœur des vaincus : ils s'évitèrent au lieu de s'unir, et tout le pays du sud-ouest rentra encore une fois dans le silence.

Au nord, la cité d'York était toujours l'extrême limite de la conquête ; les soldats normands qui occupaient cette ville ne cherchaient point à s'avancer au delà, et même leurs excursions sur la contrée au sud d'York n'étaient point sans danger pour eux.

1. Rex intci-im apud Estafort quamplurimios factiosarum partiuni facili proventii delevit. (Orderic. VitaL Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Si'.ript. rer. normanu., p. 514.)

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