LIVRE V
patriotes ^ Ces réfugiés sont appelés brigands par 1070 les historiens amis de la conquête ^, et ces historiens les traitent, dans leurs récits, comme des hommes librement et méchamment armés contre un ordre de société légitime, a II se commettait chaque jour, « disent-ils, une foule de vols et d'homicides, cau- « ses par la scélératesse naturelle aux indigènes et « par les immenses richesses de ce royaume ^ ; » mais les indigènes croyaient avoir le droit de reprendre ces richesses qu'on leur avait otées ; et s'ils devenaient brigands, ce n'était, selon eux, que pour rentrer dans leurs propres biens. L'ordre contre lequel ils s'insurgeaient, la loi qu'ils violaient, n'avaient à leurs yeux aucune sanction : aussi le mot anglais Outlcm "* (mis hors la loi, bandit ou brigand) perdit dès lors, dans la bouche du peuple subjugué, son ancien sens défavorable. Au contraire, les vieux récits, les légendes et les romances populaires des Anglais, ont répandu une sorte de teinte poétique sur le personnage du banni, sur la vie errante et libre qu'il mène sous les feuilles des bois ^ Dans ces romances,
1. ... Pro auiissis patnim suorum pvie.liis et occisis parentibus et compatriotis. (Orderic. Vital. Hist. cccîesiast., lib. IV, apud Script, rer. nonnann., p. 512.)