LIVRE V
valets; « ils tentèrent tout et souffrirent tout, dit ic72 « l'histoire contemporaine * ; puis, voyant que leurs « efforts étaient superflus et que la malice du tyran « et des siens ne faisait que s'accroître, ils prirent « avec eux les vases sacrés, leurs lits et leurs livres, « et, laissant leur habitation en la main de Dieu toutce puissant, secouant la poussière de leurs pieds con- « tre les fils du feu éternel, ils retournèrent à « Croyland*. »
Ives Taille-Bois, joyeux de leur retraite, fit partir promptement un message pour Angers, sa ville natale, demandant qu'on lui envoyât des moines, auxquels il offrait, disait-il, une maison honnête et suffisante pour un prieur et cinq religieux, toute bâtie, toute meublée, bien pourvue de terres et de fermages 3. Les moines français passèrent le détroit et s'emparèrent de la succursale de Croyland. L'abbé du lieu, qui, par hasard, était encore un Anglais, eut la hardiesse d'adresser quelques plaintes au conseil du roi contre le chef angevin ; mais Ives Taille-Bois fut absous et félicité même de tout ce qu'il avait commis en vexations, en pillages et en meurtres*. « Ces « étrangers se soutenaient mutuellement, dit l'ancien « narrateur ; ils formaient une ligue étroite , serrés
1. Post innumera suis ministris donaria , post peracta omiiia.. {Hist. Inrjidf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. I , p. 71, éd. Gale.)
2. Relieta cella in manu Domini, excutientes pvilverem pedu::: suorum in tilios ignis œtenii. (Ibid.)
3. ... Paratam et sedificatam, etiam terris et tenementis satis ditatam. (Ibid., p. 72.)
4. Praedas et pressuras, cœdes et cjeteras injurias univcrsas Ivouis Talbois... justificant et acceptant. (Ibid.)
I0T2 « les uns contre les autres, comme sur le corps du « dragon l'écaillé est jointe à l'écaillé '. »
Il y avait dans ce temps, en Flandre, un Saxon nommé Hereward, anciennement établi dans ce pays, et à qui des émigrés anglais, fuyant leur patrie après y avoir tout perdu, annoncèrent que son père était mort, que son héritage paternel était la propriété d'un Normand, et que sa vieille mère avait subi et subissait encore une foule d'afflictions et d'insultes^. A cette nouvelle, Hereward se mit en route pour l'Angleterre, et arriva, sans être soupçonné, au lieu habité autrefois par sa famille ; il se iit reconnaître de ceux de ses parents et de ses amis qui avaient survécu à l'invasion, les détermina à se réunir en troupe armée, et, à leur tête, attaqua le Normand qui avait insulté sa mère et occupait son héritage ^ Hereward l'en chassa et prit sa place ; mais contraint, pour sa propre sûreté, de ne point s'en tenir à ce seul exploit, il continua la guerre de partisan aux environs de sa demeure, et soutint, contre les gouverneurs des forteresses et des villes voisines, de nombreux combats, où il se signala par sa bravoure, son adresse et sa force extraordinaires *. Le bruit de ses actions d'éclat se
1. ... Velut in corpore Behemoth squama squamœ conjuncta fuisset. {Hist. Ingulf. Croyland., apud Rer. anglic. Script., t. 1, p. 72, éd. Gale.)
2. Paterna.m liœreditatem... munere regio, cuidam Normanno donari, matremque viduam multis injuriis et maxiinis molestiis affligi... (Ibid., p. 70.)
3. CoUectaque cognatorum non contemnenda manu... de sua hsereditate procul fugat et éliminât. (Ibid.)
4. Ingentla prœlia et mille pericula, tara contra regem Angliœ, quam comités et baron es, contra prœfectos et prœsides... (Ibid.,