LIVRE V
d'avoir, disaient-ils, des gages de la fidélité du couvent '. Le couvent ne fut pas fidèle, et reçut les étrangers sans résistance.
Turauld s'y installa comme abbé, et prit soixantedeux hydes de terre sur les domaines de l'église pour le salaire ou le fief de ses soldats -. L'Angevin Ives Taille-Bois, vicomte de Spalding, proposa bientôt à l'abbé, son voisin, une expédition de guerre contre Hereward et le camp des Saxons. Turauld parut accepter la proposition avec joie; mais comme sa bravoure était moins grande contre les gens armés que contre les moines, il laissa le vicomte angevin s'avancer seul à la découverte, au milieu des forêts de saules qui servaient de retranchements aux Saxons, et demeura fort en arrière avec quelques Normands de haut parage^ Pendant qu'Ives entrait d'un côté dans le bois, Hereward en sortit par l'autre, assaillit à lïmproviste l'abbé et ses Normands, les fit tous prisonniers, et les retint dans ses marais jusqu'à ce qu'ils eussent payé une rançon de trente mille marcs d'argent *.
Cependant la flotte danoise, qui, après avoir passé dans le golfe de l'Humber l'hiver de 1069, repartit
1. ... For thés mynstress liolsdcipe. [Chron. saxon., éd. Gibson, p. 177.)
2. Turoldus abbas... terras bene congregatas maie distraxit, et dédit eas parentibus et militibus suis. (Ex lib. Hugonis inonachi petriburgensis ; Ltlandi Collectanea, t. I, p. 14.) — On appelait liyde ou hide, en Angleterre, ce qu'en France on appelait charmée. Voyez Ducange, Glossar., au mot hida.
3. Sed venerabilis abbas, ac majores proceres angustias sylvaruro ingredi tormidantes... (Pétri Blesensis Ingulli continuât., apud Ber, anglic. Script., t. I. p. 125, éd. Gale.J