LIVRE V m
trahit à son tour *. Les Danois, stationnés sur leurs vaisseaux, près d'Elj, reçurent l'ordre de faire retraite : ils ne se contentèrent pas de s'éloigner simplement, mais ils enlevèrent et emportèrent avec eux une partie du trésor des insurgés, et, entre autres choses, les croix, les vases sacrés et les autres ornements de l'abbaje de Peterborough. Alors, de même qu'en l'année 1069, le roi normand rassembla toutes ses forces contre les Saxons délaissés. Le camp du Refuge fut investi par terre et par eau, et les assaillants construisirent de toutes parts des digues et des ponts sur les marais. Hereward et les autres chefs, parmi lesquels on distinguait Siward Beorn, compagnon de la fuite du roi Edgar, résistèrent quelque temps avec bravoure. Guillaume commença, du côté de l'occident, à travers les eaux couvertes de saules et de joncs, une chaussée qui devait être longue de trois mille pas'*; mais ses travailleurs étaient continuellement inquiétés et troublés dans leur ouvrage.
Hereward "faisait des attaques si brusques, il employait des stratagèmes si imprévus, que les Normands, frappés d'une crainte superstitieuse, attribuèrent ses succès à l'assistance du démon. Croyant le combattre avec ses propres armes, ils eurent recours à la magie; Ives Taille-Bois, désigné par le
1. Tiinc duo reges, Willhehnus et Swanus, in gratiam rediero. {Chron. saxon., éd. Gibson, p. 177.)
2. Ubi adductis instrumentis et structuris lignorum et lapidum et ex omni génère struis, aggregationera in palude, viam licet nimis sibi perinutilem et angustam, straverunt. (De Gestis Herwardi Saxonis ; Chron, anglo-no >m,, t. II, p. 57.)
i62 CONQUÊTE DE L'ANGLETERRE
1072 roi pour surveiller les travaux, fit venir une sorcière qui devait, selon lui, déconcerter par ses enchantements toutes les ruses de guerre des Saxons'. La magicienne fut placée sur une tour de bois à la tête des ouvrages commencés; mais au moment où les soldats et les pionniers s'avançaient avec confiance, Hereward déboucha par le côté, et, mettant le feu à la forêt d'osiers dont le marécage était couvert, il fit périr dans les flammes la sorcière et la plus grande partie des hommes d'armes et des travailleurs normands ^.
Ce succès des insurgés ne fut pas le seul : malgré la supériorité de l'ennemi, ils l'arrêtèrent à force d'adresse et d'activité. Durant plusieurs mois, la contrée d'Ely tout entière resta bloquée comme une ville de guerre, ne recevant aucune provision du dehors. Il y avait dans l'île un couvent de moines qui, ne pouvant supporter la famine et les misères du siège, envoyèrent au camp du roi, et offrirent de lui livrer un passage, s'il promettait de les laisser en possession de leurs biens. L'offre des moines fut acceptée, et deux seigneurs normands, Gilbert de Clare et Guillaume de Garenne , engagèrent
1. Quamclam sacrilegam exercitui prœponere, et ejus cavminibus etfunestis incantatioiiibus adversarios non posse resistere. (Pétri Blesensis Iiigulrî continuât., apiul Rer. anglic. Script , t. I, p. 124 et 125, éd. Gale.)
2. Occurrebat a latere sagacissiraus bavo Herewardus, de Brunna arundinetum pi'oximum inflammans, et tam magam qiiam milites omnes foco et flamma extinguens. (Ibid.^ p. 125.) — Et stridor flammarum crepitantibus virgis virgultorum cum arboribus salicum terribiliter insonuit. {De Gestis Herwardi Saxçnis; Chron.anglo-norm.ft. II, p. 76.)