‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 118 sur 268 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

camp du Refuge, se réunirent sous la bannière nor- 1071 mande, sans cesser de haïr les Normands. Ils étaient jojeux d'aller combattre contre des hommes qui, bien que ennemis du roi Guillaume, leur semblaient être de la même race que lui par la conformité du langage. Sans s'inquiéter si c'était de gré ou de force que les Manceaux avaient, sept ans auparavant, pris part à la conquête, ils marchèrent contre eux, à la suite du conquérant, comme à un acte de vengeance nationale. Dès leur entrée dans le pays, ils se livrèrent avec une sorte de frénésie à tous les genres de dévastation et de rapine, arrachant les vignes, coupant les arbres, brûlant les villages; en un mot, faisant au Maine tout le mal qu'ils auraient voulu faire à la Normandie *.

La terreur causée par leurs excès contribua, plus iotj que la bravoure des chevaliers normands et la présence même du roi Guillaume, à la soumission du pays. Les places fortes et les châteaux se rendirent, pour la plupart, avant le premier assaut, et les principaux bourgeois du Mans apportèrent les clefs de leur ville au roi dans son camp sur les bords de la Sarthe. Ils lui prêtèrent serment comme à leur seigneur légitime, et Guillaume, en retour, leur promit la conservation de leurs anciennes franchises, mais sans maintenir, à ce qu'il paraît, l'établissement de la commune. Ensuite l'armée repassa en Angleterre, où les soldats saxons abordèrent chargés de

1. Urbes, vicos et vineas cum frugibus depopulantcs omnem proviiiciam debiliorem simul et pauperiorem mnlto post tempore reliquerunt. (Matth. Paris., 1. 1, p. 8.}

1073 butin; mais ces richesses mal acquises devinrent fatales à plusieurs d'entre eux, parce qu'elles excitaient l'envie et la cupidité des Normands '.

Pendant que ces choses se passaient, le roi Edgar alla, d'Ecosse en Flandre, négocier auprès du comte de ce pays, rival politique, quoique parent de Guillaume, quelques secours pour la cause saxonne, plus que jamais désespérée. Ayant peu réussi, malgré ses efforts, il repassa en Ecosse, où il fut surpris de recevoir un message amical de la part du roi de France, Philippe, premier du nom*. Philippe, alarmé des succès du roi normand dans le Maine, avait résolu, en aidant les Saxons, de lui susciter des obstacles qui le rendissent moins actif de l'autre côté de la mer ; il invitait Edgar à venir près de lui, pour assister à son conseil; il lui promettait une forteresse sur les bords du détroit, à portée de l'Angleterre, pour y descendre, et de la Normandie, pour y faire du ravage ^. Edgar accepta cette proposition, et disposa tout pour son voyage en France. Le roi Malcolm, son beau -frère, devenu homme lige et vassal de Guillaume, ne pouvait, sans fausser sa foi, fournir au Saxon des soldats pour cette entreprise ; il se contenta de lui donner des secours secrets en argent, et distribua, selon l'usage du

1. Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV^ apud Script, rer. normann., p. 533. — Gest. p'^ntific. cenomann., apud Script, rer. gallic. et francic, t. XII, p. 539-541.

2. Misit rex de Fraiicia {o{ France rice) litteras ad eum. {Chron. saxon., Fragm. sub auno mlxxv, apud Gloss., éd. Lve, t. II, ad firiem.)

3. ... Volait dare ei oastellum apud Mustrelain [Montreuil], ut ille posset inile uotidie ejus inimicis incommoda inferre. (Ibid.)

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