LIVRE IV
toute espèce, publiques ou particulières •. Ils les enregistraient avec soin et en grand détail, car la nation normande se montrait déjà, comme on Ta vu depuis, extrêmement prodigue d'écritures, d'actes et de procès-verbaux.
On s'enquérait des noms de tous les Anglais morts en combattant, ou qui avaient survécu à la défaite, ou que des retards involontaires avaient empêchés de se rendre sous les drapeaux. Tous les biens de ces trois classes d'hommes, terres, revenus, meubles, étaient saisis ^ : les enfants des premiers étaient déclarés déshérités à tout jamais; les autres étaient pareillement dépossédés sans retour ; et eux-mêmes, dit le vieux narrateur, sentaient qu'en leur laissant la vie, l'ennemi faisait beaucoup pour eux ^ Quant aux hommes qui n'avaient point pris les armes, ils furent aussi dépouillés de tout, comme ayant eu l'intention de les prendre : mais, par grâce, on leur laissa l'espoir qu'après des années d'obéissance et de dévouement à la puissance étrangère, non pas eux, mais leurs fils obtiendraient des maîtres du pays une portion plus ou moins grande de l'héritage paternel ^. Telle fut la loi de la conquête, selon le témoignage
1 . Cum rex ipse regisque proceres loca nova perlustrarent, facta est inquisitio diligens. (Dialogus de saccario, in notis ad Matth. Paris., ad initium.)
2. ...Spes omnis terrarum et fundorum atqueredituum... prœdiisa est. (Ibid.)
3. ...Magnum namque reputabant frui vitœ bénéficie sub inimicis. (Ibid.)
4. Cum. traotu temporis, devotis obsequiis, gratiam dominorum possedissent^ sine spe su:;cessionis, tilii tantum pro voluntate... dominorum possidere cœperuat. {Dialogus de saccario, in notis ad Mattk. Paris., ad initium.
10S6 non suspect d'un homme presque contemporain et issu de la race des conquérants *.
L'immense produit de cette spoliation universelle fut la solde des aventuriers de tout pays qui s'étaient enrôlés sous la bannière du duc de Normandie. Leur chef, le nouveau roi des Anglais, retint, pour sa part en choses mobilières, le trésor des anciens rois, l'orfèvrerie des églises et ce qu'on trouva de pluî précieux dans les maisons des nobles et les magasins des marchands -. Guillaume envoya au pape Alexandre II, avec une portion de ces richesses, l'étendard de Harold richement brodé, comme retour d'un pareil don et comme trophée d'une victoire qu'à Rome on souhaitait vivement^. Toutes les églises d'outremer où l'on avait prié et fait des vœux pour le succès de l'invasion reçurent, en récompense , des vases d'or, des croix du même métal, ornées de pierreries, des ornements d'une grande valeur et des sommes d'argent considérables *. La Normandie, ses
1. Ricardus Nigellus, Richard Lenoir, ou Noirot, évêque d'Ely au douzième siècle.
2. Large erogavit quod Heraldi régis œrarium avare inclusit... Maximi numéro, génère, artificio, thesauri compositi fuei'ant, aut custodiendi ad vanum gaudiam avaritiœ, aut luxu anglico turpiter consumendi, quorum partem ad ministros confecti belli magnifiée erogavit. (Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 206.)
3. Romanœ Ecclesise sancti Pétri pecuniam in auro atque argenté ampliorera quam dictu credibile sit, et ornamenta quœ Bizantium perchara haberet, in manum Alexandri papœ transmisit, memorabile qùoque vexillum Heraldi, hominis armati imaginem intextam Labens ex auro purissimo, quo spolio pro munere ejusdem apostolici benignitate sibi misso par redderet, simul tt triumpbum de tyranno Romœ ulteriusque optatum pulchre indicaret. (Ibid.)
4. Mille ecclesiis Francise, Aquitaniœ, Burgundiœ, necnon Arvemiae aliaruraque regionum... Aliae cruces aureas admodum grandes insi-