LIVRE VI
gens ayant flefs sur ses terres, de Saxons, de bétail, loso de charrues * . me
Ce travail, dans lequel des historiens modernes ont cru voir la marque du génie administratif, fut le simple résultat de la position spéciale du roi normand comme chef d'une armée conquérante, et de la nécessité d'établir un ordre quelconque dans le chaos de la conquête. Cela est si vrai, que, dans d'autres conquêtes dont les détails nous ont été transmis, par exemple dans celle de la Grèce par les croisés latins, au treizième siècle, on trouve la même espèce d'enquête faite sur un plan tout semblable par les chefs de l'invasion ^.
En vertu des ordres du roi Guillaume, Henri de Ferrières, Gaultier Giffard, Adam, frère d'Eudes le sénéchal, et Rémi, évêque de Lincoln, ainsi que d'autres personnages pris parmi les gens de justice et les gardiens du trésor royal, se mirent à voya^ ger par tous les comtés de l'Angleterre, établissant dans chaque lieu un peu considérable leur conseil d'enquête ^ Ils faisaient comparaître devant eux le vicomte normand de chaque province ou de chaque shire saxonne, personnage auquel les Saxons conservaient dans leur langue l'ancien titre de shire-reve, ou
1. Quot jugata et virgatœterrœ, quidqne uni militi sufficere posset Fecitqiie inquirere de urbibus et villis et viculis ad quid in solidiim ascenderent ; inquisivit etiam quot animalia possent sufficere ad uuius liidœ culturam... et quot milites essentin unoquoque comitatu. (Florent. Wigorn. Chron., p. 229.) — Thomœ Êudborne Hist. major ]ViTtl07i.; Anglia sacra, t. I, p. 257.
2. Poëme sur la conquête de la Morée, ms. de la Bibliothèque royale, traduit et publié par M. Buchon.
3. Mittebat... suos liomiues. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 186.>
,080 sheriff. Ils convoquaient ou faisaient convoquer par 10Ï6 le vicomte tous les barons normands de la province, qui venaient indiquer les bornes précises de leurs possessions et de leurs juridictions territoriales; puis quelques-uns des hommes de l'enquête, ou des commissaires délégués par eux, se transportaient sur, chaque grand domaine et dans chaque district ou centwne , comme s'exprimaient les Saxons. Là ils faisaient déclarer, sous serment, par les hommes d'armes français de chaque seigneur, et par les habitants anglais de la centurie, combien il y avait, sur le domaine, de possesseurs libres et de fermiers * ; quelle portion chacun occupait en propriété pleine ou précaire , les noms des détenteurs actuels, les noms de ceux qui avaient possédé avant la conquête, et les diverses mutations de propriété survenues depuis : de façon, disent les récits du temps, qu'on exigeait trois déclarations sur chaque terre : ce qu'elle avait été au temps du roi Edward, ce qu'elle avait été quand le roi Guillaume l'avait donnée, et ce qu'elle était au moment présent ^ Audessous de chaque recensement particulier on inscrivait cette formule : « Voilà ce qu'ont juré tous les « Français et tous les Anglais du canton ^ »
Dans chaque bourgade on s'enquérait de ce que les habitants avaient payé d'impôt aux anciens rois,
1. Per sacramentum vice-eomitis scirœ et omnium baronum et eorum Francigenarum et totius centuriatus. (Ex anonym. mss., apud Selden, prœfat. ad Eadmeri Uist. nov., p. xv.)
2. Hoc totum tripliciter, scilicet tempore régis Edwardi, et quando rex Willielmus dédit, et quomodo sit modo... (Ibid.)
3. Omnes Franci et Aiigli de hundrcdo juravcruut. (IbiJ.; p. xvi.)