‹ Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands (volume 5)Chapitre 35 sur 268 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

gnes de l'ouest, jusque-là séparés comme nations et 750 régis par des chefs indépendants l'un de l'autre. 842 Leur rapprochement ne se fit pas sans quelque violence ; car ces deux peuples, quoique vraisemblablement de même origine, quoique parlant un langage peu différent S et naturellement portés à se confédérer contre un adversaire commun, étaient rivaux en temps de paix.

Les Scots, chasseurs des montagnes, menant une vie plus rude et plus active que leurs voisins de la plaine, se croyaient plus nobles qu'eux, et les appelaient, par dérision, mangeurs de pain"^. Malgré ce mépris apparent pour le blé, les chefs des Scots avaient l'ambition d'étendre sur les plaines, où croissaient des moissons , le pouvoir qu'ils exerçaient sur le pays des rochers et des lacs. Ils poursuivirent longtemps ce projet par la force et par l'intrigue; mais la nation des Pietés leur résista jusqu'à l'époque où elle fut affaiblie par les incursions et les victoires des Danoi.#. Kenneth, fils d'Alpin, roi de l'Albanie occidentale, saisissant l'occasion, descendit alors sur les terres des Pietés pour en faire la conquête. Les mangeurs de pain furent vaincus, et la plus ^^ grande partie d'entre eux se soumit à l'autorité de Kenneth ; les autres tentèrent, en se retirant au nord, de conserver un roi de leur nation et de leur

1. L'historien Bède, au huitième siècle, distingue l'idiome des Pietés do celui des Scots. Voyez Venerabilis Bedœ Hist. genlis Anglor. ecclesiasl, lib. I, cap. i.

2. Fir na Cruiuneachd. Voyez Jamicson's Popular sonys, t. II , notes.

3. .Johann, de ffordun, Scoti-chronicon , lib. IV, p. 280. éd. Hearne.

choix*; mais ils n'y réussirent point, et Kenneth, roi des Scots ou Écossais, devint chef de l'Albanie entière, qui depuis lors fut appelée Ecosse.

La nation des Pietés perdit son nom en s'incorporant avec les Scots ; mais il ne paraît pas que cette fusion ait eu lieu à des conditions inégales, comme il serait sans doute arrivé si les vainqueurs et les vaincus eussent été de race différente. Les vaincus n'eurent à subir aucun esclavage, aucune dégradation politique ; et la servitude de la glèbe, fruit ordinaire des conquêtes étrangères dans le moyen âge, ne s'établit point en Ecosse. Bientôt il n'y eut plus au nord du Forth qu'un seul peuple, et ce fut de bonne heure une tentative infructueuse que de rechercher les traces de l'idiome qu'avaient parlé les Pietés au temps de leur indépendance. Les rois des vainqueurs, désertant leur pays natal, vinrent habiter parmi les vaincus à Dumferline et à Scone. Ils transportèrent avec eux la pierre consacrée sur laquelle, d'après l'usage antique, ils devaient se placer le jour de leur couronnement, pour prêter serment au peuple, et à laquelle une ancienne superstition nationale attachait le destin de la race des Scots.

Au temps de l'invasion des Normands en Angleterre, il ne restait plus la moindre trace de l'ancienne séparation des Galls de l'île de Bretagne en deux populations distinctes ; la seule division nationale qui se remarquât dans le royaume d'Ecosse était celle des hommes parlant la langue gallique,

1. ... Sub spu resisteudi, noviim ab tsis regem creatuni sequebaiitui. (Johann, de Fordun. '< 'tt-chronicon, lih. IV. p. 293, éd. Hearae.)

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