LIVRE IV
Hugues, fils de Baudry, vicomte de la ville, n'osait io69 descendre jusqu'à Selby et passer la rivière d'Ouse sans se faire suivre d'une force imposante. Les soldats normands n'étaient plus en sûreté dès qu'ils s'éloignaient des rangs et quittaient leurs armes; car des bandes d'insurgés , aussitôt ralliées que dissoutes, harcelaient continuellement les corps de troupes en marche, et même la garnison d'York *. Guillaume Malet, collègue du fils de Baudrj dans le commandement de cette garnison, alla jusqu'à déclarer, dans ses dépêches, que sans de prompts secours il ne répondait plus de son poste-. Cette nouvelle, portée au quartier du roi Guillaume, y causa une grande alarme. Le roi lui-même partit en hâte, et arriva devant la ville d'York, au moment où les citoyens, ligués avec les gens du plat pays, assiégeaient la forteresse normande. Il les attaqua vivement avec des forces supérieures, en tua un grand nombre et fit beaucoup de prisonniers, n'épargnant personn^e , disent les chroniques, mettant la ville au pillage et laissant profaner l'église métropolitaine ^
1. Comitabatur eum non modica militije multitudo... fecit hoc in illis finibus, Anglorum indomita ferocitas et invicta constantia, qui semper ad vindictam suam in Gallos insurgentes... {Hist. monast. selebieMsis, apiid Labbe, Nova Biblioth. ms., t. I, p. 602.)
2. "Willelmus coguomento Maletus, prœses castrensis, régi denunciavit se defecturum, nisi maturum fessis conférât auxilium. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. IV, apud Script, rer. normann., p. 512.)
3. Rex ocius advenit, in obsidentes ruit, nec uUi pepercit. Multi capti, pleriqiie interfecti, cseteri sunt fugati. (Ibid.) — Et urbem diripuit, et S. Pétri monasterium profanavit, et omnia cœtera etiam spoliavit, et oppressit. (Chron. saxon., Fragm. sub anno mlxviii, apud Ghss., éd. Lye, t. II, ad fiuem.)
,069 Durant huit jours passés à York, il y jeta les fondements d'un second château fort, dont il confia les travaux et la garde à son confident le plus intime, Guillaume, fils d'Osbern, son sénéchal et son marechai pour la Normandie et l'Angleterre *.
Après son départ, les Anglais se rallièrent encore, et firent à la fois le siège des deux châteaux ; mais ils furent repoussés avec perte, et les Normands achevèrent en paix leurs nouveaux ouvrages de défense ^. Assuré de la possession d'York, le conquérant reprit l'offensive, et tenta de reculer jusqu'à Durham les limites du pays subjugué; ce fut un certain Robert, surnommé Comine ou de Comines, qu'il chargea de cette expédition hasardeuse. Robert partit avec le titre anticipé de comte du Northumberland^ Son armée était peu considérable ; mais sa confiance en lui-même était grande, et s'accrut au delà de toute mesure quand il se vit presque au terme de sa route sans avoir trouvé de résistance. Déjà il apercevait les murailles de Durham, lorsque Eghelwin, l'évêque saxon de la ville, vint à sa rencontre et l'avertit d'être sur ses gardes, parce que les gens du pays avaient résolu de mourir tous plutôt que de se soumettre au pouvoir d'un étranger : « Que m'im-
1. ... Alterum praesidium condidit, et Guillelmum comitem, Osbemi filium, ad custodiendura reliqnit. (Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., apud Hist. normann. Script., p. 512.)
2. Rursus Angli post régis discessuni contra utrumque praesidium congregati sunt. (Ibid., p. 514.)
3. Donavit Rodberto comiti comitatum in Northymbrorum terra. (Chron. saxon., éd. Gibson, p. 174.) — Guillelmus rex duuelmensem comitatum Eodberto de Cuminis tradidit. (Orderic. Vital. Eist, ecclesiast., apud Hist. normann. Script., p. 612.)