LIVRE II
terres basses et fangeuses. Comme ils manquaient de 1036 beaucoup de choses nécessaires à la vie, et que tout le long du jour ils étaient oisifs, ils assaillirent de sollicitations, ou de visites de simple curiosité, les religieux de Crovland, de Peterborough et des autres abbayes voisines. Ils allaient et venaient sans cesse pour demander des secours, des conseils ou des prières É ; ils s'attachaient aux pas des moines ou des serviteurs du couvent pour les apitoyer sur leur sort2. Afin d'accorder l'observance de leur règle avec le devoir de l'hospitalité, les moines se tenaient renfermés dans leurs cellules, et désertaient le cloître et l'église parce que la foule s'y rassemblait 3. Un ermite, qui vivait entièrement seul dans les marais de Pegheland 4, fut si effrayé de se retrouver tout à coup au milieu des hommes et du bruit, qu'il abandonna sa cabane et qu'il s'enfuit pour chercher ailleurs quelque lieu désert.
La guerre, si désirée d'un côté de la Tamise, et si redoutée de l'autre, n'eut pas lieu, parce que, l'absence de Hardeknut se prolongeant, ses partisans danois fléchirent 5, et que les Anglais du sud, restés seuls, ne voulurent pas lever leur drapeau national pour la cause d'un prétendant danois. Celle que les passions de reine et de mère levaient pousser à
1. ...Tota die in claustrum irrnentes. (Hist. Ingulf. Croyland., apucl /ter. cmglic. Script., t. I, p. 61, éd. Gale.)
2. ... De suisindigentiis... cura blanditiis allicere. (Ibid.)