‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 198 sur 233 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

une grande rumeur parmi les troupes, fatiguées ioe6 d'un long campement.

Dans l'oisiveté de leurs journées, les soldats passaient des heures à converser sous la tente, à se communiquer leurs réflexions sur les périls du voyage et les difficultés de l'entreprise1. Il n'y avait point encore eu de combat, disait-on, et déjà beaucoup d'hommes étaient morts ; l'on calculait et l'on exagérait le nombre des cadavres que la mer avait rejetés sur le sable. Ces bruits abattaient l'ardeur des aventuriers d'abord si pleins de zèle ; quelques-uns même rompirent leur engagement et se retirèrent s. Pour arrêter cette disposition funeste à ses projets, le duc Guillaume faisait enterrer secrètement les morts, et augmentait les rations de vivres et de liqueurs fortes 3. Mais le défaut d'activité ramenait toujours les mêmes pensées de tristesse et de découragement. « Bien fou, disaient les soldats en murmu- « rant, bien fou est l'homme qui prétend s'emparer « de la terre d'autrui ; Dieu s'offense de pareils « desseins , et il le montre en nous refusant le bon « vent 4. »

Guillaume, en dépit de sa force d'âme et de sa

1. Vulgus militum, ut fieri solet, per tabernacula mussitabat. (Willelm. Malmesb., de Gest. reg. angl.t lib. III, apud Rer. angîic. Script. , p. 100, éd. Savile.)

2. Pavida faga multorum qui fidem spoponderant. (Guill. Pictav., apud Script, rer. normann., p. 198.)

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