‹ Histoire de la conquete de l'Angleterre par les NormandsChapitre 72 sur 233 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

hisseur étranger traversa les plaines de la Cambrie, 780 après les victoires les plus complètes, il entendait les 9J0 vaincus lui dire : « Tu as beau faire, ni ta puissance, « ni aucune autre, si ce n'est celle de Dieu, ne dé- « truira notre nom ni notre langue *. » En effet, ce nom et cette langue subsistent sur le sol où une première conquête les a resserrés , et la prédiction qui s'est accomplie, grâce au courage des hommes et à la nature du pays couvert de rocs, de lacs et de grèves, reste comme un étrange et poétique monument d'énergie et de patriotisme.

Les Bretons vivaient de poésie : l'expression n'est pas trop forte; car, dans leurs maximes traditionnelles conservées jusqu'à nos jours, ils font de l'existence privilégiée du poëte-musicien Tune des conditions nécessaires, ou, comme ils disent, l'un des piliers de l'ordre social2. Leurs poètes n'avaient guère qu'un thème, c'était la destinée du pays, ses malheurs et ses espérances. La nation, poëte à son tour, enchérissait sur leurs paroles, en prêtant un sens imaginaire aux expressions les plus simples : les souhaits des bardes passaient pour des promesses ; leur attente était prophétie ; leur silence même affirmait. S'ils ne chantaient pas la mort d'Arthur, c'était preuve qu'Arthur vivait encore ; et quand le joueur de harpe, sans intention précise, faisait entendre un air mélancolique, l'auditoire attachait spontanément à cette mélodie vague le nom d'un des lieux devenus funestes

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