LIVRE II. — CHAPITRE III
jamais aux noms de Sergius et de Jean X, les noms flétris de Marosie et de Théodora (1).
Il est triste d'avoir à marquer de cet impur stigmate le front d'un des pontifes les plus remarquables qui aient ceint la couronne de saint Pierre. Il ne suffit pas de se montrer habile et grand une fois au pouvoir, il faut , pour que la gloire soit pure , que la source de la puissance Fait été , et qu'aucun des échelons foulés pour atteindre le faîte , n'ait gardé ou laissé l'empreinte d'une souillure.
Jetons un coup d'œil sur l'état où se trouvait l'Italie avant la consécration de Jean X.
La Lombardie , oubliée par la France [ par la Germanie, par Constantinople , vivait, depuis quelque temps, paisible et prospère sous la sage administration de Bérenger. La politique de ce prince avait purgé l'Italie de la présence des Hongrois ; mais sa trop grande prévoyance
(1) Plusieurs auteurs disent que Théodora était la sœur cadette de Marosie. D'après Liuthprand et Muratori , Marosie était fille de Théodora. *
* Liuthp., Hist., lib. il, eh. xm. —Murât., Ann. (Vital., T. \, p. 248, anno 91û.
Ces derniers historiens reconnaissent Marosie comme fille d'Adalbert de Toscane.
Or, nous voyons Théodora pousser par ses intrigues Jean X au trône pontifical, du vivant de Berthe, femme d'Adalbert.
Celte Théodora peut avoir été la sœur de Marosie , mais certes elle ne fut point sa mère, à moins toutefois, qu'épouse du premier lit d'Adalbert, elle n'ait divorcé avec ce prince qui, du vivant de «a première femme, aurait épousé la fille de Waldiade.
alimentait ces hordes dangereuses (1) le long de la frontière nordique de ses États, et les montrait, comme une menace toujours vivante, à ses grands vassaux et à son armée elle-même dont il suspectait la fidélité.
Tandis que les contrées septentrionales de la Péninsule , tremblantes au souvenir des dévastations exercées par les barbares du Nord, étaient ainsi tenues en respect par la vue de ces nuages amoncelés et toujours près d'éclater à son horizon, le centre de l'Italie et les approches de Rome étaient incessamment livrés à la fureur des Maures.
Les Hongrois et les Sarrasins , guerriers nomades , sans discipline , marchant sans ordre , dédaignant la gloire, évitant autant que possible les batailles en rase campagne , pénétrant au cœur des pays les plus abrités par la nature, n'y cherchaient que le pillage et se dérobaient par la rapidité de leurs chevaux à la poursuite de l'ennemi en cas d'insuccès : terribles dans leur triomphe , ils ne laissaient plus à ceux qui désespéraient de les combattre corps à corps et de les exterminer, d'autres ressources con-
(1) Vcrùm quia Berengarius fit miter suos milites kahcre fidèles non polcrat, amicos sibi Hungaros non médiocrité? e/fcceral. ( Lli'THP. , Hisl., lib. H, cap. II. )