LIVRE 111. — CHAPITRE
du sang; les trois fils de Louis-le-Débonnaire , aussi méchans rois que frères dénaturés , ne pouvant s'exterminer l'un l'autre, continuèrent la guerre entre eux , en se faisant anathématiser
» des juges et des lois. Le zèle des prêtres était entretenu par » des conciles fréquens; les jeunes gens relisaient sans cesse » les livres saints , et l'esprit des enfans se formait à l'étude » des lettres. L'amour d'un côté , de l'autre la crainte , main-
> tenaient partout le bon accord. Aussi la nation franque » brillait-elle aux yeux du monde entier.
» Les royaumes étrangers , les Grecs , les Barbares et le » sénat du Latium, lui adressaient des ambassades. La race » de Romulus , Rome elle-même , la mère des royaumes , » s'était soumise à cette nation ; c'était là que son chef, sou- » tenu de l'appui du Christ , avait reçu le diadème par le » don apostolique. Heureux s'il eût connu son bonheur, » l'empire qui avait Rome pour citadelle et le porte-clé du
> ciel pour fondateur.
» Déchue maintenant , cette grande puissance a perdu à
> la fois son éclat et le nom d'empire; le royaume, na- » guère si bien uni est divisé en trois lots; il n'y a plus » personne qu'on puisse regarder comme empereur ; au
> lieu de roi , on voit un roitelet , et au lieu de royaume ,
> un morceau de royaume. Le bien général est annulé, cha- » cun s'occupe de ses intérêts; on songe à tout: Dieu seul
> est oublié. Les pasteurs du Seigneur, habitués à se réunir, » ne peuvent plus tenir leurs synodes au milieu d'une telle » division. H n'y a plus d'assemblée du peuple, plus de » lois; c'est en vain qu'une ambassade arriverait là où il »n'y a point de cour. Que vont devenir les peuples voisins » du Danube, du Rhin, du Rhône , de la Loire et du Pô? » Tous , anciennement unis par les liens de la concorde , » maintenant que l'alliance est rompue , seront tourmentés » par de tristes dissensions. De quelle; fin la colère de Dieu » fera- 1 -elle suivre tous ces maux ? A peine est-il quelqu'un » qui y songe avec effroi , qui médite sur ce qui se passe et » s'en afflige : on se réjouit plutôt du déchirement de l'etu-
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et déposer tour à tour par des assemblées d'été* ques, assez faibles ou assez lâches pour décider du droit des rois, selon le plus ou moins d'obsession ou de menaces dont on les poursuivait. Tan-
» pire , et l'on appelle paix un ordre de choses qui n'offre » aucun des biens de la paix. »
M. Guizot, après cette citation, se demande comment s'opéra ce démembrement.
« On a donné de ce problème , dit le docte professeur , » une foule de solutions insuffisantes. On s'en est pris , de » la décadence de l'empire de Charlemagne , à l'incapacité » de ses successeurs, de Louis-le-L)ébonnaire, de Charles- » le-Chauve , de Charles-le-Gros , de Charles-le-Simple ; » s'ils avaient eu le génie et le caractère du fondateur de » l'empire , l'empire , a-t-on dit , aurait glorieusement sub- » sisté. D'autres ont imputé sa chute à l'avidité des ducs , » des comtes , vicomtes , bénéficiers et autres officiers » royaux de toute sorte ; ils ont voulu se rendre indépen- > dans , souverains , ils ont usurpé le pouvoir , démembré » l'état. Selon d'autres , ce sont les Normands qui doivent »> répondre de sa ruine : la continuité de leurs invasions et la •misère où sont tombés les peuples ont fait tout le mal. »
« Explications évidemment étroites et puériles , » s'écrie M. Guizot.
Etroites, oui, si, comme semblerait l'insinuer ce savant historien, des auteurs avaient exclusivement attribué à l'une de ces causes la décomposition de l'empire : ce que nous n'avons vu nulle part.
Puériles, nous ne pouvons nous rendre compte de cette qualification. Ces explications ne se produisent pas , à la venté, enveloppées du voile nébuleux sous lequel s'abritent le vague ei le vaporeux de certaines théories prétentieusement abstrai les, de certains systèmes hasardeux ou s'entre-cfaoquent des mois il effet, et d'où trop souvent les pensées vraies sont absentes: elles sont renonciation simple ei claire de faits positifs, matériels, Incontestables.
De toutes les explications données jusqu'il ce jour, une