LIVRE IV. CHAPITRE III
lui-même en le chargeant du fardeau de l'épiscopat. Il excommunie le pape à son tour ; le déclare déposé , et proclame hérétiques les évoques de la communion des pontifes de Rome ; il prend le titre de patriarche œcuménique , prétendant que, du moment où les empereurs ont passé de l'Italie dans la Grèce , la primauté de de l'Église a aussi passé de l'ancienne Rome à la nouvelle (1); source première , source intarissable d'illusions et d'erreurs pour les Grecs, et principe de la défection qui les sépare encore de l'Église de Rome : Église ignorante, écrivait Photius, Eglise hérétique qui a l'impiété d'ajouter des paroles au sacré symbole, qui ose dire que le Saint-Esprit procède non seulement du Père, mais encore du Fils! Les autres sujets d'anathème étaient que les Latins se servaient alors de pain non levé pour l'eucharistie, qu'ils prescrivaient le jeûne le samedi , qu'ils mangeaient des œufs en carême , et , nouveaux manichéens, qu'ils condamnaient le mariage par le célibat des prêtres ; enfin , que leurs prêtres
» s'écrie : 11 faut nommer Ambroise cvèque ! Et séance te- » liante, Ambroise fut élevé à l'épiscopat ; il est devenu saint » Ambroise. * » Hist. de la civ. en France. Guizor, rv vol. , IIe leç. , p. 89.
(1) Hist. de UEgL, B.-B., T. v.
* Saint Ambroise était gaulois. Il est né à Trêves, vers l'an 3Û0.
ne se faisaient point raser la barbe. Étranges raisons, s'écrie un historien (1), pour brouiller l'Orient avec l'Occident!
Photius , dans ses vues hardies , osa penser à séparer du pape les évêques des régions soumises à la domination française. L'audacieux Gonthier, archevêque de Cologne , que sa conduite dans les désordres de la cour de Lorraine avait, comme nous l'avons vu, fait déposer de son siège par le souverain pontife; Gonthier, frère de Waldrade , répondit à l'appel de l'intrus, se montra disposé à traiter avec le schisme de Constantinople , et publia un outrageant libelle contre le pape.
C'est armé de cet odieux manifeste, que l'archevêque de Cologne vint au camp de Louis II, faire le récit à l'empereur de toutes les angoisses de Lothaire. Déjà, pour gagner Louis II, l'artificieux Photius lui avait donné, dans un concile récent , le titre d'empereur, que la jalouse cour de Constantinople refusait aux descendans de Charlemagne ; l'impératrice y avait été traitée d' auguste et de nouvelle Pulchérie. Angilberge reçut du patriarche de riches présens et des lettres pleines d'adulation, dans lesquelles on
(l) Voltaire, Uni. génér.