‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 38 sur 246 · LIVRE Ier. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE Ier. CHAPITRE III

prendre pour résidence une capitale italienne , il résolut de placer sur le front d'un de ses fils la couronne arrachée aux successeurs d'Alboin. Dans ce but, Charles conduit à Rome son fils Carloman, le fait tenir sur les fonts baptismaux par le pape Adrien , qui le sacre et le proclame roi d'Italie (rexinTtaliâ), sous le nom de Pépin (1).

Louis , autre fils du monarque , l'avait suivi à Rome : Charles le fait couronner par le souverain pontife comme roi d'Aquitaine. Il retourne ensuite à Milan , où, pour flatter cette ville et , sans doute aussi , pour lui faire oublier l'interdit dont il avait voulu frapper le rit ambroisien , il fait baptiser, selon ce même rit , sa fille Ghisla (2) , et lui donne pour parrain Thomas , archevêque métropolitain de Milan.

Charles, après avoir installé le jeune Pépin k Pavie, retourne en France, où il ramène, comme trophée de sa pacifique expédition à Rome , des maîtres de grammaire, de mathématiques et de plusieurs autres sciences , plus fier et plus heureux d'un tel cortège que d'une fastueuse escorte

(1) Pépin, comme le fait remarquer Giulini , paraît être le premier prince qui ait reçu du pape la couronne du royaume de Lombardie.

(2) Ou Giselle.

de dépouilles opimes et de guerriers vaincus.

Ce fut à cette époque que Charles , qui possédait à un rare degré l'art de connaître les hommes et d'apprécier le mérite, fit, à Rome, la rencontre d'Alcuin (1).

Alcuin était un des plus savans hommes de l'Angleterre; né d'une famille illustre et opulente, il s'était formé aux sciences dans le monastère de la cathédrale d'York : remarquable par sa vaste érudition, mais plus encore par sa modestie et son humilité , il n'aspirait qu'à ensevelir son génie dans la solitude; le roi des Francs le retint quelque temps auprès de lui ; il voulut qu'à son exemple, les grands seigneurs de sa suite se fissent un honneur d'être les disciples d'Alcuin, et il établit une école dans son palais même d'Aquisgrana. Sous cet habile maître, le roi fit un cours de rhétorique, de dialectique et d'astronomie; mais Alcuin, que tant d'honneur ne pouvait éblouir, ne perdait rien de son goût pour la retraite. Vaincu par ses instances , Charles lui permit enfin de se dérober aux pompes de la cour , et lui fit accepter l'abbaye du monastère de Tours qui devint, sous la

(1) Quelques historiens pensent que celte première rencontre eut lieu à Pavie, d'autres à Parme. (Histoire de la Civilisation, GUIZOT, T. u, leçon \\n, page 18/i.)

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