LIVRB II. — CHAPITRE IV
gens de toutes les villes de cette partie du royaume lombard.
« Ce beau documeot (le décret de Lothaire), » dit Muratori , « fait connattre toutes les provinces formant la partie occidentale du 0 royaume d'Italie ; il n'y est point question du duché de Bénévent , B parce que ses ducs ou princes» sauf le tribut qu'ils payaient aux rois » de Lombardie , exerçaient une souveraineté presque absolue dans » cet Etat. Il n'y est pas non plus question des villes dépendantes de » l'église romaine, par la raison que ces villes, qui à la vérité étaient ï) soumises à la souveraineté des.emfsreurst ne faisaient point partie » du royaume d'Italie.
» 11 faut reiBBrqoer encore , » ajoute Muratori, « que les profes* t) seurs de ces écoles n'enseignaient que la granunaire^ dénomination » qui du reste avait une acception assez large, et qui comprenait » l'étude de la langue latine, l'exidication des anciens auteurs et poëtes 9 latins , qudque teinture des saintes écritures, un peu de calcul et > d'aslronomid K»» >
Plusieurs bfiufielies des sciences exactes étaient tombées dans le plus complet état d'abandon cl d'oubli.
0» n'avait plu^ eoi Europe, à cette époque , la moindre notion de Yulgèbre ; les œuvres 4e Diophante , . d' Arcbimède , d'Apollonius , n'y (levaient être, reproduites et commentées que deux siècles après.
HarckUeciure^.le dessin ^ la peinture , privés des hardiesses , des formes et de l'élégance de l'antiquité , étaient condamnés à végéter quelque temps encore, avant de rallumer leur flambeau éteint dans ces belles contrée ou devaient briller d'un si grand éclat les noms du Giotto, de Perugin, de Michel-Ange, de Palladio et.deBaphaël.
' MrBATORi, Ann. d'Haï., iomc IT, pages 479 et 480.
On lit, ésats VBUt* de ta ligislaiien, par M. Grnar :
« Quelquefois PB repoussait les sciences profa^es.quel çpi'eii pût être l'objet. A It » lin dii Yic siècle, saint Dizicr, évéque de Vienne , enseignait la grammaire dans » son écok cathédrale. Saint Grégoire le Grand l'ehblflme vivement. Une faut pas, » luiécriuil, qu'une b^ndkê -eoMaerée avafl&uûngeê de Dieuê'omrê pour eéUeê, » deJupUer. Je ne sais trop, ajoute M. Guizot, ce que les louanges de Dieu ou > de Jupiter pouvaient avoir à démêler avec la fframmaire. »
L'obscnatioD de Muratori, si elle avait été connue du savant professeur, l'eût peui-élre aidé A résoudre cette question. Celte interprétation du mot gramtnaire, rapprochée de la réprobation dont cette science est Tobjet dé la part de Grégoire le Grand, nous parait uo argument de plus en faveur de l'opinion émiae par M. Guizot» ^Mt l'abandon et même la proscription des sciences profanes au yi« siècle. Sans cette
^igniGcation, le bUme porté par le poatife serait un non-sens, pour ne rien dire do
plus.
162 PEBMIÈRB IBPOQVB.
On a cru généralement que le genre d'architecture et de dessin qui a reçu le nom degothique^ datait de la domination des Goths ; mais il est démontré aujourd'hui que cette dénomination de gothique est impropre, qu'elle implique un anachronisme dans la nomenclature des arts ; ce ne fut qu'après l'apparition des Arabes dans le monde occidental , et sous leur domination, que ce genre importé d'Orient prit naissance et se développa en Europe , d'abord en Espagne , puis dans quelques contrées méridionales de la France , plus tard en Italie.
On pense que c'est de ce moment rapide de renaissance dans les arts, opérée par Gharlemagne, que date la forme actuelle des nefs de la vieille basilique de Saint- Ambroise à Milan, aussi bien que le beau clottre qui précède l'église , et qui lui forme un vestibule si parfaitement en rapport avec le style du monument ' .
La médecine , la chirurgie , étaient négligées , ou plutôt complètement abandonnées à des étrangers vagabonds ; le sortilège était, dans les maladies , plus souvent invoqué que l'expérience et le savoir. La plupart des rois, comme nous le verrons, étaient réduits à s'entourer de médecins venus des Indes et de l'Arabie.
A l'époque de la conquête de la Lombardîe par les Francs, la languelatine commençait à s'altérer. Les écrits de ces temps reculés, remplis de barbarismes et de fautes grossières , portent , dit Giulini , les premiers indices de la transformation graduelle et successive de la langue latine en langue italienne *. Cet écrivain pense que la corruption du latin a donné naissance, en même temps, à deux idiomes dans chaque province d'Italie. L'un , parlé par le peuple , aurait pris um; Apreté d'expression toujours croissante ; ce serait le langage grossier, multiforme, particulier à chaque contrée et que l'on appelle patois.
L'autre, employé dans les écrits despoëtes et des prosateurs , serait devenu cette langue harmonieuse et douce dont s'enorgueillit l'Italie '\
D'après le comte Yerri , la langue latine était encore la langue^cnV^; en Lombardie, lors de l'invasion des Francs ; mais déjà , depuis long-
' Caractère général des arts dans la Lofnbardie,'Rii\ïm BniTANNiQrE, t.XVIÏlS ïv« série, année 183S. *
^ Dans un concile de Tours, tenu en 813, pour le rétabUasemeni de la discipHro, on avertit les ivèqucs ilc faire en sorte que chaque prêtre eût par devers lui l '^ Homélies des Pères, traduites eu langue romane rustique, ce qui donnerait lieu ù pcii&er que le latin avait aussi cessé en France d'être la langue vulgaire.
' Giulini, tome V% pages 84, 85, 109 et 110.
LIVKB II. — CHÂMTRB IV. 163
temps 9 on y parlait habitaellement ^ an patois qui différait peu du dialecte milanais de nos jours. Yerri voit, daos ce dialecte , une émanation , non de la langue latine , mais de la langue des Gaulois , les premiers fondateurs de Milan.
€et historien fait observer que les Milanais prononcent encore , dans leur idiome , les voyelles ueieu comme les Français, et que le patois milanais a plus de rapport avec celui des provinces méridionales de France qu'avec le dialecte des autres Etats italiens. Les Espagnols , qui 9 dans les derniers siècles , occupèrent aussi Milan , ont à peine laissé, dit toujours le comte Yerri , trois ou quatre mots qui rappellent leur domination ; et quoique les Lombards aient prolongé leur occupation plus longtemps que les Gaulois et les Français, cependant peu de mots milanais doivent leur origine à la langue allemande. Ce raisonnement sert de base à Thistorien que nous venons de citer , pour établir que les Milanais ont conservé Tidiome de leur origine ; que cet idiome, dérivé du gaulois et qui est venu jusqu'à nos temps modernes sans trop d'altération , a précédé la langue italienne ; qu'il a même servi , avec les autres dialectes des diverses contrées d'Italie et la corruption du latin , à la formation de cette langue épurée depuis , et devenue, par le secours des lettres et de la poésie, la langue maîtresse en Italie.
MusiQUB. — Il parait qu'à cette époque on ne connaissait en fait de musique que celle d'église. Les orgues étaient connues en France et en Italie vers le milieu du vm*" siècle ; on s'en servait à la fin du même siècledans plusieurs églises; mais l'Occident était, à cet égard, comme pour tant d'autres objets d'art et d'industrie, tributaire de l'Orient , qui seul savait les confectionner. Un moine vénitien , venu d'Orient avec la connaissance de cet art, s'étaut chargé d'initier dans son secret plusieurs élèves, reçut en 826, des empereurs Louis et Lothaire, une riche récompense et fut pourvu d'une abbaye. Quarante-sept ans plus tard , le pape Jean VIII fait demander à l'évèque de Fresinga (sans doute Freisengenen Bavière), des orgues et un artiste pour jouer de cet instrument*. On voit, par là, que l'Allemagne s'était plus empressée que l'Italie de s'approprier la confection des orgues, et qu'on y avait fait, dès cetteépoque, pour la musique, plus de progrès que dans
' Comte Yerri, tome !«>*, page 134 et suivantes.
' Qwufn, tome l«s page 348. — Yerri, tome V^f page 137.
la péninsule. Si l'Italie était moins avancée dans cet art que l'AIIemagne, la France Tétait moins encore que l'Italie.
Les églises de France avaient des chantres que l'on appelait chantres gaulois ; les Romains avaient voulu introduire dans les Gaules le chant grégorien , musique attribuée à Grégoire le Grand, et qui, snnpie et grave, avait un cachet de dignité religieuse ; mais les chantres gaulois n'ayant pas l'usage des anciennes notes alphabétiques, avaient corrompu ce chant en voulant l'embellir. Gharlemagne, au retour d'un de ses voyages en Italie , exigea que ces chantres revinssent à lamé* thode de leurs maîtres. 11 obtint du pape Adrien des livres de chant notés ; deux musiciens italiens furent établis pour enseigner la note alphabétique, l'un à Metz^ l'autre à Soissons * .
Le chant de Téglise milanaise qui suivait le rite ambroisien, diffé* rait de celui de Téglise romaine. Le chant romain est plus doiix,^ii^ grave ; l'ambroisien, qui se conserve encore à Milan, est plus fort et plus aigu *.
Nous avons eu l'occasion de mentionner l'engagement qu'avait pris Gharlemagne de ne permettre que le rite romain dans ses Ëtkts, et la résistance qu'il rencontra en Lombardie où le rite ambroisien était en usage. ^ ' *
Voici ce que l'abbé Richard dit au sujet de ce dernier rite : «Le » fond de la liturgie , selon le rite ambroisien ^ est le même que » celui de TolBce romain ; mais la distribution des psaumes pour » les parties de l'office, les prières et les cérémonies dans le sacrifice » de la messe, y sont différentes. C'est encore suivant le rite am- » broisien, que le carême ne commence à Milan que le dimanche » de la Quadragésime, les quatre jours qui le précèdent n'ayant été » ajoutés pour compléter les quarante, que dans le vu" siècle : usage n qui attire une multitude d'étrangers à Milan, où les thé&tres ne x> sont fermés et les plaisirs du carnaval ne ces^nt que le samedi » au soir. ». • i .
» Il en est de même, ajoute l'abbé Richard, de l'abstinence et des » processions des Rogations^ ou qui n'avaient jamais été observées D dans l'Église, ou qui n'y étaient plus en usage ^.
. " Voltaire, Hist» génér», ch. 15.
' Vescriptian hûtorique et critique de l'Jtaliey par Tabbé Ricqaro, tome I^'^ I^ilanais, S 16>
" On sait que, par suite des désastres occasionnés, en 90^, pat le tremblement de-