LIVRE !•'. — CHAPITRE lU
ciMoprise que l'on appette honneur natianaL . . Dans les discordes !n te^ tines, lesoaflle dévorant des partis vous pousse vers telle ou telle bannière ; chacun s'arme alors pour la cause que rendent personnelle des sympathies ardentes ou des haines passionnées , et souvent plus que tout cela* l'orgueil et l'amour-propre engagés par le choix qu'on a fait de cette même cause. La victoire , dans les guerres contre l'étranger, est souvent clémente et quelquefois magnanime ; les vaincus, dans une guerre civile, obtiennent rarement merci; presque toujours c'est un duel à mort. -^
Guy et Bérenger furent bientôt en présence. Ces sanglants démêlés ont trouvé un poëte qui en a transmis le récit épique aux Ages futurs.
Ce poëte , connu sous la dénomination de panéfyriMe anonyme * de Bérenger, rapporte les noms des plus illustres chefs qui guidaient les bannières de l'un et de l'autre parti.
ittjcar, frère de Guy, avait amené de France cinq cents hommes d*armes è pied ;
Gamein et Hubert avaient conduit chacun trois cents chevaux des mêmes contrées ;
Puis venait l'ardente jeunesse de Toscane, de SpoletH et de Camerino;
Albérie qai, plus tard, en réœmpense de sa briHante valeur, obtint le marquisat de Camerino , marchait à la tête d'un corps nombreux d'infanterie ;
ReymeTf son émule en courage, commandait à de non moins vaillantes cohortes ;
Trois cents hommes d'élite , armés de pesantes cuirasses , obéi»- «lient à la voix de GtnUaume ;
UboM, père du comte Boniface qui un jour sera duc de Spoletti» Vhald, chef de hardis condottieri qui , dès cette époque , comment çaient à vouer leur sang et leur vie à qui les leur payait le mieux ; VheM , avec ses hommes à métier guerroyant , a rejoint l'armée de Goy ;
Enfin, des milliers de combattants, phis propres & diriger la charrue de leurs champs qu'à manier le fer des batailles , sont accourus sous les drapeaux do duc de Spoletti.
* Adriin de Valais (Valezius) a publié un volume in-1^, renferaïaDt ce curieux poiFIneeides notes latines que cetie œuvre lui a suggérées. Nous avons pu consulter à la Bibliothèque royale de Paris, un exemplaire de ce livre très-rare et difficile à se procurer.
74 VBBsxba jâpcxHiB.
L'armée de Béreitger comptittt panni ses princH^iix éhefs, irmi* frtd^ narcbont k la léte de trois mille guerri^s du Frioul qui , |dos tard, deYaît le recoDQattre comme son marquis ou son duc ;
Deux mille Boldatfl armés de cuirasses combattaieut sous les ordres des trois fils de Smpp^ne, duc de Lombardie ;
LmUm 9 sou frère Bmmardj et un autre Àlbérie^ commandaient à de nombreux escadrons de cavaliers venus du fond de la Germanie ;
Bowifaee^ Bérard, Âzza, Obrie, brillaient aux rangs des plus intrépides chefs de cette armée qu'étaient aussi venus grossir par milliers des soldats rustiques arrachés par le signal des combats au calme de leurs obscures chaumières.
Le poëte fianégyriste ajoute qu'on voyait dans les drax camps plusieurs évéques qui avaient échangé la mitre et la crosse pastorales pour des casques et des armes meurtrières. La muse discrète du chantre de cette vieiUe querelle» tait le nom de ces belliqueux prélats» par respect pour leur caractère sacré d'évèques.
Les annales de Spoletti ont recueilli * avec orgueil les détails de cette lutte fameuse qui eut sa journée de Pharside et son JLiioatii anonyme pour en transmettre à la postérité les poétiques souvenirs.
Les deux armées se rencontrèrent sur les bords de la TrMia au territoire de Plaisance * ; le choc fut terrible.
« Il se fit un si effroyable carnage , dit Rh^inon , tant de sang » humain y fut répandu, que, selon la parole de Dieu ^9 le royaume» » déchiré par ses discordes intestines, subit presque la calamité de la » désolation* a
Tanta strages ex utrâque parte poêtmodttm faeta ul; UmêuêfUë hunumuê êêinf^tia ^ffuêm^ utjuûM Damim voeen^ regnum in ê§^^m dmêum, desoUuwnis aMifriam pmnè incurrêrii *»
La victoio^ rendue longtemps incertaine par la bravoure et Taciiarnement de l'un et l'autre parti» se décide enfini cette fois, en faveur du duc de Spoletti. Bérenger» vaincu» se retirée Vérone avec les débris de son armée. Guy, mettant à pn^t son triomphe » court à Pavie, y réunit une diète qui » déclarant n'avoir élu Bérenger pour roi de Lombardie que contrainte par la force et trompée par les plus
* i:AmBmLU^StoriadiSpolêiiiy\h.i9.
^ McRATORi» Aftn, d'it,, tome V, page 173.
* Regnum in $$ diviêum de$olabitur.
* RnvGiN, tn Chrome,
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odieoaes intrigues ^ ^ ^eeof^e la coaronae an îMignanime TâiMQCiEUR de renBADÛconuiiun».. F<? «teiâ «9t une maxime à l'osage de tous les peuples et de tous les temps I
A peine couronné, Guy envoie des ambassadeurs à Arnolpbe, avec pri^ de le reconnaître et de confirmer sa royauté en échange de son hommage et de sa foi ; mais le Qls de Garloman avait déjà reconnu Bérenger qui, dans sa défaite, attendant le moment de prendre une éclatante revanche , avait aussi ses émissaires auprès de la cour de Gçonanie.
Arnolphe était alors préoccupé de Timminence d'une guerre près d'éclater entre lui et le duc de Moravie. D'ailleurs la continuation des trouUesd'Malie, en épuisant des partis rivaux qui faisaient ombrage isa puissance, servait merveilleusement ses dépeins secrets. U resta plus d'une année dans une neutralité qui lui permit de juger les hommes et les choses de manière à pouvoir plus tard prendre le parti le plus utile à son ambition.
Seulement il eut soin par quelques édits, où toutefois il ne prenait pas encore explicitement le titre de roi de Lombardie , de faire acte de souveraine puissance dans ces contrées : tel fut , entre autres , te décret qui maintint l'impératrice Angilberge dans ses possessions et ses propriétés de la péninsule.
Guy, peu rassuré par l'attitude d' Arnolphe et les intrigues de Bérenger pour recouvrer la couronne de Lombardie, eut recours * à UD moyen audacieux qui lui parut devoir imprimer plus de force et de stabilité à sa naissante puissance.
« Arnolphe , se dit^il , refuse de me reconnaître comme roi ! mais » Arnolphe n'a reçu le titre d'empereur que de la diète de Tribur. » Cette élection , à laquelle la France et l'Italie n'ont pris aucune » part, ne peut, en réalité, créer de droit qu'en Germanie. C'est au » pied des autels de Saint-Pierre qu^Cbarlemagne et ses descendants » ont pris ou reçu la couronne impériale qui les faisait les arbitres » des rois. Depuis Charles le Gros, aucun front n'a ceint à Rome ce » glorieux diadème. L'anarchie qui dévore la France l'a peuplée » d'une foule de faibles dominateurs, et celui ^ qui prend le vain titre
^ Cet acte d'élccdon est rapporté dans le recueil publié par H uratori sous le titra 4e &9rum Ualicarum, tome II, page 1.
* HcKATORi, Ann. d'It., année 891.
' Eudes, Ce ne fut , comme nous le verrons , que deux ans après , en 893 1 qu'il rendit une partie du royaume de France à Cliarles le Simple*
76 DEUXIÈME ÉPOQOB.
» de roi de France, traité lui-même comme usurpateur par la majeure » partie des Français , est hors d'état de jeter un regard d'ambitioa » sur celte couronne que Ton garde aux bords lointains du Tibre.
» Arnolplie» lui-même, ne soutient contre Suintebold, duc de » Moravie, qu'une lutte désavantageuse dont l'issue paraît devoir être » pour lui la perte de la Bohème.
» Profitons des obstacles élevés sur la voie de ceux qui pourraient » être nos rivaux préférés. Allons à Rome et osons faire poser sur » notre tète la couronne impériale : celle-fà du moins, pour être » portée , n'aura plus besoin de la sanction d'aucun potentat de la » terre.»
Plein de cette idée , l'audacieux Guy, qui se rappelle avec orgueil que le 5ang de Charlemagne coule dans ses veines , quitte Pavie et prend le chemin de Rome.