LIVRE TROISIEME
Mort d'Innocent IV. — Élection d'Alexandre IV. — Les cardinaux proposent indirectement la paix à Mainfroy, qui ne Taccepte pas. — Les comtes Lancia , oncles du prince de Tarente. — Victoires de Mainfroy. — Il soumet tout le royaume et arrive aux portes de Naples. — La cour de Rome excite en Sicile le mouvement communal. — Pietro Ruffo , comte de Catanzaro. — Le cardinal Ottaviano Ubaldini. — L'armée pontificale, commandée par Ubaldini , marche contre Mainfroy. — Traité de paix entre ce prince et le cardinal Ottaviano. — Il n'est point ratifié par le pape. — Mainfroy poursuit la guerre à outrance. — Les Sarrasins dévastent la côte de Campanie. — Le pape s'enfuit de Naples avec toute sa cour et se réfugie dans Anagni. — Puissance de Mainfroy. — Il punit ses ennemis par la prison ou par la mort. — Il tient une cour plénière à Foggia. — Condamnation du margrave Berthold de Hohembourg. — Mainfroy travaille ouvertement pour lui-même. — Sur un faux bruit de la mort de Conradin, répandu à dessein par ses partisans , il quitte le titre de régent et prend celui de roi. — Calomnies répandues contre le nouveau roi de Sicile. — Il reçoit un messager d'Elisabeth de Bavière, mère de Conradin. — Réponse évasive de Mainfroy.— Il perd sa première femme , Béatrix de Savoie, et épouse en secondes noces Hélène Comnène, fiile du despote d'Épire. — Courtoisie et galanterie du prince de Tarente. — Son goût pour la poésie et la musique. — 1 49
Magnificence de sa cour. — Grande chasse de l'Incoronala. — Aventures du seigneur de Carilène et de la dame de Carabas. — Situation de Mainfroy en Italie. — Il hésite dans le choix de sa politique. — Sa haute influence dans le nord. — Il détruit la puissance d'Eccelino de Romano en Lombardie, et soutient Brancaleone à Rome. — Il fomente le mauvais vouloir de la commune de Rome contre le pape. — Il est excommunié. — Guerre de Florence et de Sienne. — Farinata degli Uberti entraine Mainfroy dans le parti des gibelins de Toscane. — Bataille de TArbia chantée par Dante. — Mainfroy protecteur des Florentins. — Il forme une ta^Ua ou ligue entre les villes gibelines de Toscane. — Canonisation de sainte Rose de Viterbe. — Mainfroy chasse les guelfes de Florence et de Lucques. — Ils offrent la couronne à Conradin.
— Inutilité de cette démarche conseillée par le pape. — Alexandre IV négocie avec Edmond d'Angleterre, avec Conradin et avec Mainfroy. — Rupture de Mainfroy avec le pape. — Mort d'Alexandre IV. — Urbain IV. — Mariage de Tinfant Pierre d*Aragon avec Constance, fille de Mainfroy. — Indignation d*Urbain IV. — Sa lettre à Jacques le Conquérant, roi d'Aragon. — Le roi de Sicile lance les Sarrasins dans la campagne de Rome.
— Urbain IV s'enfuit à Civita Vecchia. — Il propose la couronne de Sicile à Charles de France , frère de saint Louis.
Tandis que Mainfroy s'avançait sur Naples y les cardinaux effrayés voulaient s'embarquer et fuir jusqu'à Rome. Cependant ils demeurèrent à Naples pour donner un successeur à Innocent IV. Ce pape, qui avait exercé dans le royaume toutes les attribuitions de la souveraine puissance, était mort le 7 décembre 1254, poursuivi de visions terribles , maudissant sa famille, se reprochant amèrement de Tavoir enrichie aux dépens de la justice. C'est à Naples, sa conquête, qu'Innocent IV, prince courageux,
iSfl Ul^rOIH£ DE LA Oj^^ijltJE [1255:
mais iiupiacabie, avait trou\é, à ^d dernier momeot, ce désespoir et ces aniioisses dont il s'était réjoui daus la personne de l'empereur Frédéric et daoB celle du roi Conrad , ses ennemis'.
Avec la précipitation que commandaient des circonstances si pressautifs et si périlleuses , Alexandre IV fut élu à Naples cinq jours seulement après la mort d'Innocent IV. Il se nommait Rainaldo, et descendait de cette grande maison de Signia, qui avait déjà donné au pontiûcat Innocent III, Grégoire IX, et qu'on ne désignait plus que par le titre de comtes {Conii)y comme si cette dignité, alors si considérable, était devenue son apanage exclusif. A un pape violent, rapace, vindicatif, implacable, mais d'une indomptable fermeté; a un canoniste couronné, à un jurisconsulte du premier ordre, enfin à un des hommes les plus remarquables qui aient occupé la chaire de Saint-Pierre , succédait un homme ennemi de la violence, pur de toute rapine, naturellement doux, une sorte de chanoine
' On voit encore , dans la calhédrale de Naples , le tombeau de ce pape surmonté de sa statue couchée. Cette statue serait curieuse si elle était contemporaine. L'artiste a su donner au visage, d'ailleurs très-noble, du pape Innocent IV l'expression des douleurs fccrètes cl des espérances trompées.
épais et jovial, dominé par ses familiers, né pour le repos et non pour la guerre. Cependant sa vie ne fut pas moins agitée, pas moins belligérante que celle d'Innocent IV, tant il est vrai que dans les temps de révolution et de lutte les événements commandent aux caractères, et leur donnent le branle au lieu d'en recevoir l'impulsion.
Tout en souhaitant la paix, les cardinaux et le nouveau pape mettaient leur dignité à ne pas la solliciter; ils voulaient que l'offre en vînt du parti ennemi et qu'ils eussent seulement l'air d'accepter ce qu'ils désiraient au fond du cœur. Pour arriver à ce résultat, sans paraître l'avoir recherché^ ils insinuèrent au comte Tomaso d'Acerra et à Riccardo Filangieri que les hommages de Mainfroy pourraient n'être pas absolument repoussés par Alexandre IV. Gualvano Lancia, oncle du prince, appuya cette négociation. Gualvano était resté à la cour pontificale , déplorant en public la conduite de son neveu , mais servant d'autant mieux sa cause en secret. Après la mort d'Innocent IV, le comte Lancia s'échappa de Naples, et vint joindre Mainfroy à Acerenza. Le prince le reçut avec la joie la plus vive. Profondément dévoué depuis sa
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plus tendre enfance au fils de sa sœur Bianca, Gualvano avait été Tappui, le conseil, le guide de ce jeune homme. Les oncles de Mainfroy étaient rame et constituaient la force de son parti. C'est par eux qu'il tenait à la haute noblesse italienne; c'est grâce à eux qu'il n'était pas un Allemand, un étranger. D'ailleurs l'activité des Lancia était extrême. Avides de richesses, gorgés de confiscations, mais courageux et habiles, à la fois négociateurs et guerriers, ils étaient présents partout; ces trois frères occupaient pour le prince de Tarante tous les postes importants de l'Italie. Mainfroy se reposait avec une confiance absolue sur des auxiliaires attachés à sa cause par le sang, l'orgueil et l'intérêt. Les grandes alliances de la maison Lancia le servirent donc puissamment. A ses oncles se joignaient un groupe de parents plus éloignés, mais presque tous fidèles. Nous avons vu le comte d'Acerra offrir seul un asile au prince dans la détresse où le meurtre de Borello l'avait réduit. Le comte Tomaso et Riccardo Filangieri l'exhortèrent vivement à présenter son hommage au nouveau pape. Mais Mainfroy ne se rendit pas à ces avances de la cour de Rome ; elles lui semblaient trop équi-
voques; il craignait de montrer de la faiblesse et de perdre du temps en vaines négociations. Ce-* pendant ses amis insistaient sur l'opportunité d'un acte respectueux qui n'engageait à rien, et que d ailleurs un prince, quelque grand qu'il fût^ n'avait jamais refusé à Tavénement d'un souverain pontife. Enfin, il céda à leurs instances; mais, ainsi qu'il était facile de s'y attendre, les conditions parurent inadmissibles aux deux parties. Le pape exigeait qu'il comparût lui-même pour se laver du meurtre de Borello et du tort qu'il avait fait à l'Église en chassant ses troupes de l'Apulie. C'était demander pardon d'avoir battu l'armée pontificale. Alexandre IV insistait principalement sur l'expulsion des Sarrasins. Mainfroy n'accorda aucun de ces deux points. Il voulait rester bailli du royaume au nom du jeune Conradin ; il prétendait, en outre, traiter directement avec un cardinal-légat. Le sacré collège, à son tour, n'admit point une telle prétention. Innocent IV avait attribué à ce corps le rang exagéré qu'il a occupé depuis dans la chrétienté; rang qu'il fit longtemps prévaloir, même sur l'orgueil des maisons souveraines, et dont nous retrouvons encore quelque ombre dans
tH HBTOUE DE LA COSQCtJE ^faXT
Tétî^etiç de la cour de Rome. C>5t Innocent IV qui, le premier j arait donné aux eaidinanx, pendant le concile de Lvon , le rétement et la coiffure pourpre^ «vmbole du sang qu'ils dcTaient verser pour Jésus-€hrist Nul n'avait porté plus haut l'orgueil du cardinalat. Ainsi donc, soit prétexte pour gagner du temps, soit fierté, d'autant plus indomptable que Tobjet en était encore nouveau, les cardinaux refusaient alors d'entrer en conférence directe avec le bâtard impérial; mais pendant que les évoques couraient du pape au prince, et de Naples à la Terre d'Otrante, Maiofroy poursuivait son œuvre, laissait des traces sanglantes sur son passage, brûlait tous les arbres autour de Brindes, détruisait la ville de Mesagna pour faire plaisir à son chancelier qui l'en avait prié *, et venait camper & OuardiaLombarda. De là, il n'avait pas loin pour
• t Obsêdit ilaque princcps civitatem Brundusii; et quumcivilas « ipBa mœnibuB et populo valde munita esset, nec posset per in- « Buitum eam de facili capere, fecit Oeri dopopulatioDem arboruin « circumcirca civitalem ipsam usque ad mœniaMisagnise, quaaerat tt GualtiTii de Ocra regni Sicilia) cancellarii; quum ad mandatum t prinripig venire nollet, nec eidem cancellario parère ut domino, « per violentiani capta est, et ad instantiam ipsius cancellarii, qui a n'bcllionem ipsius moleslissime tulerat , destructa est. » Nicol. de Janwilla. Munit. Script, rer. ilal, t. VIII, p. 648.
marcher sur Naples et termiDer le débat d'un seul coup; lorsque le parti guelfe, qui ne s'endormait pas plus que lui, le força à revenir sur ses pas. La Sicile venait d'être soulevée par les émissaires pontificaux. De proche en proche, la révolte franchissait le Détroit, gagnait la Calabre, et pénétrait dans la principauté de Tarente.
Innocent lY avait exercé tous les attributs de la royauté. Il avait distribué des fiefs napolitains et apuliens avec une profusion extrême, et s'était assuré, de la sorte, un nombre notable de partisans dans la partie continentale du royaume. Mais au delà du Phare, ces moyens étaient insuffisants. L'esprit de liberté y demandait autre chose que des faveurs féodales. Une telle situation n'avait pas échappé àl'habilepontife. Malgré la trempe inflexible de son caractère, il possédait une sagacité trop aiguisée par l'expérience, pour n'avoir pas saisi des différences essentielles entre les deux parties d'un État, soudées Tune à l'autre par la volonté humaine plutôt que par des affinités naturelles. D'ailleurs, il lui en coûtait peu de caresser les illusions de la liberté et les rêves de l'indépendance, dans une contrée séparée par la mer, et dont l'obédience touchait
29% HiSTOOE DE U CÛNQCtTE M 355]
bien moins la cour de Rome qoe la p*>sâe3àion de l'autre côté du Détri>iL Dans ce dessein. Innocent IV avait envoyé dans l'ile, en qualité de missionnaire, un moine nommé Fra Rufiino, qui ne se bornait pas à annoncer aux Siciliens la domination prochaine du saint-siége, bonheur insuffisant pour eux, mais qui leur promettait la jouissance de franchises communales très-étendues, sous la protection de l'Église. Cette amorce avait trop bien pris dans l'Italie du nord pour ne pas être essayée à son tour dans ritalie méridionale.
En signalant ces faits, quelques historiens modernes • les ont exagérés. Trop préoccupés de la contemplation du présent dans l'étude du passé, ils ont donné à cette politique du pontificat un sens excessif. Us ont vu la promesse d'une républi* que, rétablissement d'une Suisse italienne à l'extrémité de l'Europe. C'est pousser les conjectures au delà de la vraisemblance. Il est bien certain.
' M. Amari, la Guerra del vespro sicUiano, cap. ii. Parigi, Baudry, 4843 , 1. 1 , p. 44. Nous aurons à revenir plus d*une fois sur ce livre remarquable, mais systématique, dont la publication, devenue un événement politique en Sicile, a valu à son auteur la célébrité et Tcxil.
[4t85l DE NAPLES. ^ LH^RB III. 299
nésnmoinBy que le pape Innocent, avec plus ou moins de désir de réussir, fit prêcher les maximes de la ligue lombarde en Sicile. Mais ce ne fut qu'une entreprise éphémère et dérisoire'.
La Sicile était alors gouvernée par Pietro Ruffo, comte de Catanzaro, personnage remarquable , quoique difficile à bien connaître , comme tous ceux qui ont fondé leur fortune politique sur des expédients et non sur un principe, sur des fragments et non sur un bloc. De pareils hommes apparaissent à toutes les époques flottantes. L*admira« tion, la jalousie des contemporains constate leurs succès et les multiplie; mais là n'est pas encore la plus grande de leurs habiletés. A force de se dérober à Topinion , ils déroutent la postérité elle-même. RufFo de Calabre, comte de Catanzaro, en est un exemple frappant. Fondateur d'une famille illustre et qui subsiste avec éclat dans le royaume de Naples', il avait été destiné, par le testament de Frédéric II, au gouvernement de la Sicile, tant que durerait l'absence de Conrad. Pietro Ruffo, comme Mainfroy, s'était flatté qu'elle serait éter-
* Bartolomeo di Neocaslro, c. iv.
* Les princes de Scilla et de Palazzuolo.
300 HISTOIRE DE LA œNQUElE [1255]
nelle. Il avait cru que, trop occupé en Allemagne, le roi des Romains n'aurait ni le loisir ni le pouvoir de venir en Italie. Il avait noué des intelligences secrètes avec le pape Innocent IV. S'il faut en croire les écrivains guelfes, le Calabrais avait été jusqu'à faire une déclaration par laquelle il cédait la Sicile au pape. Mais après l'arrivée de Conrad en Italie, RufTo n'avait pas été moins pressé que Mainfroy de suspendre, du moins en apparence, toute négociation de cette nature. Cherchant à gagner le roi des Romains, il avait amené à sa cour le jeune Henri , frère de Conrad , pour l'opposer à Mainfroy. Afin de paralyser l'influence du prince de Tarente, Ruflb voulut se faire intermédiaire entre Conrad et le pape. Ce fut à son instigation que Conrad, dans son testament, mit le jeune Conrad in sous la protection du saint-siége. Le roi des Romains étant mort, Ruffo retourna en Sicile, y maintint ses rapports directs avec la cour de Rome, et même favorisa la tendance qui portait les villes siciliennes à se former en communes indépendantes sous la protection pontificale. Toutefois, il ne publia pas le décret qui donnait au saint-siége la souveraineté sur l'île. Quelque chose de douteux, d'incer-
tain lui convenait davantage. Ruffo maintenait la Sicile dans une situation telle qu'elle ne savait ellemême à qui elle appartenait. Plus tard, lorsque les succès de Mainfroy eurent mis Tartificieux Calabrais en présence d'un homme victorieux et résolu , il essaya d'opposer le fils de Conrad au fils de Frédéric, l'enfant légitime au bâtard. 11 fit battre monnaie au nom de Conradin , sans daigner consulter le régent du royaume. Cependant, les grandes villes de Sicile, naguère appelées à la liberté municipale, ouvertement par le pape , secrètement par Ruffo luimême, ne voulurent pas renoncer à leurs espérances. Elles se révoltèrent. Ruffo voulut les contenir au nom de Conradin. Alors les communes siciliennes, lasses de sa politique double et fallacieuse, le chassèrent et le forcèrent de s'embarquer pour la Calabre avec toute sa famille. Il gagna Naples et s'y retira auprès du pape. On est surpris qu'il eût choisi cet asile après avoir trahi la cour de Rome; mais l'utilité présente fait toujours oublier les vieux griefs, et deux ennemis de la veille se réconcilient sans peine contre l'adversaire du moment. A l'arrivée de Conrad, Pietro Ruffo avait contrarié le pape Innocent; maintenant, il promettait au pape Alexan-
302 HISTOIRE D£ LÀ tONCpCtTE [«KSj
dre de lui livrer la Calabre, et c'était le point capital. La Calabre soulevée allumait la révolte sur les derrières de Tarmée de Mainfroy , l'appelait luimême à Textrémité du royaume , et dégageait le souverain pontife , auquel Mainfroy tenait le poignard sur la gorge aux portes de Naples. En effet , le prince de Tarente quitta précipitamment Guardia Lombarda et courut mettre le siège devant Oria , ville de Calabre qui se défendit avec énergie^
Sur ces entrefaites ^ une armée pontificale marcha contre le régent ^ commandée par le cardinal Ottaviano degli Ubaldini, Tun des membres les plus importants de TÉglise romaine ^ personnage d'un caractère original et singulier comme presque tous les types de ce siècle féroce mais grand. Investi de la confiance des papes , il était issu de cette race terrible qui plus tard, et sous des insignes également sacrés, fit murer dans une tour un père avec ses enfants'. Ottar viano passait pour épicurien; et Dante, qui devait
Nicol. de JamBiUa.
• L'archevêque Ruggiero Ubaldini , fils d'Ubaldino délia Palla , qui flt périr Ugolin , était le propre neveu du cardinal Ottaviano. Ârrivabene, Ilsecolo di Dante, Monza, 4S3S, p. 70 et 445.
[1956] DB NAPLES. — UVRE lU. 303
effrayer les damnés eux-mêmes à la vue du crâne d'un autre Ubaldini dévoré par sa victime ^ Dante a jeté en enfer Ottaviano ou plutôt le cardinal p car il ne lui donne pas d'autre nom. En effet , on le désignait toujours ainsi. Il était le cardinal comme Frédéric II était Vempcreur, Dante les met côte à côte dans la tombe de feu avec d'autres hommes illustres qui passeront aussi sous nos yeux parmi ceux qui font Vâme morte avec le corps\ c'est-à-dire parmi les matérialistes \ Si j'ai une âme, disait cet athée prince de l'Église ^ je l'ai perdue mille fois pour les gibelins *. Ottaviano était en effet gibelin de sang et de cœur, guelfe par ambition et par état. Dans cette conjoncture , il perdit encore une fois son âme ou du moins son honneun Le penchant l'emporta sur le devoir. Ubaldini avait vu naître Mainfroy; il l'aimait quand il n'était encore qu'un gracieux enfant; il l'admirait en ce moment où il était devenu un brave et noble
* Con Epicuro tuttii suoi seguaci
Cbe ranima col corpo morta fanno.
Inferoo , c. x, ▼. 14 et 15.
' a Si aDima est, ego perdidi millies pro gibellinis ipsam- » Ben* venuto Rambaldo d'Ioiola, Comment. Dant,
304 HISTOIRE D£ LA œNQUÊTE [4255]
chevalier. Une de ces sympathies d'esprit qui, dans les têtes méridionales , prennent souvent le caractère violent d'une passion de cœur, troubla la volonté du cardinal et brisa les armes dans ses mains^ Aussi, lorsque le prince de Tarente, accourant du fond de la Terre d'Otrante, eut paru devant l'armée pontificale, Ubaldini, dont les troupes, selon un témoignage contemporain', à la vérité peu vraisemblable, montaient à soixante mille hommes, n'accepta point la bataille. Un envoyé du duc Louis de Bavière, oncle de Conradin, ménagea une trêve entre les deux armées. Mainfroy retourna au siège d'Oria , convaincu que
* « Venim adbuc babet relatio plurimorum cl quorumdam divul- « gâta opinio, quod quando Manfredus romanam curiam visitavit, « dominus Octavianus propter plura mérita, quibus Manfredus « alios praecellebat , in ejus adeo exarsit amorem, quod pro eodem a ardua studuissct liberaliter exercere. Unde asseritur quod illius a amoris instantia, quem in eo conceperat , eldilectionis etiam insti- « gatus, quam domus cardinalis praedicti ad Fredericum babuerat, c cui 8ub Gebellinitatis nomine quantum poterat adbaerebat, idem a cardinalis statum Manfredi aflectans ad sublime transœndere , « sibi cessit in regno , et quum potuisset , procul dubio Teliciter hatt buissel triumpbum , si congregationem tantam Bdelium cum génie a Manfredi permisisset pariter commisceri, regnum demum et fines c regni Manfredo spontanea liberalitate dimisit, rediitque in Cam- « paniam quasi victus. » Saba Malaspina.
* Matthieu Parii.
rien ne résistait à son ascendant. Mais dans Tintervalle, le cardinal^ ou léger^ ou perfide^ ou honteux de sa défection y se réunit au margrave Berthold et s'empare de Foggia. Alors Mainfroy se retourne comme un jeune lion; d'Oria, il s'élance à Lucera^ rallie ses fidèles Sarrasins ^ en détache un escadron pour reprendre Monte Sant' Angelo révolté contre lui^ hat^ chemin faisant^ Berthold qui voulait l'arrêter, le poursuit jusqu'à Foggia, le force à s'y enfermer et agit avec une telle rapidité que le légat lui fait demander la paix. Elle était devenue inévitable par suite d'une maladie colitagieuse qui avait pénétré dans la ville. Les troupes pontificales et les auxiliaires de Berthold périssaient agglomérés sur un si petit espace, et, malgré la fertilité de ce pays, réputé le grenier du royaume de Naples, la pénurie était telle que les soldats du pape donnaient un cheval pour une poule*. Soit lassitude, soit scepticisme, soit penchant immuable pour l'intrépide jeune homme qui, trompé dans sa bonne foi , n'avait pas fait attendre sa vengeance et s'était porté avec la rapidité de l'éclair de Bari
' « Pro gallina una dabalur equus, et vix ad laie prctium pote- « rat inveniri^ » Nicol. de Jamsilla, Murât. Script., t. VIII, p. 576. I 20
306 HISTOIRE DE LA œNQUÊTE [4965]
à Lncera, Ubaldini fit à Mainfroy des propositions de paix, à la vérité très-onéreuses : toute la Terre de Labour restait au pape; les exilés , les bannis rentraient de plein droit dans le royaume, et le margrave lui-même, si souvent traître , était pardonné. Telle était la puissance morale du pontificat, tel était aussi son orgueil que le refus.de signer un pareil traité vint non pas du prince de Tarente, heureux et vainqueur, mais du pape, humilié et vaincu. Alexandre IV refusa sa ratification et les Hohembourg, sous la protection du saint-siége, ourdirent une conspiration nouvelle contre Mainfroy. N'ayant plus d'autre parti à prendre que de poursuivre la guerre à outrance, il jeta le masque et se montra ce qu'il était au fond du cœur : un ennemi acharné de l'Église romaine. Emporté par l'indignation et la vengeance, le fils de Frédéric lâcha la bride à ses Sarrasins, qui entrèrent dans les villes, dans les bourgades, massacrèrent tout ce qui tombait sous leur main, renversèrent les églises, pénétrèrent dans les couvents de femmes, y portèrent la dévastation^ le viol, et parcoururent enfin le pays, non pas en ennemis réguliers, mais en Barbaresques débarqués sur la plage. Ils promenèrent la ruine et
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la mort sur toute cette côte enchantée, le chef-d'œuvre de la création. Salerne, Âmalii, Atrani furent souillées par ces barbares. Lorsqu'ils parurent devant Naples, le pape s'enfuit épouvanté jusqu'à Ânagni; n'osant rentrer dans Rome. Ainsi finit à jamais le rêve de la possession des Deux-Siciles par la papauté. Dès ce moment, elle ne songea plus à y régner elle-même. L'offrir à un fils dévoué de l'ÉgliQf fut désormais son unique dessein.
Mainfroy ne s'arrêta point à Naples; il pour^ suivit l'épée dans les reins, jusqu'à Capoue, lep guelfes, qui s'enfuirent par Monte Cassino, Saiy Germano, Sora, et gagnèrent les Abruzzes. Ariano, Aquila furent livrées aux flammes. Ou devrait croire que partout la terreur et la haine accueillaient le prince et les Sarrasins; mais i\ n'en était pas ainsi. Le vent léger de l'Italie avait tourné et soufflait alors pour l'heureux Mainfroy# La Sicile fut également pacifiée. Fuleo Rqffo, n^ veu de Pietro Ruffo, se rendit à Federigo Lancia.- Fra Ruflino fut ignominieusement renvoyé de l'île avec tous les partisans du pape, et, comme pour annoncer ce qui ne pouvait plus guère se fairt attendrai les fers devinrent la récompense do
3«^ UISTOUŒ DE Là OONgt'ÊIE .^^S^-»]
ceux qui s'étaient soulevés pour Conradin. Le nom du prétendant commençait a devenir criminel.
Ainsi le pape fuyait devant ^lainfroy, qui reprenait une à une toutes les villes du royaume. Malgré la terreur qu'inspiraient les Sarrasins, malgré leurs dévastations et leurs ravages, les populations accouraient au-devant de lui, des palmes à la main, chantant l'hymne : Béni soit celui qui tient au nom du Seigneur ! De plus hautes destinées Tattendaient encore. Irrité par la résistance, il ne voulut plus être que sévère. 11 tint un parlement général à Barletta avec beaucoup de solennité. Pietro Ruffb fut déclaré déchu du comté de Catanzaro et de tous ses emplois. Peu de temps après il périt assassiné dans la Calabre, qu'il avait essayé de soulever. Les barons condamnèrent à mort le margrave Berthold et ses frères, convaincus d'une conspiration en faveur du saintsiége; mais Mainfroy commua leur peine en une prison, dont, à la vérité, personne ne les vit jamais sortir. Beaucoup de guelfes furent dépouillés et supplicié^, les uns en public, les autres en secret. Les vengeances furent nombreuses, les châtiments cruels et les récompenses éclatantes.
[ll8e-88] DE NAPLES. — LIVRE III. 309
Tous les partisans du prince reçurent des fiefs. Les Lancia 9 quoique gorgés de biens confisqués , obtinrent encore un surcroît d'honneurs et de ri-* chesses. Gualvano^ déjà comte de Butera^ de Pa^ ternOy de Saint-Philippe d'Argyre et de tant d'autres seigneuries y devint comte de la principauté de Salerne et grand maréchal de Sicile; son frère, Federigo, reçut le comté de Squillace; le comté de Marsico, antique patrimoine des Sanseverini^ con^ fisqué sur cette maison jadis puissante, fut inféodé à Enrico de Sperneria.
Le sourire d'une fortune si amie dit un chroni^ queur contemporain'^ réjouissait le cœur du prince de Tarente. Roi de fait, il ne lui manquait plus que la couronne. Elle ne devait pas lui manquer longtemps. Son ambition la convoitait, ses scrupules ne la repoussaient pas^ la victoire l'en rendait digne et le vœu du peuple l'y appelait. 11 fut roi par la considération suprême de la nécessité. Le couron- a août, nement de Mainfroy s'accomplit sans obstacle^ à Palerme, où il s'était transporté dans ce dessein. Le faux bruit de la mort de Conradin^ répandu
* a Manfrcdus igitur ex tam amicse prosperitatis arrisu, affluenUce buâ undiquocommorlis, laetabatur. o Saha Malaspioa, 1. XI, c. vi(.
»i ESToaoL DE LA œyQctiz [lar
par f«s partî<ans et facilement aeeneilii par laim^^me, fat un dernier «aerifice à une lé^timité d<ml , au surplus , personne ne se préoccupait alors; car il nj arait, en réa!iîi>, rien qu'un tr^jne Taeant. Quelques barons balbutièrent le nom de Forphelin, comme il arrire tiDujours en pareille circonstance; demi-'Soupir d'une fidélité mourante, ou précaution pour un avenir qu'on ménage sans y compter. En général , cependant , on salua par des acclamations Tavénement que la plupart d'entre les barons avaient provoqué. L'opposition ne vint que des ecclésiastiques. Plusieurs prélats se dirent malades pour ne pas se rendre à Palerrae; quelques-uns, sous prétexte d'humilité, entreprirent le voyage à pied pour tt'arriver que le lendemain*; mais en dernier résultat, même de la part du clergé de Sicile, il y
' « Scd de praelatis quidam deprompte , minuâ tamen provide , ■ ad corontttonem praedictam maiuriâ gressibus properarunt; alii c praitenga excusationis causa in proprlis ecclesiis subsliterunt. « Nonnulli vero iter veniendi Panormum continuavenint usque c MeiMintm, qui aut lenleaut pedetentim pergebant ut fieret co- « ronatio sine eis, aut in aliquo loco de Siciiia, confingentes se « fatigalos in ilinere ac defectos, quaesita requie remanebant. A!i- « qui vcro in die coronationis tiujusmodi simulabant Panormi alit CUJU9 mole discrasis segravalos, ut saltem missam coronationis « et boram unctionis régi® evitarent.vSab. Malasp., loc. cit. supr.
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eut plnt6t mauvais vouloir que résistauce ouverte* Cependant dès qu'Alexandre IV eut appris le cou*^ ronnement de Mainfroy^ pour le punir d'avoir dis-^ posé d'un fief du saint-siége sans en avoir soi* licite la permission^ il renouvela contre lui iM anathèmes de TÉglise.
Ajoutant foi, dans le premier moment , ftu bruit de la mort de Conradin et voulant aq^ abler celui qui en recueillait le fruit, les guelfes prétendirent que le jeune roi avait été empoisonné par des dragées qu'on lui avait remises de la part du prince de Tarente; car c'est ainsi qu'ils persistaient à appeler le nouveau roi de Sicile , persuadés que pour détrôner un roi il sulDQt de lui en refuser le titre. Ensuite, lorsqu'ils apprirent que le prétendant vivait encore, ou du moins lorsqu'il ne leur fut plus utile de ne pas croire à sa mort, ils racontèrent que sa mère, la reine Elisabeth de Bavière, mère du jeune prince, se défiant de quelques embûches, avait montré sous les habits et le nom de Conradin un autre enfant qui était mort pour avoir touché au don perfide de l'usurpateur. Enfin, la troisième version fut que le nouveau roi avait fait assassiner deux Allemands envoyés par Elisabeth à Alexandre IV. C'était
iiî msroiBE K LA oysifctiE :i2»^
aurtaut de ealomoîes. Il d't ayali de vrai qn'one dKtte, t'est <pi'Éli£abeth , peu de temps après le eoaronnement de Mainfroy, lui fit savoir que Cc«nradin virait , et réclama la eonronce pour sud fils. Des envoyés du dnc de Bavière étaient chargés de porter les paroles de la reine. Mainfinov les reçut en public et leur répondit : a J'ai arraché ce rojanme d&vive force à deux papes; cela est notoire à tout le monde. Les Allemands sont abhorrés dans ce pays. Que la mère m'envoie Tenfant, je rélèverai comme un fils. Je lui ferai oublier les mœurs de son pays, et je lui enseignerai les coutumes de ritalie. Plus tard^ après moi, il pourra monter sur le trône, il pourra être mon successeur; mais tant que je vi\Tai, je régnerai'. » 11 combla de présents magnifiques les ambassadeurs , et les congédia avec honneur en leur remettant des che* vaux pour le duc de Bavière et des jouets précieux pour Conradin. 8a réponse était peu sincère; c'est un successeur de sa race qu'il voulait. Béatrix de Savoie, sa première femme, n'existait plus. Il n'en avait eu que deux filles. Aussi, peu de temps après
*MatleoSpinelli,p. 26.
[4t5«] DE NAPLES. — LIVRE lïl. 313
sa mort, il épousa une princesse grecque, Hélène, fille de Michel Comnène , despote de Thessalie et d'Épire, et nièce de Villehardouin, prince d'Achaïe. Cette alliance entraîna Mainfroy dans une expédition contre l'empereur Michel Paléologue; il ne la commanda pas en personne, quoique un chroniqueur peu ^ exact ^ nous le montre, contre toute vraisemblance, guerroyant en Grèce, dans un moment où certes il ne pouvait pas quitter son royaume. Il avait un grand rôle à jouer, mais ce n'était pas hors de l'Italie. L'issue de cette expédition fut assez infructueuse; elle se borna à l'échange d'un général grec contre la sœur de Mainfroy, veuve de Jean Ducas Vatacès, et à des fêtes pompeuses données par le roi de Sicile à l'empereur de Coustantinople, Baudouin II de Courtenay, qui, chassé de ses États par Michel Paléologue, était venu étaler à la cour de Palerme un vain titre et une misère réelle.
Après la guerre, le repos. Cette cour nouvelle avait tout l'éclat de la fortune de son maître. Les fêtes
* Matteo Spinellif écrivain rempli d'anecdotes curieuses, mais en général inexact et plus propre à embrouiller qu'àéclaircir l'histoire de son temps , surtout sous le rapport chronologique.
au mSTOTK DE LA CONQCtTE Illit;
s'y succédaient à Icovi. A Fogjia, un parlement tenu arec une magnificence jusqu'alors inconnue attira un concours immense. Par la grâce de ses manièresy par la facilité de son abord, )IainfroT charma les hommes; aux femmes , il ne demandait que d'être belles y et les traitait toutes si équitablement qu'on ne pouvait deviner quelle était celle qui lui plaisait le plus'. Loin de se prévaloir de sa nou- Telle grandeur, il ne montrait aucun orgueil ; il se vantait même parfois de sa naissance, disant que les enfants de Tamour étaient toujours les plus vaillants*; soit qu'il se sentit au-dessus de Topinion commune, peu établie d'ailleurs à une époque de mariages douteux et de divorces fréquents, soit que, dans l'intérêt de son système politique, il voulût montrer alors à l'Italie moins le fils d'un empereur allemand que le neveu des comtes Lancia.
* a Lo seconde di décembre lo re venne a Barlelta, et vi fece « stantia molli mesi ; et nelle feste di Natale segli fece graa triunfo, c porche ogni sera si fecero balli dove erano donne bellissime « d'o;;ni sorte, et lo re prescntava eguulmente a lutte, et non si « sapea quale più gli piacesâe. » Malteo Spinelli, p. 34.
* c Lo re disse a messer Amelio.... che tutti li figli che nascoDO « per amore riescano huomioi grandi. » Idem.
[tnê] DE NAPLES. - LIVRE lU. - 345
La magnificence impériale reparut à la cour de Sicile avec une séduction nouvelle. Celui qui y présidait alors n'était plus un vieux César irrité par la défaite et par Torgueil blessé^ cherchant dans Torgie l'oubli de ses malheurs et un remède violent au désordre de sa pensée. C^était un prince doué de toutes les perfections de l'esprit et du corps, embelli par la victoire et par l'espérance, dont il avait adopté l'emblème; à moins que les habits verts* dont il était toujours revêtu ne fussent destinés à réjouir les Sarrasins par la vue des couleurs sacrées de leur prophète. Il y eut tous les jours, toutes les nuits, des danses joyeuses. On donna une grande chasse dans la forêt de l'Incoronata, qui depuis isept ans n'avait plus entendu les fanfares royales, et près de laquelle, il y avait cinq ans, Mainfroy et ses compagnons accablés de fatigue, glacés t>âr la pluie, s'étaient réchauCTés à un feu qui pouvait les trahir. Maintenant, à cette flamme sinistre, le jeune monarque substituait un luxe encore sans exemple : d'innombrables flambeaut de cire éclairaient les profondeurs de la forêt
' « Et semper vesliebatur vestibus viridibus. » Benvenuto d'Imola y Comment, di Dante,
sombre et changeaient la nuit en soleil. Douze mille personnes assistèrent à cette chasse solennelle. Mainfroy retrouva les mêmes voluptés, et d'autres plus douces peut-être , dans la délicieuse retraite de Lago Pesole. Toute cette période de son existence fut un enchantement. Étourdi par la jeunesse, le succès et le plaisir, il s'abandonnait à toute la fougue de l'imagination et des sens.
Quand venait la fraîcheur du soir, suivi de deux musiciens de Sicile, grands faiseurs de romances, il parcourait, en chantant, les rues de Barletta\ Quelquefois cependant, plus sérieux et plus sévère, il montrait à ses sujets le roi , au lieu de l'enfant de l'amour. Il y avait en Morée un chevalier français nommé Geoffroy de Bruyères, seigneur de Caritène, que fortune et péchié avaient conduit à une chose moult laide% qui est d'aimer la femme d'autrui. C'était la plus belle châtelaine de laRomanie; on la nommait la dame de Garabas. Pour faire plus aisément son délit avec la dame, le seigneur de Garitène annonça un pèlerinage à Saint-Nicolas de
* MatteoSpinelli, p. 34.
' Le Livre de la conquesie de la princée de Morée, publié par M. Bucbon, p. 494.
Bari, et, dans ce pieux dessein , les deux amants partirent ensemble pour l'Italie. Ils abordèrent auprès du mont Gargan. Ayant appris l'arrivée dans son royaume du sire de Caritène, qu'il connaissait de réputation comme un des plus braves chevaliers qu'il y eût au monde, Mainfroy s'informa quel hasard l'amenait de si loin : « Sire, lui dit quelqu'un qui savait bien l'affaire, ce chevalier a enlevé la dame de Carabas à son mari et ils sont venus se divertir en Italie sous prétexte de pèlerinage. » Alors il fit venir le seigneur de Caritène, fjui le salua et lui fit ta révérence qu'il appartient à un roi', le reçut à merveille, le fit asseoir et lui demanda ce qui l'amenait dans ses États. « C'est un vœu , répondit Geoffroy de Bruyères, et, s'il plaît à Dieu, j'irai jusqu'à Rome. » Mais Mainfroy mécontent qu'un des meilleurs chevaliers du prince de Morée, son beau-frère (car ils avaient épousé les deux sœurs), l'eût quitté pour une telle ribauderie , lui dit d'un air courroucé : « Sire de Caritène, je sais tout. Vous avez mérité de perdre la tête pour avoir abandonné votre seigneur au milieu de la guerre, et vous avez manqué à votre homme lige en enlevant sa femme. Partez donc au plus
318 HISTOIRE DE LA œNQUÊTE [IÎ59]
vite; videz de céans en huit jours, rendez la dame de Carabas à son mari , retournez auprès de votre suzerain, sinon je ferai faire de vous bonne justice. » Le sire de Caritène , bien honteux d'entendre parler ainsi le roi de Sicile, répliqua qu'il lui obéirait sur-le-champ, sauf maladie ou encombrement de fortune de mer. Mais comme il ne trouvait point d'autre excuse qui lui fût honorable , il n'en ajouta pas davantage et prit congé du roi le plus gracieusement qu'il lui fut possible *.
Malgré la jeunesse du nouveau roi , le plaisir ne suffisait pas pour remplir son âme. Il se sentait appelé à de hautes destinées; une vaste carrière s'ouvrait devant ce conquérant de vingt-huit ans. Quoique humilié et vaincu, le parti guelfe était toujours resté considérable ; il avait pour chef le pape, et c'était assez pour ne pas mourir. Les podestats, les généraux, les cardinaux, les princes n'étaient que les lieutenants du saint-siége. Dans ce parti éternel, il n'y avait jamais de détruit que les individus. Il n'en était pas ainsi des gibelins*
L'empire n'était pas toujours présent en Italie
* Cette anecdote appartient probablement à la fin du règne de Maînfroy, mais nous l'avons placée dans le tableau général de sa cour.
comme la papauté. L'empereur n'était souvent qu'une ombre; quelquefois même il n'existait pas. Les divers éléments qui composaient son caractère politique portaient en eux-mêmes un germe de dissolution. En effet, qu'était le chef de l'empire? César, sa dignité avait besoin de la consécration pontificale; roi des Romains, c'est du pape qu'il espérait cette consécration. Ainsi, il était forcé, sans cesse, de combattre celui dont il avait reçu, ou dont il espérait recevoir le sceau de la grandeur et du pouvoir; ce qui le constituait nécessairement en état de sujétion ou d'ingratitude. De plus, choisi parmi les princes d'Allemagne par des électeurs allemands, le chef gibelin représentait toujours dans la Péninsule un intérêt étranger, dont le mélange avec les intérêts germaniques avait fini par fatiguer l'Allemagne elle-même. Pour remédier à cet inconvénient inévitable, une portion d'électeurs avait choisi un Castillan, l'autre un Anglais. L'enfance de Conradin avait amené ce résultat bizarre. Le désir de soustraire l'Europe aux onéreuses conséquences des prétentions si diverses et si compliquées de la maison de Souabe avait aussi déterminé le collège électoral à cher-
cher au dehors le représentant de Tempire. Dès Tannée 125G, le siège impérial était devenu vacant. Trois compétiteurs le convoitaient : Richard de Cornouailles, frère de Henri III, roi d'Angleterre, celui qui, peu de temps auparavant, avait refusé la couronne de Sicile, offerte par Innocent IV; Alphonse dit le Sage ou le Savant, roi de Castille*, et enfin Conradin, ou du moins, en son nom, ses parents et ses amis. Alexandre IV , affectant l'indécision entre les deux rivaux- étrangers, mais cherchant à prolonger l'interrègne , ne s'était prononcé que contre Conradin seul. Effrayé de voir l'empire replacé et rendu héréditaire dans la maison de Souabe, le pape avait menacé d'excommunier les électeurs, s'ils songeaient à élire le petit-fils de Frédéric 11, et pour donner à cette politique de circonstance une base bien étrangère au principe de la succession directe, il insistait sur l'âge du prince, qui le rendait , disait-il , incapable de gouverner. En même temps Alexandre IV avait excommunié le prince de Tarente, mis le royaume des Deux-
* Alphonse X appuyait ses prétentions au trône impérial sur sa parenté avec la maison de Souabe, qui pourtant n'était pas éteinte. Voy. une lettre inédite de ce prince aux Pisans , tirée des archives de Toscane. Appendice A.
Siciles en interdit, dégradé Tévéque d'Agrigente et Tabbé du Mont-Cassin : Tévèque, pour avoir sacré Mainfroy ; Tabbé , pour avoir assisté à son sacre. Mais toutes ces mesures avaient affaibli la papauté; aucun parti ne pouvait s'appuyer sur elle, puisqu'elle semblait donner Texclusion à toutes les prétentions rivales sans y rien substituer. Les guelfes eux-mêmes ne trouvaient pas toujours un chef dans celui qui frappait tout le monde et ne conduisait personne; de là, une modification visible dans ce grand parti,, qui amena nécessairement les gibelins à se transformer à leur tour. De même que les guelfes ne restèrent plus d'une manière exclusive le parti du pape, les gibelins cessèrent d'être uniquement le parti allemand et impérial. Par une émulation heureuse , les deux factions tendirent à devenir nationales. Elles conservèrent leurs anciennes dénominations. Les partis ne créent pas leurs noms ; l'occasion les fait, l'habitude les garde et la politique les perpétue, quitte à les appliquer à d'autres usages. Les gibelins maintinrent donc leur vieille enseigne , mais ils lui donnèrent un sens nouveau. Il leur fallait désormais un chef italien, et nul n'était mieux placé que Mainfroy pour le I ii4
3ti HISTOIRE DE L.V CONQUÊTE [4269]
leur donner. Deux hommes, avant lui, tentèrent cette transformation; chacun dans une localité circonscrite ; Eccelino dans le nord de l'Italie, Brancaleone à Rome. Ils échouèrent, parce que leurs efforts dispersés ne purent converger à un centre commun.
Eccelino de Romano s'intitulait lieutenant de Tempire en Italie, mais il aspirait à se rendre indépendant et à fonder une dynastie princière. Ce que les Scaligeri , les Visconti exécutèrent dès le xiii* siècle, et plus tard les Gonzaga, les Sforza, tant d'autres encore, Eccelino l'essaya. Malheureusement pour lui, heureusement pour l'Italie, il vint trop tôt. Tant que Frédéric 11 vécut, Eccelino contenu par la puissance impériale , même affaiblie, imposa quelques bornes à son ambition et à sa cruauté. Frédéric mort, Eccelino se baigna dans le sang. Poussant l'orgueil jusqu'à la folie, il déclara publiquement qu'il ferait en Lombardie des actions aussi grandes que celles de Charlemagne ^ Déjà maître de Bassano^ de Padoue, de Vérone et
' c Eccelinus ail se velle in Lombardia agere majorem rem quam t acta foret a tempore Caroli Magni et citra. » Cortusi apud Yerci , etariadegli Eccriini, BaMano, 4789, 1. 1, p. 33.
de la Marche trévisane, il prétendit à la domination de toute Tltalie supérieure. Sa valeur était éclatante ; sa finesse extrême^ sa férocité plus grande encore. Grégoire IX, Innocent IV et Alexandre IV Pavaient successivement frappé des foudres de l'Église. Eccelino appartenait à la secte des Pauliciens^ sorte de franc-maçonnerie qui avait survécu au désastre des Albigeois, et qui semble avoir réuni, dans une confraternité mystérieuse, les libres esprits d'une époque où l'incrédulité n'avait pas moins d'énergie que la foi. A cette secte ont appar^ tenu certainement Eccelino de Romano, Buoso de Doara, le marquis Oberto Pallavicino, Mainfroy lui-même, et, plus secrètement, l'empereur Frédéric II. Sommé trois fois de comparaître au pied du tribunal pontifical, Eccelino avait tantôt bravé, tantôt éludé les injonctions d'Innocent IV. Le pape à son tour avait montré une patience bien étrangère à son caractère impérieux, mais l'espoir dé gagner le tyran au parti guelfe et de le détacher de la faction gibeline méritait quelques efforts. Eccelino avait un frère nommé Alberigo, qui appartenait à la faction guelfe. Une haine sincère ou mutuellement concertée rendait les deux frèrei
3Î4 HISTOIRE DE LA CONQUÊTE r4î59]
irréconciliables. Alberigo se voyait aussi favorisé du saint-siége quEccellDO en était abhorré; les brefs pontificaux sont remplis de ses louanges. Innocent IV lui avait donné davanee tous les biens de son frère à conquérir, avec promesse de ne jamais les rendre à Eccelino, quand même il viendrait à se convertir. A la vérité, .Alberigo n'était pas un hérétique; ce n'était qu'un monstre. Sa cruauté ne le rendait pourtant pas moins exécrable que son aillé. Un jour il fit pendre plusieurs chevaliers de Trévise, et força leurs femmes d'assister nues à leur supplice ^ Après une longue discorde, Alberigo vit son frère près de succomber. Il se rallia à lui pour empêcher la chute de leur maison. Alors Fanathème les frappa tous deux également. Par un mouve ment spontané, tous les partis se soulevèrent contre eux; les tyrans furent atteints de tous les côtés. Tandis que le pape les excommuniait comme hérétiques, les gibelins , conduits par Oberto Pallavicino, et dirigés en secret par Mainfroy luimême, attaquaient Eccelino, dont la puissance et les excès compromettaient et lassaient son
' Rolandinus Patavinus. Murât. Script, rer. ital., t. VIII. — Laurentius de Monach», /(/.-^Verci, Storia degliEcceUnif passim.
[4i59] DE NAPLES. — LIVRE III. 3Î5
parti. Il mourut à Soncino dans le Crémonais , à la suite d'une bataille , la tète fracassée d'un coup de hache. Alberigo subit une mort plus cruelle encore. Ck)nduit à Trévise, il fut écartelé après aToir assisté au supplice de ses fils égorgés ^ de sa femme et de ses filles brûlées vives. Eccelino avait été combattu par les guelfes comme un ennemi; Alberigo fut châtié comme un transfuge.
Mainfroy^ qui ne voulait pas que les Romano se rendissent absolus dans laLombardie, avait certainement contribué à leur ruine. En revanche, il prêtait un appui fervent et sincère à Brancaleone d'Andalo. Resté maître de la grande ville après le départ d'Innocent IV, le sénateur y avait exercé le pouvoir suprême, non-seulement avec une vigilance sévère, mais avec une vigueur voisine de la cruauté. Cette conduite lui avait mérité l'affection du peuple. L'aristocratie opprimée n'espéra plus que dans le pape. Les barons étaient sûrs de l'appui d'Alexandre IV. Ils conspirèrent contre Brancaleone. Mal défendu et même abandonné par les plébéiens, surpris, jeté dans un cachot, le sénateur allait y périr victime de l'oligarchie victorieuse, lorsqu'une émeute populaire chassa
326 HISTOIRE DE LÀ CONQUÈIE [4i59l
le successeur qu'on lui avait donnée et le fit sortir lui-même de sa prison. Pour premier acte de son pouvoir restauré, Brancaleone fit pendre comme des brigands deux Annibaldeschi, deux des chefs du parti aristocratique. Ensuite il entraîna le peuple et marcha contre Anagni , patrie d'Alexandre IV . Les habitants d'Anagni supplièrent le pape d'intercéder pour eux auprès du sénateur. Alexandre qui était rentré dans Rome après l'emprisonnement de Brancaleone, contraint de s'abaisser devant son ennemi , demanda et obtint la grâce de sa ville natale; puis, saisi de frayeur, il s'enfuit de Rome jusqu'à Viterbe, méditant même de se réfugier plus loin et de se cacher dans Assise, sous la protection du tombeau récent mais déjà vénéré de saint François. Alors, Brancaleone assembla les Romains, se fit décerner par un plébiscite le pouvoir d'agir contre les barons comme bon lui semblerait; et commençant par le plus puissant de tous, il assiégea Odone Colonna dans sa forteresse de Palestrine. La noblesse fut écrasée; ses bastions et ses tours couvrirent de leurs débris la campagne de Rome. Brancaleone mourut dans l'exercice d'un pouvoir absolu. On rendit de grands honneurs à sa mémoire ; on le traita presque
[4f89J DB NAPLES. — LIVRE m. 3Î7
comme un saint. Sa tète^ renfermée dans une urne précieuse, fut placée au haut d'une colonne dorée ^ Pendant son administration il avait rendu de grands services à la cause de Mainfroy, qui, intimement lié avec le sénateur, lui prêtait ouvertement son appui. Après la mort de Brancaleone, le pape, malgré le roi de Sicile, reprit quelque crédit dans la république romaine. Il fit avec quatre députés du peuple un accord par lequel nul ne pourrait être nommé sénateur sans le consentement du souverain pontife'; c'était à peu près le traité d'Innocent III. Pendant quelque temps il y eut deux sénateurs; puis dans une réaction gibeline, par respect pour la mémoire de Brancaleone, on revêtit de la toge sénatoriale un de ses oncles, du même nom que lui. Ces mouvements habilement fomentés par Mainfroy établissaient son influence à Rome. N'aspirant pas à l'empire, malgré les suggestions de ses amis, il se trouvait dans une entière indépendance de la couronne impériale, et mieux que les Eccelino et les Brancaleone, il pouvait gouverner l'Italie non pas en tyran local, en despote tributaire, mais en
« Matth. Paris.
* Vitale , Storia diphmatica.
roi, en chef national, en rival des papes, qui seuls prétendaient représenter dans la Péninsule les intérêts purement italiens. Disputer au chef de rÉglise le monopole du rôle patriotique devait être surtout le but de Mainfroy. D'heureuses conjonctures le favorisaient dans ce dessein, et il s'y vit naturellement appelé , non pas avant qu'il y eût pensé, mais avant qu'il s'y fût préparé. L'occasion se présenta d'elle-même.
Les républiques de Florence et de Sienne , rapprochées depuis cinq ans par un traité de paix , étaient revenues à leur antagonisme naturel et allaient se déclarer la guerre. Les bannis florentins excitaient les Siennois à prendre les armes contre Florence. Farinata degli Uberti, le plus illustre parmi les émigrés gibelins, homme d'un courage intrépide et d'une intelligence non moins hardie, conseilla à la commune de Sienne de s'adresser au roi de Sicile. €omme Farinata jouissait d'un grand ascendant, on le chargea de composer une députation et de se mettre à si tête. Il partit pour Naples, fut admis en présence de Mainfroy et prit la parole. 11 rappela dans les termes les plus énergiques le dévouement des gibelins toscans à
la cause impériale; il conjura le roi de venir à leur secours moins encore dans leur intérêt que dans le sien propre, (c C'est la Toscane surtout qui était nécessaire pour tenir en échec la cour de Rome. Ainsi l'avait, toujours pensé l'empereur; une si sage politique devait être aussi celle de son fils. Les gibelins florentins et siennois, remplis d'ardeur, n'attendent qu'un chef digne de les commander, et ce chef c'est lui, c'est Mainfroy *. » 11 semblait que le nouveau roi dût accepter avec empressement la proposition deFarinataUberti; cependant il l'accuillit froidement; il ne répondit que par des paroles évasives et ambiguës. C'est qu'il n'avait pas encore pris de résolution définitive. Après ses succès si multipliés et si éclatants, Mainfroy croyait pouvoir choisir entre les gibelins et les guelfes. Désirant fonder une puissance italienne, il penchait plutôt vers les derniers. 11 aurait souhaité avec ardeur, de pouvoir se substituer aux papes dans le commandement de ce parti et de le gouverner indépendamment du saint-siége. C'était une illusion sans doute , mais elle avait quelque chose de trop
* Leonardus Âretinus, Hist, flor,^ 1. II ^ c. ni.
séduisant pour qu'il fût aisé d'y renoncer. D'ailleursy les gibelins lui étaient suspects : c'était la faction allemande pleine de la mémoire de Frédéric II et attachée à Conradin plutôt qu'à lui-même. Elle le recherchait aujourd'hui, parce que la jeunesse et l'éloignement du prétendant ajournaient ses espérances; mais entré dans Toge viril, Conradin redeviendrait le chef naturel des Gibelins et lui enlèverait leur appui. Préoccupé de ces pensées, Mainfroy différa sa réponse à Farinata et à ses compagnons, après avoir promis d'en délibérer en conseil. Cette réponse se fit beaucoup attendre. Leur refuser tout secours c'était se trahir. Ne voulant pas les renvoyer mécontents, il leur fit dire par un de ses ministres que l'embarras de ses affaires ne lui permettait pas de les seconder aussi efQcacement qu'il l'aurait désiré , mais qu'il leur enverrait un escadron avec sa bannière royale. Étonnés, indignés, les députés se consultèrent entre eux pour savoir s'ils ne refuseraient pas avec mépris cette offre injurieuse d'un monarque ingrat; mais Cberti les engagea à ne point suivre leur premier mouvement et à accepter la bannière de Mainfroy qui suffirait pour le compromettre. Quant au nombre
IIM9] DE NAPLES. — LIVRE lU. 334
de ses troupes, dût-il n'accorder que dix hommes, on saurait les conduire en lieu tel que leur maître, pour peu qu'il eût quelque soin de son honneur , serait bien forcé d'envoyer une armée entière à leur aide. Étant donc convenus d'accepter, faute de mieux, l'oiïre mesquine du roi de Sicile, les députés de Sienne retournèrent vers lui avec un visage riant et remercièrent très-humblement Son Excellence^ de sa générosité. Accompagnés d'une troupe de deux cents cavaliers allemands, ils s'en retournèrent à Sienne. Ils y rentrèrent poursuivis des risées du peuple siennois et des reproches des bannis florentins, stupéfaits de voir revenir Farinata avec un secours aussi médiocre.
Cependant, les guelfes de Florence déclarèrent la guerre à la république de Sienne. Farinata avait promis d'engager Mainfroy plus loin qu'il ne l'avait voulu, et tint parole. Lorsque l'armée florentine se fut approchée de Sienne, on fit bien boire et bien manger les deux cents Allemands de Mainfroy et , ainsi gorgés de vin et de viandes , on les lança, par l'avis de Farinata, contre les guelfes
' En général on donnait souvent aux rois, dans le moyen âge, et plus anciennement encore, le titre d'Excellence.
florentins, qui ne s'attendaient pas à cette attaque. Les Allemands , entrés dans le camp ennemi par surprise, y firent un affreux carnage. Les Florentins s'enfuirent devant eux, parce qu'ils les croyaient l'avant-garde d'une grande armée; mais lorsqu'ils se furent aperçus que cette petite troupe n'était accompagnée de personne, ils se rallièrent, se retournèrent contre les cavaliers de Mainfroy, les taillèrent en pièces et traînèrent dans la boue l'étendard de Sicile. La perspicacité de Farinata fut alors justifiée. Les Siennois se hâtèrent d'envoyer à Mainfroy la nouvelle de son affront. La vengeance ne pouvait pas se faire attendre. Tout l'ordonnait : la politique aussi bien que l'honneur; il y allait désormais de la réputation du roi, et, par conséquent, de sa sûreté; s'il négligeait une première injure, plus tard il en aurait trop à punir. Il envoya aussitôt à Sienne huit cents cavaliers allemands commandés par l'un de ses oncles, Giordano Lancia, guerrier renommé en Italie. Giordano fut reçu avec transport par les Siennois et par les émigrés florentins. Us se servirent des étrangers avec d'autant plus d'empressement que ces cavaliers n'étaient payés que pour
trois mois, et que , passé ce terme, ou ue pouvait plus compter sur eux. II fallait, dans cet intervalle, attirer les Florentins en rase campagne. De prétendus transfuges, envoyés par le rusé Farinata leur persuadèrent qu'une des portes principales de Sienne leur serait livrée. Crédules et sûrs de la victoire, les habitants de Florence, malgré les conseils de quelques hommes prudents , se précipitèrent en tumulte sur la route de Sienne. Toutes les corporations, tous les Arts^f sortirent avec leurs enseignes particulières. II n y eut pas de maison qui ne fournît au moins un soldat à cheval ou un fantassin. Arrivée sur la colline de Monte Aperti , cette multitude s'arrêta, attendant que la porte promise lui fût livrée. Voilà, en effet, que la porte s'ouvre, mais au lieu de transfuges, elle vomit huit cents cavaliers allemands suivis de toute la cavalerie urbaine de Sienne et de tous les bannis. Le désordre se met aussitôt parmi les assaillants, la trahison y pénètre à son tour; un des chefs essaye de rallier sa troupe autour de son drapeau, un traître se glisse derrière lui et lui
* Oq nommait ainsi à Florence les jurandes et maîtrises : l'art de la soie, Tart de la laine, etc.
coupe la main. Cavaliers et piétons se dispersent ou tombent au pouvoir de l'ennemi. Le carroccio des Florentins et la cloche Martinella^ longtemps disputés ; vaillamment attaqués et défendus , sont pris et promenés sur l'âne d'une vivandière. Les gibelins triomphent, ils rentrent dans leur ville, en chassent les guelfes, et Mainfroy est proclamé protecteur de Florence *.
Telle fut cette bataille de Monte Aperti, non-seulement importante, mais immortelle, puisque Dante en a parlé et nous a montré YArbia teinte en rouge. Tant que l'instinct brutal de la vie exclusivement matérielle n'aura pas étouffé l'amour de la poésie, on verra toujours Farinata se levant tout à coup hors de sa tombe, droit de la tête à la ceinture, sans contorsions, sans larmes, supérieur à son supplice , trop occupé de sa patrie pour songer à son lit de flammes, le front haut enfin, et le re^ gard superbe, comme s'il tenait Tenfer à mépris*. Jamais, non jamais un homme ne fut honoré à ce point; et Dante devait célébrer ainsi ce magna-
^ Dominico Àldobrandini, Chronique siennom, traduite par M. de Dino. Paris , Gunner, 4846.
* Voy. l'épigraphe en tête du livre III.
nime Dberti. Si Florence vit encore, c'est à Farinata qu'elle le doit. Lorsqu'après la bataille de TÂrbia, Giordano d'Anglano, général de Mainfroy, les Siennois et les bannis décidèrent sa destruction totale, Farinata s'y opposa seul, et seul il força au silence tous ceux qui avaient ouvert l'avis de jeter dehors, comme un cadavre, l'inconstante mais noble Florence.
Mainfroy, devenu l'arbitre de l'Italie, appliqua toutes les ressources de son intelligence à l'organisation du parti gibelin. Cette bannière n'était peutêtre pas celle qu'il aurait préférée, le choix ne lui était pas permis, et du moins il voulut user de la manière la plus utile et la plus sûre d'une politique rejetée par son penchant, commandée par sa situation. Il alla mémeau delà des besoins de sa cause en persécutant cruellement les guelfes et en les chassant de toutes les villes. Pour réunir les forces du parti gibelin, il fit à Lucera, dès l'année précédente (1 259), un acte qui mettait sous sa protection la république de Sienne. Elle né s'était engagée d'abord qu'à condition de ne point déroger à sa fidélité envers l'Église romaine; mais les succès de Mainfroy donnèrent ensuite plus de confiance à
ses partisans. Sienne et Florence signèrent une taglia ou traité réciproque. Le roi, en vertu de ce traité, céda la ville de Montepulciano à la république siennoise dont Tappui lui était si nécessaire. La taglia ne fut que le préliminaire d'une ligue générale des gibelins en Toscane. Ami de Venise et de Gênes, républiques rivales avec lesquelles il avait signé des traités*, Mainfroy tenait Tltalie dans sa main sans crainte de l'Allemagne, grâce à l'enfance de Conradin et à l'élection illusoire de deux étrangers au trône impérial. 11 n'avait même plus rien à craindre du pape, qui avait échoué dans ses efforts pour lui opposer un compétiteur. Alexandre IV, comme son prédécesseur, s'était tourne du côté de l'Angleterre; mais à Toffre d'un trône, il avait joint la demande d'un tribut; et, de ce conflit, résultait l'impossibilité de s'entendre. Henri III brûlait du désir de voir son iils Edmond sur le trône de Sicile. Malheureusement pour lui, le parlement refusait toute espèce de subside. Dépourvu des armes matérielles, le pape avait eu recours à des moyens d'une autre nature. On essaya de suppléer au défaut
* Nous avons Uré des archives de Sienne ces traités in extenso. Voy. appendice B.
[4860] DE NAPLES. — LIVRE lU. 337
d'argent et de troupes par une intervention miraculeuse. Vîterbe en fut le théâtre; ville cruellement persécutée par les gibelins, mais toujours fidèle au saint-siége; Tasile le plus sûr, le plus constant de la papauté. A Viterbe, dans les dernières années du règne de Frédéric II, vivait une jeune fille, un enfant, qui, à Tâge de dix ans, revêtue de Thabit du tiers ordre de Saint-François, parcourait naguère les rues, les places publiques, s'élevant contre les impériaux et appelant la colère céleste sur des vices et sur des crimes dont assurément une inspiration particulière pouvait seule lui donner l'idée. Elle se nommait Rose. Le bruit de sa sainteté s'était répandu au loin. Par une de ces faiblesses ou de ces tristes nécessités que l'irritation conseille à un pouvoir menacé, l'empereur Frédéric avait banni la jeune fille avec toute sa famille. C'était la désigner d'avance à la canonisation. Il y avait peu d'années qu'elle était morte, à l'âge de douze ans, lorsque les habitants de Viterbe virent un jour le pape Alexandre IV s'avancer processionnellement, suivi du sacré collège, vers le couvent de Santa Maria in Poggio, où Rose reposait ensevelie. Averti
^par une vision, trois fois répétée, le pape fit ou- I 22
vrir le tombeau et transporter le corps, en grande pompe, à l'église qui s'honore aujourd'hui des reliques et du nom de la sainte. Selon quelques écrivains ascétiques, elle fut canonisée de son vivant par le pape Innocent IV *. Le fait n'est pas vraisemblable; mais les informations si multipliées que l'Église apporte aux canonisations n'étaient pas encore soumises à des formalités très-sévères. Quoi qu'il en soit, un culte public fut rendu spontanément à Rose do Viterbe. Ce n'était pas une sainteté traditionnelle, une mémoire des anciens jours; les concitoyens de Rose l'avaient vue naître, parmi eux, et partir pour l'exil avec ses parents. D'autres cités avaient entendu sa voix enfantine et recueilli sa parole prophétique. A Suriano, devant le peuple assemblé, elle s'était arrêtée au milieu de son discours, puis avec un sourire elle s'était écriée : « Fidèles, réjouissez-vous, l'ennemi de Dieu n'est plus, vous le saurez dans peu de jours. » En effet, à l'heure même où la jeune viei^e parlait au peuple, bien loin de là, à Fiofentino, Tempereur Frédéric rendait le dernier
' FeKciano Bussî , Ittoria di Viterbo, parte prima i lib. m, p. Uf •
soupir*. Cette canonisation était un triomphe pour le parti guelfe. Les gibelins n'avaient rien de semblable à y opposer. Que pouvaient, en effet, des théories érudites sur les droits de Tempire, un pyrrhonisme confus, une philosophie douteuse et peu assurée d'elle-même; que pouvaient tous ces froids moyens contre l'intervention visible et saisissante de la sainteté, du sacrifice, du dévouement dans une jeune fille qui, élevée au milieu des oiseaux et des fleurs, lançait la foudre sur la tête des tyrans? Ce fut là une machine puissante dirigée contre Mainfroy, mais elle n'eut pas d'effet immédiat. Le roi de Sicile était trop avancé dans la croissance de sa fortune. Il se passa alors une chose étrange. Le pape négocia à la fois avec tous les partis et contre tous les partis. H se rapprocha de Mainfroyj mais pendant qu'il traitait avec lui , il proposait la couronne à Edmond d'Angleterre , et la promettait en même temps àConradin. Â l'instigation de la cour de Rome, les guelfes de Florence et de Lucques envoyèrent en Allemagne au jeune duc de Souabe deux illustres citoyens toscans, messer BuonaccorsoBillincioni degli
' Corretini , Vita di sania Rosa di Viterbo,
340 HISTOIRE DE LA CONQUÊTE [iîM]
Adimari et messer Simone Donati. Le désespoir des guelfes persécutés par Mainfroy, leur détresse après la bataille de Monte Aperti^ leur avaient dicté cette démarche qui, ne pouvant avoir aucun résultat pratique, n'aboutit qu'à une de ces démonstrations puériles dont, à défaut de succès réels, s'amusent et se consolent les partis déchus. Au retour des envoyés guelfes en Toscane , on promena de ville en ville, de château en château, un petit manteau fourré de vair qu'avait porté le prétendant*.
Tout en autorisant des négociations avec Conradin , le pape offrit au roi de Sicile de reconnaître son titre, à deux conditions : le rappel des bannis et le licenciement des Sarrasins. Mainfroy souscrivit sans difficulté à la première clause, quitte a la rendre illusoire par l'exécution. Le pape ne pouvait se dispenser de faire l'autre demande, mais elle était inacceptable par Mainfroy. Il n'y répondit qu'en
' a E tornati i detti ambasciadori délia Magna, per insegna earra c di Curradino, cioè délia venula sua, appresentarono in Lucca c uno mantellino foderatodi valo» del dello Curradino, il quale si « fedono donare, e fecesene in Lucca una grande festa per gli « guelfi : mostravasi in Santo Fridiano com'una santuria, ma non « sapeano il futuro, corne Curradino doveva essere loro inimico e « avversario. » Riccordano Malespini, Isioria florentine, c. cLxxn. Murât. Script, rer. ital., t. VIU , p. 995.
faisant Tenir de nouvelles bandes d'Arabes de Sicile et même d'Afrique.
Au milieu de ses prospérités ^ la Sicile lui donnait quelques inquiétudes. Les Allemands établis dans File cherchèrent à la troubler. Depuis la condamnation des Hohembourg^ ils étaient devenus les ennemis secrets de Mainfroy. Ce prince ; qui unissait parfois une singulière imprudence à beaucoup de ruse, avait envoyé à Trapani un de ses parents, Federigo Maletta, avec un escadron de troupes allemandes pour contenir les malveillants dans cette partie de l'île. Le chef de ces étrangers, nommé Gelb, était très-attaché à la mémoire du margrave Berthold; il assassina par trahison Federigo Maletta et se jeta dans le mont Érix, où il essaya de se défendre; mais Federigo Lancia Yj força et le punit. Dans le même temps, la Sicile fut témoin d'une tentative plus dangereuse. Un mendiant nommé Giovanni da Cochleria% qui avait une ressemblance frappante avec Frédéric II , conçut l'idée de se donner pour l'empereur. Amis du merveilleux et toujours ennemis du gouverne-
* SabaMatospioa, lib.II, cap. vu, p. 806.
3i2 HISTOIRE DE LA CONQtÊTE L<Î60]
ment présent, les Siciliens acceptèrent avidement cette imposture. Des circonstances romanesques achevèrent de l'accréditer. Au lieu de parcourir les capipagjies et les villes, le faux empereur s'enfonça daqs cette partie de l'Etna, dans cette zone nommée la regione ncmorosa, qui entoure la montagne d'une épaisse et verte ceinture. Le mendiant choisit une grotte pour demeure. Instruit sans doute par quelques fourbes habiles, il prit sans trop d'invraisemblance l'attitude et le langage d'un prince persécuté et méconnu. Mainfroy, comme tous les conquérants de cette époque, avait .fondé ses largesses sur des confiscations. Conduits par les neveux et les frères de Ruffo le Calabrais assassiné à Terracine, tous ceux que le roi avait dépouillés s'empressèrent de rendre hommage à l'imposteur; ils coururent à sa caverne comme à un sanctuaire, proclamèrent le fourbe véritable César, le firent descendre de sa montagne, le revêtirent du costume impérial et le montrèrent de ville en ville jusqu'à Castrogiovanni, l'ancienne Enna. Cette imprudence fut leur perte. Défendus par les rochers inexpugnables de l'Etna, ils auraient pu s'y défendre; mais dans Castrogiovanni, point central, que les anciens
appelaient lombilio da la Sicile, investi par les troupes 4e Maiofroy, gous le commandement de Riecardo Filangieri, le prétendu Frédéric fut pris et pendu I comme Tavait été en Flandre le faux Baudouin, autre empereur de fantaisie. Cepen» dant on ne livra Giovanni da Cooleria qu'aprèf un combat opiniâtre, tant la foule de ses partisans s'était grossie. Mainfroy se crut obligé de venir lui-même en Sicile pour pacifier ces troubles) sa présence les apaisa. A Païenne il fut accueilli avec transport par le peuple et par Taristocratiei qui lui rendit hommage dans la personne d'Enrico d'Albe^ Ce noble et vieux chevalier, possesseur des plus riches troupeaux du Val de Mazzara, vint oCGrir au roi, en signe de dévouement et de fidélité, cent mules de ses haras, dont chacune était montée par un esclave noir.
Libre de préoccupations pénibles, Mainfroy ne songea plus qu'à satisfaire son goût pour les entre-
' « Âpud Panormam vero multa régi et varia donaria praBsen- « tantur. Sed in uno eiiinio potiasime homiaum adiplrab^ptur olh a tutus ; Henricus enim de Albe, vir dives agri et auri , ac abundans « pecoribus in viila Mazari» , centum mulos singulos aingulis insi- « dentibus centum sclavis in suae naturalis nigredinis deformitate a formosis, régi Manfredo pro devotionis et fidelilatis pignore prae- <c Molavit. « Sab. Malssp., loc. cit.
3i4 HISTOIRE DE LA œNQDËTE [4260]
prises. Déjà il avait fait construire un môle à Saleme et en avait confié la direction à Jean de Pro* cida*. Il voulut faire plus encore et fonder un monument digne des Romains. Le port de Siponto, sur r Adriatique y était depuis longtemps encombré par la vase. Mainfroy résolut de Tabandonner et de créer, au pied du mont Gargan , un nouveau port auquel il attacha son nom, et qui subsiste encore: c'est Manfredonia. Le roi en posa la première pierre, en présence d'astrologues qu'il avait fait venir exprès de Sicile et de Lombardie.
Après avoir consolidé son pouvoir, il ne lui restait plus qu'à le perpétuer dans sa race. Sa postérité était devenue nombreuse : à ses deux filles nées de son premier mariage, Hélène Comnène avait ajouté trois fils. Mainfroy méditait une alliance brillante pour Constance, l'aînée de ses filles, qui en était digne. 11 réussit. Don Jaime, roi d* Aragon, un des plus glorieux princes de la chrétienté, vieilli sous le harnais, vainqueur des Mores, et nommf de son vivant Jacques le Conquérant, souhait d'unir la princesse Constance à son fils don Pedn
* Ce fait eât altedté par une inscription qu'on oooservt à Saler
[4iSI] DE NAPLES. ^ LIVRE IIL 345
et de réconcilier en même temps Mainfroy avec le pape. Fray Ramon de Pefiafort; chargé de cette double mission, se rendit de la part du roi d'Aragon y à Viterbe, auprès du souverain pontife. Alexandre IV n'existait plus. Un Français, Jacques 25 mai. Pantaléon, patriarche de Jérusalem, était monté sur la chaire apostolique et avait pris le nom d'Urbain IV. 39 aoôt. Sublime égalité, sainte démocratie de TÉglise romaine ! A l'héritier des Fiesque comtes de Lavagna, au descendant des comtes de Signia; à l'un des quatre premiers patriciens de Gènes, à l'un des quatre premiers barons de Rome, succédait sans difficulté, sans opposition, sanssurprise, un homme sorti des derniers rangs du peuple, le fils d'un savetier de Troyes.
Ce fut à lui que s'adressa le roi d'Aragon pour réconcilier le roi de' Sicile avec Rome. Mais à la place d'un vieillard fatigué d'une lutte longue et infructueuse il trouva un autre vieillard plein de vigueur et de feu. Dès qu'Urbain eut reçu le message du roi d'Aragon, il interposa l'autorité du saint-siége pour détourner ce prince de tout projet de mariage entre son fils et la fille de Mainfroy. Loin de se rendre aux instances de don Jaime qui lui représentait
346 HlSraWK m la œNUUÈTK [IS«4]
la douleur profonde que causait au roi de Sicile la rigueur du saint-père ^ et son désir ardent de recouvrer les grâces de TÉgiise^ Urbain IV ne voulut y voir qu'une nouvelle preuve de Thypocrisie de Tancien prince de Tarente '^ car c*est à peine s'il lui accordait ce titre dont il le déclarait déchu ^ comme de tout le reste.
Urbain IV, par un bref solennel , s'exprima dans les termes les plus affectueux pour don Jaime. Étonné que le roi d'Aragon ait eu la simplicité de croire à des démonstrations si peu sincères , le pape lui exposait, sans aucun ménagement, les crimes qu'il reprochait à l'usurpateur de la cou-* ronne sicilienne. 11 le montrait méprisant Dieu avec le cœur d'un impie et trompant les hommes avec le front d'un courtisan. Il ne lui imputait ni la mort de Frédéric ni celle de Conrad, mais il l'accusait d'ingratitude envers Innocent IV, son bienfaiteur; de là, passant au meurtre de Borello et au reproche d'avoir trahi Gonradin ', le saint^père rappelait le malheur, l'abandon et même les droits
* « Prineipî quondam tarentino. »
* « Ad occupationem pnedicU regbi maDus exlendena, illud sub « aimulata nepotis seu nati memorati Conradi proteclioDe tutoria, « pNMumpsil occupalum aliqiiandiu dt listre : ao tandem idem in*
de cet enfant; il faisait un crime à Mainfroy de les avoir méconnus. Étrange grief dans sa bouche I car» si Torphelin avait jamais été persécuté, c'était assurément par la cour de Rome. Elle n'avait qu'à dire un mot; tombé de la chaire de Saint^Pierre , ce mot rendait à Conradin toutes les couronnes de ses ancêtres; uni au pape, le prétendant triomphait de tous ses adversaires, et Mainfroy lui-même avait peine à se tenir sur un trône ébranlé. Conradin n'avait d'ennemi véritable que le pape, et c'est lui qui le plaignait ! Voilà les partis ! ils vont toujours au plus pressé et prennent leurs armes n'importe dans quel arsenal. Tout était bon pour détruire Mainfroy; il fallait lui opposer jusqu'à Conradin lui-même. Urbain IV terminait par des injonctions sévères au roi d'Aragon ; il l'avertissait de songer à ce qu'il devait à la religion, à la pureté de sa
c quietatîs filius , ejusdem nepotis morte conficta , regnum ipsum « tanquam hercditatem propriam occupavit; et nalivitatis sus « primordiaB non altendens, non erubuit , sed prœsumpsit in rcgalis < dignilatisopprobrium, etcunctorum fulgentium hujusmodi clari- « late, quam ipse sua contagione commaculat, regiuni in eo noraan « assumere per se ipsum , tant»} proditionis notam in suum nepotem, a cujusse tulorem asserebatct bajulum , non abhorrens, nec ostena lationem suœ confusionis aspiriens : quum obveniens improbis « dignitas non dignus efTiciat, sed prodat potius cl prœdicct indi- « gnos. jo Urb. IV ad regcm Aragoois. Raynaidi,, tt XXU , p. S7,
348 raSTOIRE DE LA œNQUÊTE f<26q
race , qui serait souillée par le mélange d*un sang adultère. Le pape pouvait croire qu'un blâme aussi formel ferait reculer un prince tel que don Jaime, qui avait beaucoup à expier envers TÉglise, dans sa propre personne, par le scandale de ses mœurs, par ses nombreux mariages et ses fréquents divorces, et plus encore dans la mémoire de son père qui, auxiliaire de la secte abhorrée des Albigeois, avait péri dans leurs rangs les armes à la main. Mais ces traditions de famille affermissaient plutôt le roi d'Aragon dans sa résistance. Malgré les menaces Su pape cachées sous la forme d'un conseil, don Jaime passa outre. Ce mariage semblait avantageux à sa maison. Des chances éloignées par l'ordre de la nature, mais vraisemblables par le jeu des révolutions si fréquentes dans ces contrées , chances qui se réalisèrent en effet, pouvaient amener, dans l'avenir, la réunion de laSicile à la couronne d'Aragon. D'ailleurs,le Conquérant se voyait toujours plongédansdes embarras d'argent, et la dot de Constance était considérable. Mainfroy était le prince le plus magnifique et passait pour le souverain le plus riche de l'Europe*.
' Çurita, Hisioria de la corona de Aragon, lib. III, p. 474; Çaragoça, Donner, 4569.>— Ramon Montaner. Chron, eaUUan., c. xxxii.
Cette alliance, qui mettait le sceau à sa gloire, était d'autant plus brillante que, conclue malgré la cour de Rome, elle le rapprochait de la maison de France. Isabelle d'Aragon, sœur de don Pedro son gendre, épousa bientôt Philippe, fils de Louis IX, et héritier du royaume. Un si haut parentage, celui de France et d'Aragon, établissait enfin le prince de Tarente dans le collège des rois; mais, par une conséquence ordinaire de ces bonheurs inespérés, en flattant l'orgueil du bâtard, un si grand succès lui fit oublier la prudence. Au lieu de se borner désormais à se défendre contre l'inimitié du saint-siége, il l'attaqua avec une audace inconsidérée. Libre de toute crainte, et conmie enivré de sa destinée, il lança ses Sarrasins jusque dans la campagne de Rome. Du haut des tours de Civita Vecchia, où le pape résidait alors, Urbain IV pouvait voir courir, pouvait entendre hurler leurs hordes sauvages. Mais ce que le pape devait pardonner moins encore que les incursions de ces barbares, ce qui lui semblait mille fois plus odieux et plus dangereux que des insultes passagères, c'est la théorie ouvei*tement professée par le roi de Sicile. Dans une lettre au peuple et au sénat romain, Mainfroy établit en principe, que les papes
n'ont pas le droit de disposer du diadème impérial; que ce droit appartient légitimement au sénat et à la commune de Rome. « Il est temps, ajoutait-il, de mettre un terme à cette usurpation*. » De telles maximes hautement proclamées l'emportaient sur tous les outrages et rendaient le pape irréconciliable. Urbain IV n'hésita plus. Il renouvela les excommunications déjà fulminées par ses prédécesseurs, prêcha à Civita Vecchia la croisade contre le roi de Sicile; puis, dédaignant de chercher en Angleterre un appui inutile, sans égard pour les droits d'Edmond, que faute de l'approbation du parlement, ni son père ni lui ne pouvaient faire valoir; convaincu, dans sa conscience, que l'Église avait
' a Manfredus iste in quadam sua epistola , quam scripsit senaa tui populoque romano, probare iiilitur, quod romana Ecclesia «r non liabet se intromiltere ad coronandum, scu dandum cuiquam « imperii diadema ; sed tamen Urbs romana maxima mundi caput a hoc tantum habet conferre auctoritate sui senatus, proconsulum, « et communis. Epistolœ autem ténor sic incipit : — a Harmonia « cœlestis imperii sus cunctipotentiae solio singula concessit pap». « dispensationis arbitrio, etc. » Et infra. a Cessent itaque, cessent a romanaB prœlati Ecclesiae falcem eorum mitterc in segetem alie> « nam. Quoniam non est eorum agere, quod dictum Cœsari repe- « ritur : Ecce do Ubi meunoi imperium et gladii potestatem, quum et « alibi scriptum sit : Quœ Dei sunt Deo, qus autem sunt Cœsaris, « reddantur Gaesari. » F. Francisci Pippini Chron, lib. III, cap. vu, BfiÊd Moral. Seript, ter. ikU., t. IX, p. 680.
besoin d'un bras vaillant, d'un dévouement reconnu, d'une renommée éclatante, il ne songea plus qu'à faire un appel au seul prince qui , dans toute la chrétienté, était fait pour le recevoir et . pour y répondre. 11 appela Charles d'Anjou.
FIN DU LnrRB m KT DU TOME PREMIER.
TlAlTi BITEB ALPHONSE X, AOI DE CA8TILLB, nPBMRTB ihV , ET LA OOmiUlfB DE PlU.
(Archives de Florence, dites delU Riformagioni , daase XI. — > Dbtinzione 111. CarUpecore , n* 22. )
In nomine Patris et Filij et Spiritus Sancti. Amen. Hec* Bunt pacta et promissiones et obligationes facta inter excellentissimum dominum Aironsum, Dei gratia in Romanorum regem et in imperatorem electum, et regem Castelie, Toleti, iegionis Gallechie, Sibiiie, Cordube, Murscie et Giene, pro se et suo proprio etprivato nomine, ex una parte; et dominum Bandinum Lanciam, fiiium quondam domini Guidonis Lancée de Casaiei de Pisis, missaticum, ambaxiatorem, sindicum et procuratorem pisani comunis , aindicatus nomine pro ipso comuni , ex altéra parle, videlicet : quod dictas dominus rex comune Pisarum et civitatem pisanam ejusque comitatum et districtum, civitates, castra, villas et loca et insulas et omnia jura eius et honores et dignitates et tolum et quicquid habet et pos8idet,et in antea divina et dicti do-
• On a consenré dans r impression des pièces l'orthographe, souvent dé» feclneuse, des manuscrits originsui.
mini régis gratia acquisiverit, in sua tulela et societate et custodia et amicitia et proteclione et defensione recipiet et ca defendct et custodiet et salvabil loto suo posse contra omnes dominos cuiuscumquc dignilalis vel ordinis sucrint, et contra omnes civitates et comunia et contra omnem personam et locum , et eos Tacere sanos et saivos in pcrsonis et rébus terra et mari et corum privilégia omnia contirmabit , et quod unum capitaneum de latere suo sibi carissimum, providum et exercitatumet sapienlem et diclo comuni utilem et loti Italie danle Domino, cum magna militum comiliva ad minus quingenlorum armatorum equis et armis suis expensis ac balistariorum comiliva suis expensis que lam sibi quam diclo siudico visa fueriut expedire Pisas mictel , et ex nunc diclo sindico concedil et ibidem morari facict pro defensione comunis predicli et sui districtus caslrarum , villarum et insulariim et pro sui domini régis predicli nominisexaltalioncacimperijacquisilione lant|is temporibus quantis diclo sindico et comuni Pisarum videbitur expedire, ita quod in kalendis maij proximis cum suo vexiiio Iriumphall ibidem eos esse faciet ad dicti sindici vo« lunlalem et ipsius comunis sine omni impedimento. Quod si impedimentumadesset, quod Deus advertat, hoc idem faciet et curabil cilius quam polerit cl maxime in lermiao ab ipso sindico pro comuni Pisarum vel ab ipso comuni prorogandoprout sibi viderit expedire , vel diclo comuni vîdebilur expedire vel indigere, et quod dictum capitaneum et eius consiliarios aliiyque officiales suos successive jurare faciet et promictere. Quod si oporluerit , et pacem vel treguam cum honore el statu comunis Pisarum, cum Luoensibus, Florenlinis et Januensibus et eorum fautoribus etauotoribus et complicibus facere non possent , facient vivam guerram cum dictis mililibuset balistariis et toto suo posse, et dicliM dominas rex fieri facere vivam guerram uiia cum comuni Pisarum prediclis adversflrii« pisani <Mniiiltiis et eoé
AFPENMGB. ail
de loto tuo poMe ai dominio eibaoniri Taciet, exccptia bip qdi domiciliuin habeoi in terra auai vol iunt de sua famiiia« Tel ad manenduin cum eo et in ^cnritîo suo accedereot : et eot pro exhannitia habebit totiena quoiiena opua csseli et dooec ipaum eomuoe ia paee aeioper poauerii et in pacifico atata pertnanaerii» et eoadero adveraarios ad fidelitatem vel amiciiiam auam dioii dpinini régis revocaveril cum omni bono atatu Piaanorum in qua pace vel tregua vel amicitiacum fuerit; tam priaionea quaoi obaidea» quod bine iode vel ex aliqua parle esaent , diclua dominus rex libère iaoiat relaxari, et si per cumpromisaum, vel per judiciuœ, v^ per coœposiiianeai, parlea predicte in manus dicti doniini regia vel aui vicarij vel nuntij devenerint, castra et omnia que eomune Piaarum nunc possidet^ «idem comuni ad bonorem et aervitium dioii domini régis aalvabit , in quantum deouerii dictum regem et comuue Pisarum in boc bonorifice auaiinebii* Ei si dicius dominua rex regnum Sicilie babue* rii ipae vel suus filius aui alia persona pro aliquo eorum, ibideiD Pisanoa iractabii ei tractari faciet libère in personis etmercibua) aine aliquo diviciu, et cum eorum consulibua ab eiadem Piaania eligendis, et cum omni sua jurisdilione iater ae ipsos et de se ipsi» et cum fundacis et apotecia eiadem ab ipso domino rege ibidem concedendis etiam cum eonfirmaiione eorum que in priyilegiis Pisanorum contineotur ei tanto plus quanio de dicti domini régis largiDua procesaerit voluutaie. Et hoc idem exnunoracitydatetconcedit de sua clementiaet ad augmentandam puritatem fidei Pisanorum in regnis suis que nunc babet et in terris ei regnia que in aoiea, Domino dante, acquisiverii| ei unum privile^i um bullatum aua buila aurea eidem aindico pro ipso comuni et ipai comuni ad sui requisitionem liberaliter concedet. Et si ooDiigerii eum conquestam focere in Garbo val Africa vel alibi cum adiutorio Pisanorum quam dominua providerii^ ibidem Piaanis similem concessionem faciet et privilegium
concedet el partem conquestc inde comuni pisano dabit quam suam decuerit maiestatem. Et quod operam dabit, cum effectu quam poterit , quod sacra romana curia ecclesiastica et ipse dominus papa Pisanis remictat et gratiam et benedilionein suam eisdem concédât et in peclora ab inimicis et aversariis revocet ; et si aliquis alius qui diceret se electum in regcm vei in imperatorem Romanorum, vel esset usurpatorvel intrusus, velletgravarePisanos decomitatu et civitatibus et castris et villis et insulis y vel de aiiquo predictorum seu de aliquo alio quod pertineat ad Pisanos , vel calumpniare vel molestare vel guerram facere pro eo quod ipsi Pisani eidem domino régi adhesere , vel ez aiia aliqua causa , vel pro eo quod eumdem pro imperatore habere voluerit vel tenuerit , eosdem Pisanos dictus dominus rex defendet toto posse et defendi faciet terre per se et suos filios et heredes in perpetuum. Hoc idem faciet tam contra reges et dominos , civitates et loca , quam contra omnes alios , faciendo inde vivam guerram si oportuerit et non faciendo inde pacem usque Pisanis et usque ad condignam satisfationem , et hoc idem faciet contra reges et dominos saracenos. Et quod idem dominus reiL promiotit ampliare comitatum pisanum et honores et jura eiua prius quam Deus ei Tusciam subjugaverit universam et pervenirit ad imperialem coronam. Et quod idem dominus rex amicos pisani comunis pro amicis habebit et inimicos pro inimicis et eos diffidabit in personis et avère, nisi in omni vellent satisfacere et emendam facere in manu eius vel vicariis eius vel nuntiis et recipere ab eisdem justitie complementum. Et de cetero operam dabit quod de regnia Francie, Anglie, Navarre, Portugalie et Granate, et de aliis regnis amicorum suorum dicti inimici pisani comonis eiiciantur. Et quod faciet et curabit ita citius quam poterit quod ad honorem sui dicti domini régis Maasilicnsea et comuneMassilie uniatur Pisanis et comuni pisano per cartam
societatit de invicem se juvando contra omnes qui amici dîcti domini régis non essent, et Pisani seu Massilienses gaerram facerent et similem societatem fieri faciet cum Pi« sanis ab bomÎDibus Tuscie et Janue qui ad amicitiam vel fidelitatem dicti domini régis pervenerint. Que omnia et singula dictus dominus rex dicto sindico pro comuni pi* sano recipienti sic facere et fieri Tacere et adimplerc et observare promictit, obiigando se et suos beredes et bona. Et sic ad sancta Dei Evangeiia dominus Suerius Petrus, Dei gratiaepiscopus zamorensis et dicti domini régis noncius, in anima dicti domini régis sua presentia et mandato corporaiiter juravit. Et de predictis omnibus dictus dominus rex iam dictum sindicum pro comuni pisano pcr ensem quam in manu tenebat investivit. Et dictus dominus Bandinus sindicus , sindicatus nomine , pro dicto comune et ipsum comuue juvabit dictum dominum regem pcr comunem guerram publicam faciendo, et faciendo excrcilum per comune ad voluntatem et requisitionem dicli domini régis Tel eius vicarij seu capitanei sui contra civitates et castra finitima districtui pisano una cum dicto domino rege vel vicario suo manu potenti eunti et consilio pisano vel eis requisitis etiam si comune Florentie venerit iuvare finitima castra predicta in aliis vero partibus juvabit ut alij deimperio. Et comune pisanum, sicut commodius poterit et utilius, miclet nuntios et licteras et ambaxiatores ut nuntiis domini régis videbitur; publiée vel privatim et operam et studium dabit quod castra domanij imperij occupata a florcntina et lucensi et ab aliis civilatibus redeant ad mandata dicti domini régis, et comuni pisano debeant coUigari. Idem faciet ad SenaSy Pistorium, Avitium et ad alias civitates et castra pertinentia ad imperium in quibus poterit perficere ad voluntatem nunciorum dicti domini régis, et idem faciet ad gbibe*linos de Florentia et de aliis partibus. Et dabit operam quod vicarius dicti domini régis banc intègre et pacifiée
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reddftus et proventus et jura et castcllaniAS et honores in castris prcdictis et in aliis castris et villis et terris et civitatibus de Tuscia ad imperium pertinentia. Et comune pisanum non eliget potestatem vel capitaneum populi nisi de amiciscomuni pisanietdictidominiregis^et nondeinimicis. Et quod potestascivitaiis Pisarum etcapitaneus populi in sacramentosuiregiminisannuatim jurent servare omnia pacta habita cum domino rege Castelle et populi pisani in sacra* mento populi illud idem jurent et hoc ponantur in oonstituto et in brevi potestalis et in brevi omnium officialium in perpetuum. Et quod in brevi consul um ordinis maioris dictum comune micti faciet et ab eis iurari quod unaqueeque navis et galea pisana portahit una cum vexillo pisano vexillum de amicis suprascricti domini rr'gis. Et quod operam etstudium dabit comune pisanum quod omnes amici pîsani comunis reniant ad fldelitatem suprascricti domini régis Homanorum imperatoris. Et quod comune pisanum omnes amicos dicti domini régis pro amicis habebit et tenebit et inimicos pro inimiciset eos difldabit in personis et avère non obstantibus paclis prehabitis cum aliquo. Et quod dictus dominus rex possit cum suis vassallis et fidelibu3 et avère facere guerram et pacem de terris , casiris et insulis pisanis contra omnem personam etiocum tam Saracenos quam Gristianos. Et quod illas deccm galeasquas per quadraginta dies in exercitu generali imperatori dare dictum comune tenetur dabit dicto domino régi usque ad quatuor menses per totam Italiam et per totam Africam tempore pads dicti comunis cum flnitimis ante dictis supradicti comunis expensis. Et quod alia lignia et naves et galeas concedet dicto domino régi dictum comune supradicti domini régis expensis. Et idem faciet de dictis decem galeis apredicto termino quatuor mensium ultra. Et quod ex nunc dictus sindicus concedit pro suprascricto comuni eidem domino régi cpiod liceat ei concedere privilégia et grattas omnibus venientibua ad fldelitatem siiam et ad ami-
citian Piflirum ad suam volunlatem, salvo jure coniunisPiaamiii et noQ prejudieaiido ei in aliquo. Et ista omnia qw noa dominas AironsuSy rex electua in regera Romanorum et ia imperatorem promictimus focere et servare per iatud instiu-^ mentom comuni Pisarum, promictimus eidem comuni omni tempore modo et fliij nostri nobis in hoc honore succedentiaita quod heredes et successores aiij ad hec non obligeuiur propter istud inslnimentum nec propter istas promissionea, et hec protestamus in isto instrumento ne ab aliis heredibus et auccessoribus nostris posait ratione islius inslrumenti nec alieuius predictorum comuni Pisarum conveniri peti vel exigi. Et ego, predictus Bandinus, sindicus, sindicatus nomiue, pro comuni Pisarum, promiclo facere vobis domino Âlfonso predicto , omnia et singula predicla , tam tempore Teslro et illustris filij vestri vobis in hoc honore succedentis, ita tamen quod propter istud instrumenlum nec propter iataa promisaiones non obligetur aliquibus aliis succeasoribus vestris comune Pisarum et idem protestatio in isto instrumento ne comuni Pisarum propter ista possit in postemm aliquid prejudicium generari. Et ad veritalis mcmoriam inantea conservandam, prefatus domiuus rex et dictus sindicus me Macteum, notariiim, filimn quondam Salvij de civitate Pisarum, deprefatis omnibus ut supcrius scripta sunt cartam et cartas publicas unam et plures semai et pluries scribere etfirmare et in publicam scripturam redigere, rogavere. Acta sunt hec omnia in villa de Soria de Yapania, regni Castelle, in palatio regali suprascripti domini régis , in presentiamei Mactej noiarij supradicti et in presentia dominoram fratris Stefani de ordine fratrum prodicatorum , archi* epîscopi terricani et fratris Laurentij de Portngalia de ordine fratrum minorum, penitentiarij domini pape et prosecutoris crucis negotij in tota Yspania, et Gartie Pétri archidiaconi , marrocchitarum testium ad hec specialiter electorum et tocatorum, dominice Incamationis anao milleaimo ducente-
simo quinquagesimo sesto secundum cunsum Pisarum j et quinquagesimo quinto secundum cursum Yspanie , indictione quarta décima, quinto decimo kalendas aprilis et in continenti eodem suprascripto die et loco et coram suprascripto domino rege et me Macteo notario suprascripto et etiam suprascriptis , dictus dominus Bandinus dixit et protestatus fuit se cruce signatum esse et crucem mostravit in birretto quod in capite deportabat. Ego Macteus Salvij quondam filius , domini Federici serenissimi Romanorum imperatoris notarius , predictis omnibus interfui et bec omnia rogata suprascripti domini régis et dicti sindici ad veritatis memoriam in antea conservandam scripsi et meo signo firmavi.
PlàCES EELATIVBS AUX RBLATIGlfS POLITIQUES DB MAirfPBOT AVEC SIENNE, FLOBENCE ET LES PBINCIPALES VILLES DB LA TOSCANE.
(Sienne, Àrchivio diplomatieo délie Riformagioni,)
Maggio 1259.
(Pergamene , n* 705. )
Manfridus Dei gratia rex Siciliè. Per presens privilegium notum facimns universis tam presentibus, quam futuris, quod Ildiprandino Hugonis de Paiatio cive senensi, pro parte Bulgari de Posterula Senensium potestatis Bonifacii de Gorrano capitanei et totiuspopuli , et comuni civitatis senensis Duper ad noetre majestatis presentiam veniente, et pro parte omnium predictorum a quibus auctoritatem babebat , et plenariam potestatem ut evidenter constitit per istrumentum autenticum sindicatus factum per manus Ingbirami Deoctavine notarii publici nostre celsitudini preaentatum
nobifl Bdelitatifl juramentum prestante. Nos felicium regum moredeTolionisab eisobiate taiiler non ingrati recordantes etiam antique fidei quam semper habuerumt ad divum Auguatum clare memorie dominum patrem noslmm , civitaptem aenenaein, et comitatum ipsiua personas, et alias res, et juradvitatis, et jurisdiclionis ejusdem, et personarum etiam mitatis et jurisdictionis ipsius sub securitate proteotione et defensione noslra recepimus speciaii , permittentes amodo civitatem predictam cum omnibus supradictis ma- QUtenere , defendere , et juvare contra quoslibet oSensores Qt sicut nos turrim sue fortitudinis elegerunt sic sub felicis dominii nostri tempore tranquilla pace quiescant, et suorum emulonim insultas muniti potenlie nostre clipeo non formident. Unde ad futuram memoriam et robur perpetuo valiturum presens privilegium inde per Matbeum de Agrigento notarium et fideiem nostrum scribi , et aurea bulla tipario nostre majestatis impresse jussimus communiri.
Datum Lucerie per manus Gualterii de Ocra , regnorum Jérusalem et Sicilie cancejlarii , anno dominice Incarnationis miilesimo ducentesimo quinquagesimo nono, mense madii indictionis secundo , régnante domino noslro Manfrido, Dei gralia illuslrissimo rege Sicilie , regni ejus anno primo féliciter. Amen.
17 maggto 1259.
(Perg., n*70C.)
In nomine Domini nostri Jesu Christi. Amen. Omnibus evidenter appareat quod in fidelitate , et iuramento fidelitatis, quam Ildibrandinus Ugonis de Palatio sindicus comunis Senarum pro ipso comuni fecit , ac prestitit domino Manfredo illustri régi Sicilie recipienti dictum comune sub sua protectione et defensione. Nominatim , et expresse de
consensu dotnini régis prerati excepit de ipsa fidelitate , et juramento, quod comune Sen. non leueaturconlra aacrosantam romanam Eccleaiam nec contra Ecolesielibertatem. Et simililer quod esaent aalvi , et integri omnes, et singuli contractus comunis Sen. et inniti, et facli aetenus cum eomuni Sen. a quibuacunique quocnmque modo. Nec teneaturTeuire, vel facere aliquo modo contra aliquam pacem ab ipso, vel pro ipso, et cum ipso eomuni fectam. Quaa exceptiones prefatus dominus rex plenius acceptans , mandavit michi Orlando notario publicare. Actum in regno Apulie, apud Noceram, in palatiomemorati régis, coram domino comité Manfredo Maletta de Mineo, camerario régis prefatî , domino comité Bartolomeo seneschalcho, domino Giuffredo de Chusenia, magistro Johannede Procida*, domino Francisco Simplice, et magistro Petro de la Prête. Présente etiam domino Ranerio Mathei indice ambasciatore dicti comunis, ego Orlandus, quondam Orlandini notarius, scripsi et publicavi.
Gennaio 126(^
(Perg.,iiMU).
In nomine Domini. Amen. Anno ejusdem millésime ducentesimo sessagesimo , indictione quarta, die tertio nonas januarii.
Appareat evidenter quod dominus Guericius de Aquis, vicarius domini comitis Jordani regii in Tuscia vicarii generalis senensis potestatis de consensu domini Ugonis monacis Sancti Galgani camerarii comunis senensis, et domini Cristhofori Tholomei , et Ranerii Pagliarensis , ex quattuor provisoribus ipsius comunis , et dominus Gherardus olim domini Pétri de Eghitiis de Ymola judex populi ,
* CTest te hmmx GtoTannl da Prodda des Vêpres SieiHennêi.
APPBNDICB. 368
et oomanis Senarum de consensu Foresi , Pieri , FabuK , canierarii dicti popnli , et Ugolini Beliotti Ugonis Guicciardi et AlevH Bernarduccii priorum vigenti quactuor et oontilio etiam, et pretentia generalis oonsilii Campane, etpopuli eivitatis Sen. congregati in eoclesia Sancti Crithofori coa*titiierunt Ugolinum Bartholomei aindicam ad oonfirmandum et râtiHcandum comuni Florentie aocietatem , que societas oentracta tùxi inter comune Florentie et comune Senenae per nobilem virum dominum Lutterengum, aindicurn oomunis Flor., et dominum Jacobum Paglîarensem et Buonaguidam Gregorii Boccaccii^jurisperitos, sindicos comunis senensis. Cujus sotietatis talis est ténor 2
In nomine Domini. Amen.
Anno ejnsdem millesimo ducentesimo seasagesimo, indii>i tione im, die septiroo kalendas deoembria, ad honorem Dei et béate Marie Virginia j et ad honorem et exaltatlo* nem domini rcgis Manfredi et domini comitia Jordani e]ui vicarii in Tusoia generalis , ego Lutterengus jurisperitaa, filius quondam domini Ubertini Pegoloeti , aindicoa oomu« nia Flor. ad infraacriptam aotietatem facendam ex uim parte, et nos Jacobns Palliarensis et Bonaguida Gregoii Boecaccii aindici comunis senensis ex alia parte, facir mus veram et firmam aotietatem et compagniam inter ea^ perpetuo duraturam , sub pactis et conventionibus infra« soriptiSy videlicet: Quod utrumque comune teneatur aalyare bonorem, et statum, et bona, et jura alterius ciyitatis, salyo quod de bis non teneatur comune Sen. captivis qui sunt in eiTitate Sen. de civitate Flor. vel districtu ; de bis qui relaxa^ rentur pro ghibellinis, et eesent gbibellini; et quod neutra
' Encore un nom célèbre. Est-ce le père ou plutôt le grand-père de Boccace? Cela déciderait une question controversée et prouverait que Tauteur du Deeameron n*étalt pas fils d*un paysan. Mais quMmporte î Le Yrai aom 4b Boectee était MaHM^tchêlH.
civitas teneatur illis qui cssent inimici domini régis Man* fredi , vel comunis Flor. vel comunis Sen. llem quod si quis de una predicUtrum civitatum obligationem inhierit cum aliqua persona, vel loco alterius civitatis ille solum ex eo conlractu conveniri possint que contraxerini. Item si quis de altéra predictarum civitatum offendisset civem proprium, etsudditum illius potestatis, et regiminis quod penam tôlière deberel de bis excipiuntur illi qui essent inimici domini régis predicti.
Item quod comune Florentie non toUat in civitate Flor. vel comitatu , seu districtu ab aliquo cive sen. aliquod pedagium , velguidam , seu vectigal. Item quod comune senense non tollat ab aliquo cive florentine aliquod pedagium , vel guidam, seu vectigal. Item quod aliqua dictarum civitatum non faciat aliquod decretum de aliquibus mercimoniis , seu mercantiis, et specialiter de lana, et pannis , et cojamine y et lignamine, et ferro, et accério, et oleo alteri civitati nec hominibus alterius civitaiis, et quod homines dictarum civitatum possint libère ire, et redire cum dictis mercimoniis , et cum salmis lane, et boidronum etpannorum, exceptis blada, vino et carnibus. Item quod predicte universitates debeant se iuvare hoc modo quod cum opus fuerit aliqui ipsarum civitatum requirat alteram per ambasciatores suos, qualiter supra quo sibi velit auxilium dari et sicutconsilium civitatis requisite consuluerint ita , et taie fiât auxilium acto , etexpressim dicto , quod per hoc non derogetur in aliquo contractibus. Item quod omnis alia sotietas hactenus facta inter dicta comunia sit rupta et cassa , et ista sotietas taniam, et ejus promissiones valeant. Et omnia predicta jurent dves utriusque civitatis observare a decem et octo annia usque septnaginta per totum mcnscm januarii, februarii , et marzii ; que juramenta singulis decennis renoventur.
Acla sunt hec apud castrum florentinum in comitatu Florentie in presentia domini comitis Jordani regii in Tiiacia
APPENDICE. 36ft
yicarii generalis, coram domino Venceguenra Albertino de Lodiy domino Gherardo de Acquaviva, domino Gualterio de Montibus , domino Agolante judice de Pistorio, domino Jacobo Ildebrandini , domino Levaldino domini Partir, Sil* veatrodomini Castelli, Tholomeo Pieri, Orlando Jacobi, Bocfaa domini advocati de Sancto Gcminiano ; domino Lanfranco Tedaldi, domino Enrigo judice de Cecil, et Ranuccio not. de Sancto Miniate, Maffeo Ildibrandini , et Tudino ambasciatoribus de Grosseto , Altimanno notario de MontefoU lonico, Buonaguida olim Bonis domino Buonagratia judice, domino Aczo Enrichctti de Florentia, domino Pelacane Tbolomei y domino Guidone Ranucci de forteguerris , Saochone de Montechieilo , et Bonaventura olim Buonaguide not de SeniSy et aliispluribus testibus.
23nov. 1260.
(Pcrg.,n»723.)
In nomine Domini. Amen.
Anno millésime ducentesimo sessagesimo , indictione quarta die vigesimo secundo novembris, pateat quod domi* nus cornes Guido Novellus potestas florentinus filius olim bone memorie comitis Guidonis Dei gratia Tuscie palatinus, congregato generaii consiiio Trecentorum ad sonum campane et consiiio nonaginta , et etiam viginti quatuor in palatio comunis Florentie fecerunt nobilem virum dominum Lucteringum filium quondam domini Ubertini Pegolocti sindicum ad contrahendam societatem cum comuni senensi , omissis aliis.
Item constiluerunt dictum dominum Lucteringum sindicum ad faciendum comuni senensi promissiones, cessionesy refutationes infrascriptas , videlicet : Quod comune Florentie det, et cedat omnia jura et actiones que, et quaa
habet éonlutie Florentie iii caslro de M ontepuloiano et Mon* tealcino et CaBlillione Latronoruin et arce de Campiglia el quod idem faciat ipse siodicua comunis Flor. de Menaano, et Casule et quod det et cedat comuni senenai omnia JuFa^ et actionea que , et quaa habet comupe Florentie in Podio Bonitio et Stagia , et quod cedat omnia jura que habuit et habet comune Florentie in oomitatu Udibrandiaco guiniaieacha, et maritima, et in heredea et contra heredea comités Guilleimi, et quod casaet et rumpat oninea eontractua, oblir gationes et promiàaionea factas cum comité Guillelmo , et ejua iiliuB, et promisit quod comune Florentie non acquirat aliqua jura in dicto comitatu lldibrandisco et quod idem pfomictatde Panocbiesca, et PaDUOccbienBibu^, et Tornella et de filii Gualcheriuii , et Ubertini de Armajolo et quod de cetero et ad promicteudum quod certe persoae centum numéro de nobilioribus et melioribus, que modo sunt, vel erunt tempore contractus in civitate Florentie obligabunt ae , et bona sua ad certam penam comuni senensi pro predictis servandis.
Actum Florentie in dicto palatio, coram domino Gitio de Parma judice et aêaeasore dicte potestatia, domino Gozello milite dicte potestatia, Guidone ik>nacti aatrologo comunis Florentie de Forlivio, domino Cappauaio de Burgo Sancli SepuIcH Judice potestatia, Biado de Figbino domi-« cello potestatia, Licio de Valbona domicello potestatia, Gentilesco Diane, Compagno Ugoli, et Belcaro Rinaideacbi bannitoribuB comunis Florentie, et Ugolino de Castrocari Oitnanno de Empoli , Gioata de Poppio, notariia dicte potCBtatia testibus presentibus ego Raineriua Yaacchi notariiia, et tuDC comunis Florentie scriba scripsi , et publicavi; ego Guidaccinus olim Johannia nol. me aubacripai de mandate dicte potestatia Florentie ; ego Gualduocius Aldimerii ordinariuBJudex me subscripsi.
APPBNDICB. 36T
17 maggio 1261.
(Itrg., n« 738,)
In nomioe Dooiioi. Amen. Uecesicoooordia aecreta inler comuDe Senarum « et domiaum comitem Jordanum ifegium io Tuacia Yicarium geueralem. Quod dominus rex Manfre** dus postquam comune Pisarum fecerit fidelitatem sibi régi reducet sotietatem contraclam ioter Senenses et Pisanos. IteiD quod Pisani facient Senenses Pisanos ad portas et portus pisanus, ut Senenses sint iiberi, ut Pisani ad portus et portas pisane civitatis. Item quod comune senense non teneatur ad predicta que contineutur in predicla sotietate in aliquo, nisi comune Pisarum fecerit fidelitatem domino regL Item si ob diclam causam comune Pisarum graverel comune senense, et ipsos Senenses in personis vel avère» eo quod comune senense non attenderet ipsi comuni pisano^ eo casu quin non iaceret fidelitatem domino régi , vel dominus rex vellet quod non accederemus, et servaremus pre<* dicta, vel non attenderemus , ex eo quod dicta présent sotielas non reducerent ad equalitatem vel ad formam et modum antiqua sotietas dominus rex teneatur conaervare comune senense , et ipsos Senenses indempnes^ et sustinerd avare Pisanorum in regno suo. Supra capitule tallie quin^ genlorum militum, bec est concordia quod comune senense habeat, et ponat in dicta tallia centum milites tantum, et si Pisani vellent plures a Senensibus , quod dominus comei Jordanus suppléât de suis, et illi centum milites sint illi^ quos comune senense promisit dare ipsi comiti Jordano pro sua tallia.
Et promisit etiam dictus cornes Ortando Renaldi sindico comunis senensis se curaturum , quod comune Pisarum re^ duœt dictam sotietatem ad equalitatem ab istis proximis
kalendis sctembris et quod dominus rex Sicilie conGrmabit omnia supradicta et observare promisit sub pena mille marcarum.
Actum Senis coram domino Jaoobo Pagliarese , Beringerio judice olim domini Ildibrandini Jonte, et domino Vinoeguerra jadice , et domino Matheo de Salerno , testibus , sub anno Domini millesimo cclxi , indictione quarta , die xn calendas junii. Ego Guiduccius Johannis notarius scripsi.
(Pcrg., !!• 796).
Decimo septimo kalendas novembris, pateat quod dominu8 Ugolinus de Sessa , senensis ptot. et Andolo de Andolo, capitaneus populi decreto generali consilio comunis fece* runt Ugolinum quondam Beliolti procuratorem ad recipiendum a domino comité Guidone Novello regio in Tuscia vi- ' cario generali et ad facendum cum eo promissiones et pacta secundum inrrascriptum modum, videlicet quod ponet ad sesterias comitatus Sen. quadringentos milites sea stipendiarios teulonicos , ad facendam guerram comuni de Urbeveteri inter quos milites sint centum stipendiarii co« munis senensis, ita quod inter omnes sint quadringenti milites stipendiarii teutonici , trecentis quorum , dictus cornes dare debeat stipendia sine aliquibus stipendiis, vel Castro comunis senensis, et quod si conligerit pacem de Luca fieri, quoddicti milites sint quadrigenti, dequibus, el inter quos sint quadragenti pro domino rege , seu domino comité 'sine aliquo costo comunis Senarum et quod ipse yicarius non facet pace cum Urbeveteri , nec recipiet eos ad fidelitatem domini régis Manfredi niai prius dicti Urbevetani fe» cerint pacem cum Senensibus et nisi dimiserint comunis
senensis terras iofrascriptas videlicet Chiancianuin, Sartea* num, Cetouam, Camposservoli , et Castrum de Abbatia.
Actum Senis in ecclesia Santi Cristophori coram domino Monaco judice , et domino Mozza de Pislorio judice, et Orlando Orlandini notario , testibus , ego Orlandus notarius fiiiua quondam Ottaviani acripsi.
Magglo 1259.
(Elirait du registre appelé Caleffo veeehio, foglio 8S0.)
Hanfredus Dei gratia rex Sicilie. Potestati, capitaneo, et comuni , ciiritati Senarum , dilectis fidelibus suis grar tiara suam , et bonam voiuntatem ; venientibus nuper ad presentiam nostram judice Ranerio de Matheo, et Hdibrandino Ugonis de Paiatio, civibus senensibus, quos ilariter et bénigne recepimus, et exponentibus nobis pro parte vestra ardorem pure devotionis et fidei quam erga nostram exoellentiam babere sinceris affectibus probabiliter demo»trastis vos de puritate predicte devotionis et fidei mérite commendamus, et habemus acceptos, eoque tituium vobis majoris et laudis adicimus , quod ipsam fidem vestram a tempore inclite recordatiouis divi Augusti domini patris Dostri, ad felicia dominii nostri tempera perductam fore laudabilis testatur effectus. Et ut munus proinde nostri favoris, et gratie continuala vestre devotionis sinceritas sibî sentiat reiativum, juxta priviiegii indulti vobis a majestate Qostra tenorem , vos precipue inter alios fidèles nostros benevolentia , manutenere , defeiidere, juvare , et congrius beneficiis augere promictimus , tanquam nostram cameram specialem. Datum in Castris prope Ripam Longam xviui madii u. indictionis.
Ego Orlandus notarius filius Dielcidie totum quod supra contiueturin autenticis licteris domini Manfredi fideliter
m APPENDICE.
exemplavi in aono Domini vggltiii, indiciioDe secuDda, die m
ydusjuaii.
Maggio 1259.
(Caleffo veccbio, L 350.)
Manrridus Dei gratia rex Sicilie. Per presens privilegium notum facimuB universis, tam presentibus, quam Tuturis , quod lldebrandino Ugouis de Palaiio cive senensi pro parte Bulgari de Pusterula senensis poteslatis Bonifatii de Gorzano capilanei , et totius populi , et comunis civitatis Senarum, nuper ad no8tre majestatig prcsentiam veniente, et pro parte omnium predictorum a quibus auctoritatem habebat et plenariam potestalem , ut evidenter constilil per istrumentum autenlicum' sindicatus factum per manum Inghi* ramioi Diotavive nolarii publici , no«tre celsitudini presentatum nobis fidelilatis juramentum prestaret. Nos felicium regum more devotionis ab eis ablate taliter non ingrati , recordantes etiam antique fidci , quam semper habueruat ad divum Auguslum care memorie dominum patrem noitrum, civiiatcm senensem, et comitatum ipsiua personaa, et aliaarea, et jura civitatis, et jurigdictionem ejusdem, et peraonarum civitatis y et jurisdictionis ipsius sub securitate^ protectioue et derenaione nostra recepimua specîali ; pro* mictentes amodo civitatem predictam cum omnibus Bupra^dictis mauuteuere» defendere et juvare contra quoslibet ofifensorea, ut sicut nos turrim , sue fortitudinis elegerunl aie sub felicis dominii nostri tempore tranquilla pace quies* cant et auorum emulorum insultus et muniti potentie nostra dipeo non formident, unde ad futuram memoriam, et robur perpétue valiturum. Presens privilegium idem per M athenm de Âgrigento notarium et fideiem nostrum soribi , et aurea buUa tibario noatre majeatatis impreasa juaaimua communiri.
APPENDICE. ru
D^taLuoerie per manus Gualterii de Ocra, regnorum Jam«> salem et Sicilie caocellarii , anno dominioe locaroaUonia millesimo cctTiiii , mense madii iodicUone saounde » ra^ goaqie domioo noatro ManfredoDei gratia iUu6tri«aimorego SiQiiie, regoi ejuianno primo TeUpiter. Aipeo.
Ego Orlanduft notariu« fi|iu9 Dielcidie iotum quod supra continelnt io auteatiai» domiai Maorredi Dd gratia regia Sicilie fidelitareYemplavi io anaoDomiQÎ millmmoQGiym» iodicUooe secuoda» die m ydui juoii.
17 ott 1264.
(CalelTo veccblo , f. 456}.
Anno Domini millesimo ccliiui, indictione Tiu, die zti kalendas novembris.
DomiDus eomes Guido NoYellus , vicarius generali» is Tueciapro domino rege Manfredo, precepit domino Ugolino de 8exo, pole8taii,et domino Andalode AndalodeBononia, eapitaaeo popuii , ei comuniv seneoma , quod ipsi debereot hcere exbanniri publiée comune ei homines de Urbe vetere incontinenli , et facere eia guerram et molestiam toto posse.
Adum Senis in eoclesia Sancii Ghristopbdri.
lingot 1269»
(Carteggio 4ell|i repuhbl. di Sieona con SuU esteri, ffiu 2.)
Manfridua Dei gratia rex Sicilie , potesUii, conciUo, et communi Sen. dileciis fideUbu9 suis, ealuiem etamorem sincerum.
Venieniibua ad noatre presentiam majeMatia Guillelmo
filio Pepi et Guidone Maci (Maizi) nuncUiset ambaxaloribus yestris , et tam fideliter , quam prudenter veslram nobia referentibus voluntatem immense devotionisy zelum , quem ad excellenliam nostram geritiSy per eorum asserliones cognovimus manifeste , in eo precipue coliegimus efficax argumentum quod exaltationem nostram promptis desideriis affectatis , quod ipsi pro parte vestranobiscum instantia auggerebant, quod intenderemus expressius ad habendum imperii diadema. Non est mirum veruntamen si ad nostri promotionem honoris precordialiter aspiratis cum civitatem vestram specialiter diligamus intcr omnes alias Ytalie civi« tates y et eam velimus prosequi gratia, muneribus et favore. Super facto vero capiUnei , et gentis ad partes Tuscie transmictende addevotionem vestram presentibusrespondemuSy quod ad partes ipsas in brevi de latere , immo de sanguine nostro talem capitaneum , et tantam copiam armatorum cum eo curabimus destinare, quod in vias planas aspera commutabit , provinciam ipsam in pace reget , et comitatum Ildiprandiscum potenter ad nostrum dominium revocabit. Vos autem per ambaxatores ipsos ad vos a nostra presentia redeuntes de predictis omnibus , et beuigno affectu , quem ad vestram universitatem habemus redditi certiores ad servilia nostra iugiter de bono in melius intendatis.
Datum in campo prope Lacum Pensilem xi Augusti u indictionis.
Tafl^ entre Florence et Sienne , 22 novembre 1260. ( Extrait de Gamlcdf d^Vieari régi délia Toseana, p. 88 « document vu.)
IpDeinomine. Amen. DominicœlncamationisannoMCCLX, indictione iv, die 22 noyembris, videlicet. Omnibus prœsens instrumentum inspecturis pateat evidenter, quod dominus cornes Guido Noyellus , potestas Florentiae fil. olim
b. m. comitis Guidonis Novell! Dei gratia TuRciœ Palatiui , coDgr^;ato generali consilio ccc ad sonum campanae, et voce praeconis more solito , et eodem modo congregato consilio xc et etiam xxiv in palatio comnnis Florentiœ, in quo dominus potestas moralur^ de consilio et consensu dd. consiliariorum , quorum nomina inferius continentur , et ipsi iidem homines et consiliarii vice d. comunis feceront et constituenint nobilem virum D. Lucteringum , fil. quondam Ubertini Pegolotti, jurisperitum, civem florentinum, praesentem et recipientem, sindicum et actorem ad contrabendum societatem cum comuni Senarum ad obligan* dum comuneFlorentiœ, pro praedictis et eorum occasione adimplendis et obscrvandis et faciendis , ad omnia et sin* gula quœ in prsedictis et circa ea et pro eis fuerint necessaria et quse viderint expedire, et ad faciendum de prœdiclis, et infrascriptis d. comuni Senarum, aut eorum sindico et actori , iostrumentum ad dictum eorum sapientum sine malitia.
I. Quod utrumque comune Florentite et Senarum et utrar que civitas bona fide sine Traude teneantur et debeant solvere et custodire et guardare honorem et statum et bona et jura alterius civitalis , quae bodie habent vel babebunt, vel teuent vel possident , vel quasi possident , sive ad eos pertinent vel pertinebunt , et teneantur ea non tollere, nec tolli facere , necdiminuere vel diminui facere, salvo quod de bis non teneantur captivis , qui sunt in civitate Senarum de civitate Florentiae vel districtus eius , nisi bis qui relaxarentur pro ghibellinis , et quod non teneantur omnibus iUis et singulis qui essent inimici seu rebelles dom. régis et comunis Senarum.
II Item si aliquis prr. civitatum vel earum districtus contraxerit vel obligationem inierit cum aliqua persona, vel loco alterius civitatis vel ejus districtus , illa solum ex eo contractu et obligatione conveniatur et conveniri possit quœ
contraxcrit atltse obligaverit, et cjus hcrcdcs et bonorum possessores, ita quod ab eo tcmpore exigatur, ut dictum est y et bon alius pro alio , vel ipsa comunia, et illud vulgare proverbiilm intelligatur, et locum habeat, oui datur, ab éo requiratur.
III. Item si qais de una p1*r. elvltatum vel distrietus earum offensas sit in altéra vel ejus districtu , puniatur offensor, et eum punire debeat ille reclor sub cujus jurisdietione erit ofiensor, vel in cujus jurisdictioiie esset Tacta offensio simili pœna et forma ac si offeudissèt civem proprium et subditum illiuB civitatis et potestariae et regiminis, quam pœnam tôlière debeat , exceptis rebellibus et inimicis /). régis.
IV. Item quod comnne Florenliae non toHat , vel toUi permittat in civitate Flor. vel comitatu seu districtu ipsius ab aliquo cive Senarum , vel de comitatu seu districtu ipsius, alîquod pedagium vel guxdam, seu vectigal vel aliquod àliud loco prœdictorum , qhocumque nomine censeatur.
y. Item quod aliqua prr. civitatum non facial aliquod decretum de aliquibus mercimoniis seu mercantiis , et specialiter de lana, et pannis et corame , lignamine et ferro et acciario, etoleo alteri civitati , vel hominibus alterius civitatis , et ejus distrietus.... et quod hominos et personae dd. civitatum et earum districtuum possint libère et expedite ire et redire cum dd. mercimoniis, cum salaria /anéf, et huldior, et pannorum per tcrram , fortiam , et districtum alterius civitatis, et ejus distrietus, excepta blada, vino et camibuB.
VI. Item quod prr. universitates et comunia dd. civitatum debeant se juvare hoc modo, videlicet, cum opus fuerit alicui ipsarum civitatum, et requiret alteram per ambaxiatores suos , qualiter sibi velint auxilium dari et prasberi, et super quo,et sicut consilium civitatis requisitas cousuluerit, et statuerii ita et taie fiât auxilium acto et dicte expressim, quod perhocnon derogetur in aliquo contracUbua
APPBNDICB. 376
promissis et obligationibus , quœ fiunt a eomuni Flor. sett ejufl sindico ot actori oomuni Senarum, de qtiibus appare* boni instrumenta per manum Guiduociî notarii.
VII. Item quod omnis alia societas hactenas facta inter comane Fiorentiad et comune Senaram ait rupta et cassa , et nullias roboris, et ista societas , et compromissiones et obiigationes teneant et valeant, et pradteta jurent ciTet ntriusque civitatis attendere et observare a x et fni anuit usque adixx pertotum mensem januarium , etfebruarlum , et martium prr. quse juramenta singulis decenniis renoventur.
VIII. Item constiluenint et fecerttnt dd. potestas et consiliarii d. D. Lucteringiim prœsentem et recipientem eorum sindicum cl actorem ad Tacieiidum eomuni Senarum seu ejus sindico et actori.promissiones, cessiones, daliones, refutationes et obiigationes infrascripta8,videlicet: l.Quod comune Florentiae per suum sindicum et actorem legiptime ordinatum eomuni Senarum , sive ejus sindico et actori j det et cedat et remitlat et refulet omnia jura et actiones qu» et quas d. comune Florentiae habet in castro de Mot^ tepolitiano et ejus districtu , et Montealcino et ejus districtu , et Cnstilionê Latronorum et ejus districtu, et arce de Campilio et ejus districtu, et possessionibusdd. locorum et cujuslibel corum et hominibns et dominis dd. terrarum et cujusiibet earum. Et quod comune Florentiae de cetero non requirat aliqua jura in dd. terris seu aliqua earum , et contra bomines dd. terrarum , et cujusiibet earum : et quod idem faciat et promittat d. sindicus eomuni Florentiae sindico comunis Senarum de Menzano et Casule, et terris et pos* aessionibus dd. terrarum , et cujusiibet earum , et quod det et cedat et remittat et refutel eomuni Senarum , seu ejus sindico et actori omnia jura et actiones quae et quas habet comune Florentiae aliqua ralione vel causa in Podio Bo* fMszo et ejus districtu etStaggia et ejua districtu et bomi-
uibus dd. locorum , et cujuslibet eorum, quœ jura babuit seu quœsivit a comuni Senarum aliquo lemporc , Yel aliquo jure Tel causa : et quod det et cedat comuni Senarum et ejus aindico et actori omnia jura quae habuit et habet comune Florentiœ in comitatu Aldohrandesco.... et in heredibus et contra heredes cwnitis Guglielmi et cujuslibet eorum « et quod casset et rumpat omnes contractus , obligaUones et promissiones factas cum comité Guglieltno et ejus filiis vel aliquo eorum , aut aliqua aUa persona pro eis cum comuni Florentin , vel alio pro eo, et quod promittat d. comuni Senarum seu ejussindico et actori, quod d. comune Florentiae non utetur instrumentis , contractibus et obligationibusvel aliquo eorum aliquo tempore, aliquo jure in comitatu Aldebrandesco , vel alia parte ejus et comitibus seu contra comités d. comitatus, yel aliquem ex eis, et hominibus seu contra homines d. comitatus, et quod idem promittat , et facial comuni Senarum , seu ejus sindico et actori de Pannocchieschia et Pannochiensibus , et hominibus dd. terrarum et cujuslibet earum , et de fiiiis Gualcherini et Ubertini de Armaiolo eorum complicibus et consortibus et bonis , et quod rumpat et casset omnes contractus , promissiones et obligationes , et promissas adhibitas et factas ab eis vel aliquo eorum , vel aliqua persona pro eis , et quod eis non utetur comune Florentin, et quod de cetero non acquiret aliquod jus comune Florent, in eis vel aliquo eorum , seu eorum bonis , et quod promittat comuni Senarum , et ejus sindico et actori , quod comune Florent, permittet ipsum comune Senarum paci6ce tcnere et possidere omnia jura seu quse nunc habet et in antea habebit , et quod non prsestabit ei aliquod impedimentum de jure vel de facto in recuperandis et tenendis juribus suis, et quod de cetero comune Flor. non acquiret aliqua jura in aliquibus terris , possessionibus, personis et locis , in quibus comune Senarum habet aliquod jus aliqua ratione vel causa , vel in antea
babebit , et quod non acquirct aliqua jura in prajudicium comunis Senarum in aliquibus terris , personis et locis, et quod remittat et refutet comuni Senarum seu ejus sindico et actori omnia jura , pœnam seu pœnas in quam vel quas comune Senarum bactenus incidisset... comun. Flor. aliqua ratione vel causa vel facto. Et quod promittat comuni Senarum vel ejus sindico et actori , quod comune Florentis non redpiet bomines dd. terrarum, nec alicujus earum, vel aliquem ex eis in cives suos , vel sub sua protectione , et quod permittet comune Senarum omnes prr. terras etloca, et ipsarum terrarum homines et personas dd. locorum pacifiée et quiète possidere : etquod comune Florentin non prœstabit d. comuni Senarum aliquod impedimentum de jure vel de bcio y nec faciet ei aliquam litem vel brigam , seu controversiam de prr. terris et locis , vel aliqua earum et hominibus et singulis comuni Senarum seu ejus sindico et actori instrumenta contractuum et obligationum et promissionum ad dictum sapientiscomunis Senarum sine malitia. Ita quod comune Flor. teneatur , et obligetur comuni Senarum de omnibus et singulis supradictis et ad promittendum , quod certœ personae , c numéro de nobilioribus et melioribus , qui modo sunt vel erunt tempore contractus in civitate Florentiœ, obligabunt se etbona sua ad certam pœnam comuni Senarum pro dictis servandis , et ad promittendum quod comune Florentiae babebit et tenebit rata et firma omnia et singula supradicta, et promittat quod contractus promissionum et obligationum de praedictis confirmabit pro comuni Florentin per totum proximum mensem januarij , et quod contra prasdicta comune Florentiae non veniet aliqua ratione vel causa ad jurandum in animas populi , potestatis, et consiliariorum , quod populus et comune Florentine babebunt rata et firma omnia et singula supradicta , et contra non venient vel facient aliquo tempore, et ad obligandum comune Florentis et ejus bona ad certam pœnam , et ad
dandam licentiam vcndcndi ipsa bona pro prœdictis , omnibus et singulis, obscrvandis et iirmis tenendis et perpetuo valituris » et contra uoa veniendi , et ad onmia et singula focienda quœ in prœdictis et circa prœdicta et quolibet praBdictoninr fuerint neceasaria , et ipse sindicus vident expedire, dantes et ooncedentes ei plenatn et iiberam admioi»trationem in omnibus et singulis supradictis et omnibus aliia quae sibi videbuntur promittant ratum et firmum habere quicquid per eum faotum fuerit, et contra nuUa rationa facere vel venire.
Nomina consiliariorum sunt haec:
(Suiwnt lêi nomt d«393 ptffonnM.)
Actum Florentiœ in palatio coram D. Jilio de Parma ja-^ dice et assessore D. poteslatis, Guidone Bonatti astrologo cmmunis Florentiœ de Forli , D. Cappanajo de Burgo S. Sepulcri judice potestatis» Gontilesco Diane, Compagne Ugoli, et Belcaro Rinaldeschi bannitoribus comunis Florentiœ, et Ugolino de Gastrocaro , Ormanno de Empolis , Giunta de Poppio notario, D. potestatis, lostibus prassentihus.
Ego Renuccius Ysacchi imperiali auctoritate judex ordinarius et notar. et d. comunis Florcnlise scriba praedictis interfui , et ca de mandato D. potestatis et consiliariorum irogatus publiée scripsi et publicavi.
Ego Guiduccius olîm Joannis notarius prœdictis, dnm agerentur interfui , et ad majorem fidem habendam me publiée Bubscripsi de mandato d. D. potestatis Flor. et dd. consiliariorum, etmeumsignum apposui.
Ego Gualduccius Aldiverii ordinarius , etc. ut supra.
Ego PieruB ser Monaldi ser Martini tabellio publions civis senensis imperiali auctoritate notarius et judex ordinarius lotum quod supra continetur et scriplum est , scriptum in* ▼eni , Tidi et legi in quodam publico et authentico instm* mento aoripto et publicato , nt dicitur , manu aupradicti Rn^
nucci Ysacchi nolarii , et subscriplo manu ser Guiduccii et Gualducoii notariorum , et , proul m eo conlinebatur nil addens vel minuens , quod secundura mei Petri notarii conscientiam sensura mutet vel variet intellectum prœter signa 68. notariorum exinde sumens hic sumsi et exemplavi , et diclum sumtum cum supradicta originali scriptura unacum infrascriptis prudcnlibus viris ser Joanne Pieri, et ser Galgano Cerboni publicis et authenticis notariis senensibus diligenter auscuUavi, et quod utrumquc ad iavieem bene concordarc invenimus , facta de praemissis insinuatione et fide ab egregio Icgum doctore D. Miehelotto judice et vicario domini Andreassi marchionis de Calvacabobus de Cremona honorabilis senatoris civitatis Senarum sedente pro tribunali Senarum in palalio residentise d. D. senatoris pro jure reddendo more soliio, suam et comunis senensis auctoritatem interponente ad fidem horum prsmissorum me subscripsi et publicavi fideliter.
FIN DE l'appendice DU TOME PREMIER.