‹ Histoire de la constitution civile du clergé (1790-1801) (volume 5)Chapitre 6 sur 27 · LES FUSTIGATIONS CONSTITUTIONNELLES £TL*ARRÊTÉ DU DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

LES FUSTIGATIONS CONSTITUTIONNELLES £TL*ARRÊTÉ DU DIRECTOIRE

I. Les calomnies révolutionnaires suscitent une petite émeute contre le club monarchique ; on en profite pour lui défendre de se réunir. — Mort de Mirabeau — Grotesque mandement de Gobel en son honneur.

II. Assassinats commis à Douai sous prétexte d'accaparements. — Les comités de r Assemblée veulent en rendre responsables les prêtres réfrac taires , et proposent un projet de loi contre eux. — Ce projet ne passe pas, grice à Robespierre.

III. Pie YI se prépare k condamner la constitution civile. — Loménie de Brienne cherdie à l'abuser. — Le pape lui écrit une lettre sévère, qui est divulguée. — Loménie donne sa démission de cardinal. — Bref du 10 mars.

— 11 n'a point fait obstacle i la conciliation ; elle était impossible par le fait et la volonté de l'Assemblée. — Il est venu en aide au clergé de France cpii ne l'avait pas attendu pour combattre^ constitution civile. — Lettre du pape à Louis XVI. — La condamnation définitive de la constitution civile est prononcée, dans le bref du 13 avril. Nombreuses rétractations.

rV. Situation difficile des catholiques de Paris. Ils se réfugient dans les chapelles des couvents. — Fureur des révolutionnaires contre les religieuses chez qui les réfractaires disent la messe. Elles refusent de recevoir la visite de Gobel. La populace envahit leurs couvents, les maltraite et les flagelle.

— Indigne proclamation de la municipalité. — Douleur de Louis XVI. Sa lettre au directoire du département de Paris, qui prend un arrêté trèsimportant sur l'exercice du culte. — Cet arrêté strictement appliqué devait, en accordant aux catholiques le libre exercice de leur culte , ruiner complètement l'Église constitutionnelle dans uu court délai.

Si l'Assemblée constituante n'avait pas osé traiter la liberté d'aller et venir comme la liberté religieuse, et I^proscrire par une loi formelle^ elle la laissait opprimer en fait ainsi que la liberté d'association. Les Jacobins étaient décidés à en finir avec le club monarchique; ils étaient sûrs que le faible Bailly (1) ne

(1) Lorsque M. de Clermont-Tonnerre s'était plaint des menaces qui lui étaient adressées, ainsi qu'à tons les membres du dub monarchique, par les Ja*

190 CONSTlTUTlOIf CIVILE DO CLERGÉ.

contrarierait nullement leurs projets. Bien qu'il fût certain qae l'autorité au lieu de lui venir en aide ne cherchait qu'un i»étexte pour le dissoudre, le club monarchique résolut de tenir encore ses séances. Ses adversaires, pour lancer la populace contre lui, imitèrent les manœuvres des révolutionaires d'Aix, et firent courir le bruit que ses membres arboraient la cocarde blanche. Autour du club, des gens affidés montraient des cocardes blanches, et disaient qu'on venait de les saisir sur les monorchiens. Les journaux révolutionnaires étaient pleins de provocations directes à l'adresse de la populace : les uns l'excitaient ouvertement à la violence ; les autres, sous une forme hypocrite, lançaient contre le club monarchique les dénonciations les plus graves, et tout en protestant qu'il fallait laisser les citoyens libres d'exercer le droit d'association, ils insinuaient que dans la circonstance il ne fallait pas les en laisser jouir^ et que ceux qui les troubleraient dans l'exercice de ce droit seraient sûrs de l'impunité. Il y a dans le Moniteur du 31 mars un long article qui est un chef-d'œuvre dans ce genre, et dont nous croyons devoir citer des extraits, car il trahit complètement les manœuvres perfides et déloyales de ce parti schismatique et révolutionnaire, qui tout en conservant certaines apparences de modération, entendait priver ses adversaires de toutes les libertés et faisait appel dans ce but aux violences de la rue.

L'auteur de cet article commence par accuser les membres du club monarchique de porter la cocarde blanche. Ils sont, d'après lui^ décidés à persévérer et à ne pas se laisser écharper. Certainement la police doit leur venir en aide, puisque c'est son devoir, et c'est ce qu'il déplore.

«... Quoi pour les menus plaisirs de quelques hommes toujours opposes au progrès de la Constitution, et fussent-ils même les meilleurs patriotes qu'importe! pour la fantaisie clubique, ou monarchienne, de quelques individus, il faudra que la police, essentiellement établie pour prévenir les crimes, soit mise dans Timpossibilitc d'empêcher des désastres prévus, et qui peuvent causer le deuil d'une foule de familles Nous convenons que toute garantie

cobins , Bailly Tavait brusquement ioterrompu en disant : « Sachez, monsieur, que je suis moi- môme du club des Jacobifis, » et sou Inlerloculeur lui avait répondu : « Tant pis, monsieur, le chef de la municipalité ne doit élre d'aucun dub. » Bailly n^avait pas profité de la.leçon.

l'arrêté bu directoire. 191

légale est due aux citoyens attaqués dans leur liberté^ etc. etc.. Mais pour de simples fantaisies, pour protéger les folies de quelques individus faut-ilrisquer le salut public? Par exemple, si quelqu'un attachait son bonheur à s'exposer dans la rue ou tout nu ou dans une posture grotesque aux risées et aux insultes des passants^ et s'il demandait dans ce cas la garantie de toutes les forces publiques^ serionsp-nous obligés de tenir sur pied nuit et jour une armée de trente mille hommes pour le défendre de la boue que sa folie pourrait lui attirer... »

Le journaliste développe cette heureuse comparaison, et finit ainsi :

«Il semble donc qu'il doit y avoir une ligne de démarcation à tracer entre la véritable liberté, la véritable propriété, et de pures fantaisies qui naissent dans des cerveaux mal timbrés, et pour lesquelles sans doute Tordre public ne doit pas être compromis... Il est à souhaiter sans doute que ces idées en lassent naître de meilleures et surtout de plus précises, mais telles que Paris ne soit pas exposé aux plus grandes calamités par respect pour l'obstination des membres du club monarchique. »

Qui n'admirerait la méthode suivie par ce Basile constitutionnel! Il commence par répéter contre les membres du club monarchique les absurdes accusations lancées contre eux par le parti jacobin , et bien qu'il sache la fausseté de ce fait, il insinue qu'ils se réunissent armés. Le résultat de cette dernière dénonciation pouvait être d'attirer autour du club, non point quelques centaines de braillards, mais des milliers d'hommes armés déterminés à l'attaquer et à en faire le siège, comme cela s'était vu à Aix. Après avoir lancé les brigands contre le club, il fallait pour être complet inviter la force publique à rester dans l'inertie, c'est à quoi le reste de l'article est consacré. Les membres du club monarchique veulent user d'un droit garanti par la constitution, on le reconnaît en principe, mais une troupe de furieux ne veut pas qu'ils l'exercent; conclusion: il faut qu'ils se retirent devant ces furieux, autrement ils sont responsables des conséquences; quant aux furieux , il ne faut pas songer à les réprimer. C'est bien le système si souvent employé dans notre histoire, et qui consiste à exciter sous main des émeutes contre ceux qui veulent user d'un droit incontestable, puis à les accuser

d'être une cause de désordre, et sous ce prétexte confisquer tadacieusement leur liberté! Les oppressions diverses s'appeUent réciproquement. Le parti constituant avait commencé par opprimer la liberté des catholiques avec des raisonnements et des distinctions semblables; après la liberté religieuse, le droit d'aller et venir, le droit de réupion devaient naturellement être entamés. Quand bien même par une pente naturelle l'Assemblée n'aurait pas été conduite à les violer, comme on pouvait s'en servir pour résister à ses attentats contre la liberté religieuse et réveiller les consciences endormies, elle était fatalement amenée à les restreindre d'abord, puis à les abolir complètement.

M. de Clermont-Tonnerre envoya aussitôt (3 avril) au Moniteur une lettre très-digne dans laquelle il faisait justice de l'ac* cusation des cocardes blanches, et déclarait hautement que les membres du club se réunissaient toujours sans armes. Pour s'en convaincre, on n'avait qu'à se reporter aux billets de convocation , qui portaient invitation expresse de ne pas apporter d'armes. Il y eut néanmoins une émeute qui empêcha la société de tenir ses séances. Bailly arriva, et blâma les membres du club de leur obstination. Quant aux émeutiers, il fut pour eux tout sucre et tout miel : a Soyez tranquilles, leur disait-il, nous ne voulons pas d'aristocrates, nous ne le souffrirons pas. » Dans de pareilles circonstances, ce langage signifiait : et II vous suffit de faire une émeute pour que je fasse tout ce que vous voudrez. » La municipalité prit un arrêté déclarant que le club monarchique ayant été l'occasion d'une émeute et de scènes sanglantes, ne pouvait plus désormais se réunir, et le tour fut joué. Les sociétés modérées qui s'étaient formées en province furent dissoutes de la même manière.

La tyrannie des clubs des jacobins allait donc s'étendre sur la nation tout entière, et des hommes qui devaient en être victimes travaillaient activement à lui frayer le chemin. Le grand agitateur qui s'était cru capable de sauver la monarchie constitutionnelle bien plus compromise par ses partisans que par ses ennemis, Mirabeau n'était plus là pour lutter contre cet esprit a d'imprudence et d'erreur s , qui n'épargne pas plus les assemblées que les rois. Le 2 avril, la Cionstituante et la cour, également atterrées, apprenaient la mort du grand orateur, qui, après avoir joué le premier rôle dans la révolution, s'était secrè-

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tement flatté de la contenir. Mais à côté de l'homme politique capable de concevoir les plus grands desseins et d'en poursuivre énergiquement l'exécution, il y avait chez Mirabeau l'homme de plaisir, aussi fougueux, aussi déréglé dans son amour des jouissances que dans son amour de gloire et de domination. L'homme politique n'enlevait rien au débauché, c'était au contraire le débauché qui usait rapidement l'homme politique. Ses relations avec la cour lui avaient donné les moyens d'assouvir ses passions à son aise ; et sans inquiétude pour le présent, il donliait à la fois libre carrière à son goût effréné pour les plaisirs et à l'activité dévorante de son ambition; ses forces, affaiblies depuis longtemps par ses préoccupations et ses excès, l'abandonnèrent ; et le tribun qui avait rêvé de fixer la révolution s'éteignit tout à coup dans la débauche. La cour et les modérés, qui depuis quelque temps fondaient sur lui les plus vives espérances, en furent aussi consternés que les révolutionnaires. « Sa mort, dit Malouef (1), fut comme sa vie un malheur public. » Eût-il réussi à contenir la révolution comme il s'en flattait? C'est fort douteux ! Il aurait peut-être vu plus d'une fois par lui-même combien la roche Tarpéienne est voisine du Capitole, et émigré en même temps que son ennemi intime a Gilles-César Lafayette (2) o. A moins toutefois que, trop confiant dans sa popularité passée, il n'eût hésité à s'enfuir : alors il aurait bien pu monter dans la fatale charrette à côté de son adversaire Barnave, qui lui aussi essaya de contenir la révolution ! Qui sait pourtant? le prestige de son éloquence et de son ancienne popularité aurait pu préser\'er la Constituante de certaines décisions qui exercèrent la plus désastreuse influence sur la marche des événements. S'il avait dissuadé Louis XVI de prendre la fuite, ce fatal voyage de Yarennes, qui porta un si rude coup à la monarchie constitutionnelle, n'aurait pas eu lieu. Le parti constitutionnel modéré, qui se forma inutilement pour la cause de l'ordre à la fin de la session, aurait peut-être pu avec un tel chef épargner bien des malheurs à la France.

C'est surtout dans les questions religieuses que ce grand orateur a commis d'énormes fautes et exercé une détestable in-

(1) Mémoires, lome II, p. 17.

(2) C^est ainsi que Mirabeau dans sa correspondance désigne trcs-souvcnl Lafayelte.

194 cassmvrua cnuz ic oei^é.

flueoce. n Toulaît à tijot prix satblâire àoa faxutisme antirelipeux, m^ffle lorâque sa raisoo loi montrait cUireiDent qu*ea agîâèaat ^aâ il âHacitait d'éoûrmes okslacles à l'œuvre de p^eîficatioo et € de oootre-coifetitatîoa » qu'il avait entreprise. Ausôi ses diâoûors sur les affaires religîeoàes sont- ils trop souvent une suite de dêdamation» injurieuses et ignares, mêlées de traits dliypocrisie. 0 faut pour Mirabeau changer la vieille définition de l'orateur, et dire de lui c n'r moins, dictndi peritus • .

L'homme qui avait débité tant de tirades doucereuses sur les premiers chrétiens ; le bruyant réformateur qui voulait ramener l'Église de France à la sainteté des premiers temps, mourut conune un païen. Elle était pourtant installée à force de proscriptiotts, cette Église constitutionnelle qui devait faire revivre en France l'angélique pureté des premiers âges , après laquelle il avait si plaisamment soupiré! 11 avait à sa disposition toute une légion de prêtres et de pontifes constitutionnels; il avait là TallejTand, qui en sacrait à la douzaine : il avait là l'obséquieux GobelIMaisla farce était jouée, le catholicisme opprimé, c'était tout ce qu'il désirait. Â son heure suprême, il montra ce qu'il pensait de son Église constitutionnelle, et elle eut soin du reste de ne pas s'exposer à un afGront certain. Elle savait très-bien qu'il ne se souciait pas plus, à son lit de mort , de l'abbé Grégoire que de l'abbé Maury, et que sa haine ne s'adressait pas à telle espèce de ministres, mais au christianisme lui-même. Si Talleyrand ou tel autre de ses collègues jureurs était venu lui proposer de se confesser,! auraient-ils pu tous deux se regarder sans rire?

Aucun prêtre constitutionnel n'eut donc l'insigne honneur d'avoir Mirabeau pour pénitent; néanmoins Gobel voulut rendre à un chrétien aussi introuvable les honneurs qu'il méritait. Le mandement qu'il publia sur4a mort de Mirabeau est un véritable chef-d'œuvre de bassesse et de niaiserie.

11 commence ainsi :

« J.-B. Gobcl, ci-devant par la miscTicorde divine et la grâce du saint-sirgc apostolique^ évêque de Lydda, maintenant, par l'effet de la conHtitulion, la grâce des électeurs, et la sentence d'un tribunal,, évoque de Paris... »

Ce début promet une œuvre curieuse; on va en juger par les extraits suivants :

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«... Aux chants de triomphe et d'allégresse que nous nous préparions à Yous faire entendre ont succédé tout à coup les accents plaintife de la douleur, et le cantique national : Ça ira, ça ira! qu'il nous eût été si doux de répéter avec vous, est remplacé par ce cri funèbre. Il n'est plus, il n'est plus...! »

« Ah ! si vous lui devez de jouir d'une existence si paisible et si riante; si vous lui devez de savourer à longs traits les douceurs d'une liberté dont les prémices ont déjà eu tant de charmes, si vous lui devez d'être parvenus à cet état de repos, de prospérité, de gloire et de richesse qui ne fera que s'accroître chaque jour davantage, et qui vous distingue entre tous les peuples de l'univers, nous, nos trèschers frères, nous lui devons de pouvoir contempler au milieu de vous tant de prodiges : nous lui devons d'exercer cajiœnquemerU sur les bords fleuris de la Seine le ministère que nous exercions tristement dans les rochers et les neiges éternelles de la Suisse. Oui nous aimons k le publier, c'est Mirabeau, c'est cet homme vertueux à qui la religion et Vhormeur étaient si chers, qui nous a constitué votre évèque légitime. C'est lui dont la main pure nous a placé sur le siège de la capitale, et jamais, non jamais, ni notre conduite ni nos principes ne démentiront une aussi sainte origine,.. »

Il devait trop bien tenir ses promesses, et pendant toute la durée de son épiscopat se conduire en digne créature d'un athée qui, malgré ses phrases hypocrites, n'avait voulu imposer à la France l'Église constitutionnelle que pour la préparer à l'abolition complète du catholicisme.

Naturellement l'Église nouvelle est exaltée dans ce beau mandement.

« Il nous faut des prêtres civiques, des évoques civiques, une religion civique... »

Un beau jour on devait trouver que la religion serait bien plus civique sans évoques ni prêtres, et Gobel devait ôtre assez lùche pour le proclamer lui-même.

« Paris, Blois, Soissons, Autun, vous toutes villes épiscopales qui nous avez reconnus pour vos pontifes, élevez maintenant vos tètes orgueilleuses et réjouissez-vous de posséder dans votre sein des prélats créés par Mirabeau, sectateurs zélés de ses doctrines, imitateurs fidèles de ses vertus! »

Comme l'ours de la fable, le métropolitain de Paris lançait de bien lourds pavés à ses collègues, mais il n'était pas plus heureux en louant Mirabeau lui-même. Il fallait être, comme Gobel, le type de l'xidulateur maladroit, pour dire aux Français :

« Vous savez comme il devint aussi bon époux, qu'il avait été fils tendre et respectueux.... vous saurez comment il traita l'hospitalité généreuse et Tamitié confiante. »

Gomme si les démêlés de Mirabeau avec sa femme et sa fa* mille, l'histoire de M"** de Monnier et tant d'autres scandales pouvaient être oubliés! Il était encore au moins imprudent de représenter Mirabeau comme inaccessible à tout sentiment d'intérêt personnel, bien qu'on n'eût pas encore fait sur son compte certaines découvertes. Rien ne manque à ce mandement, pas même une lâche palinodie de l'opposition momentanée que Gobel avait faite à la constitution civile. Il déclare à la un que sa lettre pastorale sera déposée aux archives avec cette inscription.

« A Mirabeau, père de notre Église, Gobel reconnaissant. »

Ce mandement, signé plus bas Courtequeue, secrétaire, excita un rire universel. Comme tous les petits esprits, Gobel ne pouvait manquer de trouver l'idéal de la perfection dans l'homme et dans le régime politique qui lui avaient valu une fortune inespérée. Ce prélat obscur et sans talent s'était trouvé tout à coup évêque métropolitain de Paris, comblé d'honneurs, et gratifié d'un fort beau traitement; une élévation aussi subite avait complètement tourné cette pauvre tête. Aussi , dans cette triste année 4791, il ne voit que « repos, prospérité, gloire, richesse ». Quand ses propres affaires sont si prospères , la France entière doit naturellement nager dans l'abondance et dans la joie. Aussi, dans l'effusion de sa reconnaissance personnelle, il ne songe nullement à déguiser la vérité sur certains points ; il rend hommage à Mirabeau comme au principal auteur du schisme et de sa propre fortune ; la conscience des avantages matériels qu'il doit au chef des persécuteurs hii fait oublier les plus simples convenances de sa position : il exalte comme un père de l'Église un homme qui vient de mourir avec sa pleine et entière connaissance, sans daigner appeler à son chevet un

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prêtre de cette Église constitutionnelle qu'il a établie, sans même prononcer une seule parole chrétienne! L'auteur d'un pareil mandement devait à l'occasion commettre toutes les lâchetés imaginables; il le prouva trop bien dans la suite (i).

Il ne faudrait pas croire que les affaires politiques fussent capables de faire oublier un seul instant la persécution religieuse à l'Assemblée. Elle venait de rendre décret sur décret contre le clergé : il fallait bien en attendre le résultat ; cependant elle ne cessait de chercher un prétexte pour en voter de nouveaux. Quelques jours avant la mort de Mirabeau, elle fut sur le point de rendre contre les prêtres un décret si odieux, et sur un prétexte si futile, que Robespierre lui-même en fut révolté, et scandalisa les Constituants en prenant contre eux la défense du clergé.

Des événements atroces commis à Douai avaient donné lieu à cette scène étrange. Dans cette ville comme dans beaucoup d'autres les fauteurs de désordre étaient parvenus, en répandant des bruits d'accaparement, à exciter chez les classes inférieures la plus dangereuse fermentation. On les avait tellement alarmées, exaspérées, au moyen des contes les plus absurdes, qu'elles avaient pris l'habitude de se livrer aux plus horrible excès contre les prétendus accapareurs. Sous ce prétexte, un malheureux marchand de grains, nommé Nicolon, déjà blessé

(1) On fit célébrer en province, avec beaucoup de fracas, des messes consti* tutionnelles pour Mirabeau, ce qui donna lieu à l'épigramme suivante *

En tapinois je ris tout bas

Quand je vois tout ce qui s'empresse

D'aller sans y croire à la messe

Pour un mort, qui n*y croyait pas.

Ces messes pour Mirabeau, auxquelles assistaient tous les fui drs iconoclastes de 93, furent l'occasion de scènes scandaleuses. Le curé de la Mothe-Héraye près de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) écrivit au comité erclésiaslique qu'au bf^au milieu de la messe pour Mirabeau , un clubiste avait débité malgré lui un violent discours dans Téglise, et que la municipalité avait refusé expressément de s'y opposer. Dans certaines villes on fit un crime aux Frères et aux sœurs qui dirigeaient les écoles de n^avoir pas envoyé leurs enfants à la messe constitutionnelle célébrée pour Mirabeau.

la veille dans une émeute, fut arraché de la prison, où il avait été conduit />owr sa sûreté (l), et lâchement égorgé I On comptait parmi ses assassins un grand nombre de soldats et de gardes nationaux; un commandant de la garde nationale, nommé Derbais, pour avoir voulu le défendre, fut victime de son dévouement et pendu comme lui.

La municipalité s'était conduite d'une manière indigne, mais elle eut soin pour s'excuser de rappeler à l'Assemblée que les soldats et les gardes nationaux avaient fait partie de l'émeute, y avaient joué peut-être le rôle le plus criminel, et lâchement assassiné un de leurs officiers, coupable seulement d'avoir voulu les rappeler à leur devoir. L'Assemblée entendit avec une vive indignation le récit de ces attentats, et voulut de suite

(1) Le 14 mars, on cliargeait à Douai des grains destinas pour Dunkerque, il y eut deg troubles à cette occasion. Le 15 nouTelle émeute, la populace, enliardie par rimpunité, déchargea le bateau de blé qu'on voulait envoyer à Douai et qui appartenait à un marchand nommé Nicolon. La municipalité pour apaiser ces furieux rendit , sur leur demande, une ordonnance qui prescrivait la destruction des couloirs en bois, au moyen desquels les marchands faisaient descendre le blé des greniers dans les bateaux sans que les curieux pussent voir facilement Topération. Le peuple vint lui-même détruire les couloirs, et deux gardes nationaux signifièrent aux fils de Nicolon qu'ils eussent à les détruire euxmêmes *, une rixe eut lieu entre eux, et le malheureux marchand l'ut désigné à Ja fureur de la populace. 11 était allé supplier la municipalité de le protéger, et d'empêcher que son grain ne fût vendu à vil prix par les émeutiers comme on l'en avait menacé ; il ne put rencontrer aucun officier municipal à la maison commune. Le directoire enjoignit à la municipalité de prendre les pri'^cau lions nécessaires et de réunir la force armée. Mais il apprit bientôt qu'une portion du blé avait été déjà enlevée et vendue par les émeutiers. Le pr.icureur général syndic se rendit lui-même avec Kicolon à la municipalité, et n'y trouva encore personne. Les émeutiers encouragés par l'inertie des autoritc's, tentèrent d'assassiner le malheureux Nicolon, qui fut grièvement bless6, par ces énergumènes et transporté en prison, pour sa sûreté, comme on disait alors. Rien n'était au contraire plus dangereux, à cette triste époque, que cetle prétendue mesure de sûreté, car les hommes de sang et la populace qu'ils dirigeaient savaient ainsi où étaient leur victime. D'ailleurs les autorités donnaient une preuve de faiblesse et d'impuissance en incarcérant un homme qui n'avait d'autre tort que d'avoir été volé et maltraité ; lom d'apaiser les furieux, elle^ semblaient reconnatlre la culpabilité de leur victime. Si la désorganisation et Id lâcheté de la force armée ne leur permettaient pas de veiller à la sûreté de cet homme , elles devaient bientôt pour les mêmes causes se trouver impuissantes à défendre sa prison contre les assassins qui voudraient la forcer. De p.ircilles scènes avaient déjà déshonoré la révolution : elles devaient se renouveler à Douai.

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punir sévèrement les officiers municipaux qui les avaient laissé commettre. Pourtant l'affaire n'était pas plus grave que celle d'Aix; qui l'avait bien moins émue; les administrateurs de Douai, bien que très-répréhensibles, l'étaient peut-être moins que ceux d'Aix; mais Nicolon et Derbais n'étaient ni des nobles ni des parlementaires entichés des libertés provinciales, ils n'avaient jamais été accusés d'avoir voulu former un club modéré ; aucune arrière-pensée n'empêcha l'Assemblée de s'abandonner à une indignation bien naturelle lorsqu'elle sut dans quelles circonstances ils avaient été assassinés. Mais il était dit et décidé, dans le parti révolutionnaire, que toutes les horreurs qui se commettraient n'importe où au nom de la révolution seraient rejetées sur les contre-révolutionnaires. On avait voulu excuser les assassinats commis à Aix, en faisant grand bruit d'une prétendue conspiration; on voulut faire retomber tout l'odieux des émeutes de Douai sur les prêtres réfracta ires!

L'élection de l'évêque constitutionnel était fixée pour le 20 mars. La constitution civile avait dès le premier jour subi dans le département du Nord l'échec le plus complet; l'intrusion d'un évêque constitutionnel et l'expulsion des pasteurs légitimes devaient exciter un vif mécontentement chez des populations très-attachées à l'orthodoxie. Alquier, rapporteur de l'affaire de Douai, prétendit que des troubles avaient été annoncés pour le 20 mars, que les électeurs devaient être attaqués, que l'on avait déjà fait des listes de proscription et de mort.

« Vos comités, dit-il, n'ont vu dans ces événements que la suite des projets dont vous avez souvent démêlé les trames, et découvert les auteurs. Ils n'ont pas cru, et vous ne croirez pas non plus que le peuple se soit porté de lui-même à un mouvement aussi violent pour le chargement d'un bateau de blé, dans un pays où la récolte a été si abondante... L'intérêt général appelle votre sévérité, et il est impossible de dissimuler plus longtemps les dangers auxquels peuvent exposer le fanatisme et la rébellion. »

Que venait faire le fanatisme dans une pareille discussion? Si quelque ecclésiastique avait été compromis dans les troubles de Douai, si des émeutiers avaient poussé contre la constitution civile le moindre cri séditieux, si Nicolon et Derbais avaient

joué un rôle quelconque dans les dissensions religieuses qui troublaient le département, on n'aurait pas manqué de le faire sonner bien haut; mais il était clair comme le jour que les querelles des deux clergés n'avaient influé en rien sur cette déplorable afTaire. Les comités de l'Assemblée recevaient depuis longtemps de nombreux rapports constatant des scènes de ce genre. Peu importait que la récolte eût été bonne ; presque partout une populace égarée refusait de laisser partir le blé, le pillait, et maltraitait de prétendus accapareurs. Il s'était simplement passé à Douai, une de ces scènes de désordre et de pillage qui se reproduisaient trop souvent dans toutes les provinces depuis le commencement de la révolution : seulement l'inqualifiable conduite de la municipalité avait encouragé les émcutiers à se porter aux derniers excès ; après avoir pillé, ils avaient assassiné, et ce n'était malheureusement pas le premier assassinat commis sous prétexte d'accaparement. Mais les comités de l'Assemblée comprenaient déjà que l'Église constitutionnelle, malgré ses privilèges et l'appui des autorités, ne tiendrait jamais contre l'Église catholique, tant que celle-ci pourrait, dans une mesure quelconque, faire de la controverse avec elle, et la démasquer. Il fallait donc au plus vite bâillonner le clergé catholique si l'on ne voulait pas voir le schisme; avorter piteusement. Les comités eurent donc l'impudence de prendre prétexte de l'affaire de Douai pour demander à l'Assemblée un décret sévère contre les ecclésiastiques, qui, soit par leurs discours, soit par leurs écrits, excitaient suivant eux le peuple à la révolte contre les décrets. Prêcher ou écrire contre la constitution civile , qui était un décret de l'Assemblée, devait tomber naturellement sous le coup de cette loi.

On demandait à la fois des mesures de rigueur contre la municipalité de Douai et le clergé en général. L'Assemblée était tellement irritée, qu'elle était prête à condamner immédiatement la municipalité de Douai sans l'entendre. Robespierre appuya le premier article du décret proposé par le comité; il mandait simplement à la barre les officiers municipaux de Douai pour venir rendre compte de leur conduite. Il fallait, disait-il, sans prétendre les justifier, leur permettre de présenter leur défense. Ce discours n'avait rien d'excessif. Trop souvent déjà les comités avaient fait à l'Assemblée le récit d'assassinats tout aussi horribles que ceux de Douai; et elle ne s'en

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était pas autant émue, à beaucoup près. Mais le discours de Robespierre fut très-mal accueiii; on l'interrompit violemment, et lorsqu'il s'en plaignit on l'accusa d'insulter l'Assemblée, et on demanda son rappel à l'ordre. Ce fut bien pis encore lorsqu'il passa au second article relatif aux ecclésiastiques.

« Le décret qu'on demande, dit Robespierre, serait du plus grand danger pour la liberté publique. Il serait contraire à tous les principes, on ne peut exercer dé rigueur contre personne pour les discours, on ne peut infliger aucune peine pour des écrits (Murmures), rien n'est si vague que les mots de « discours écrits, excitant à la révolte. » Il est impossible que l'Assemblée décrète que des discours tenus par un citoyen quelconque puissent être l'objet d'une procédure criminelle. Il n'y a point ici de distinction à faire entre un ecclésiastique et un autre citoyen. Il est absurde de vouloir porter contre les ecclésiastiques une loi qu'on n'a pas encore osé porter contre tous les citoyens. Des considérations particulières ne doivent jamais l'emporter sur les principes de la justice et de la liberté ! Un ecclésiastique est un citoyen, et aucun citoyen ne peut être soumis à des peines pour des discours, et il est absurde de faire une loi unique et dirigée contre les discours des ecclésiastiques... J'entends des murmures, et je ne fais qu'exposer l'opinion des membres qui sont les plus zélés partisans de la liberté, et ils appuieraient mes observations, s'il n'était pas question des affaires ecclésiastiques »

La droite applaudit cet auxiliaire inattendu, et le côté gauche montra beaucoup de mauvaise humeur. Robespierre fut trèsmaltraité; mais grâce à son discours l'article relatif au clergé ne fut pas adopté.

Ce Jour-là^ l'homme qui devait être la personnification du régime de la Terreur défendit la liberté religieuse contre ceuxlà mêmes qui sont tous les jours portés aux nues, comme ses fondateurs en France. Le futur dictateur défendit la cause de la liberté de conscience contre le parti constitutionnel ; il eut même du méritée! du courage à la défendre, car il s'attira, pour ce fait, des interruptions violentes et des huées, que ses précédents discours en faveur de la constitution civile auraient bien mieux méritées. L'Assemblée statua sur l'affaire de Douai (1)

(1) Le maire, les officiers municipaux, et le procureur de la commune de Douai, furent déférés au tribunal extraordinaire d'Orléans.

sans oser y môler les prêtres réfractaires, et l'attente des comités fut déçue grâce à Robespierre. Le futur prescripteur, qui avait déjà pourtant une réputation' méritée de prètrophobie, rendit donc ce jour-là au clergé un service très-important; les historiens de cette époque doivent le rappeler dans l'intérêt de l'histoire et aussi pour la singularité du fait.

Le cabinet des Tuileries avait, à force d'importunités, obtenu du pape qu'il différât la condamnation de la constitution civile. Lorsque Louis XVI eut sanctionné la loi du serment, il ne resta plus à ses conseillers le moindre prétexte pour obséder le saint-siége. Ils avaient cru nécessaire de sacrifier complètement les intérêts religieux, c'était bien le moins qu'ils laissassent désormais la cour de Rome agir avec le schisme comme elle l'entendrait. Pie VI attendit encore quelques semaines pour mieux se rendre compte des projet de la révolution, il vit que l'Assemblée s'obstinait plus que jamais à persécuter l'Église, et le déclarait solennellement dans son instruction du 21 janvier. Il put aussi constater que la vie de Louis XVI et celles de ses proches n'étaient pas aussi menacées qu'on s'était plu à le lui dire, lorsqu'on lui avait demandé d'accepter provisoirement la constitution civile. Il résolut donc de se rendre aux supplications des prêtres fidèles qui le conjuraient de dissiper toutes les incertitudes, et de ne point laisser aux ignorants et aux peureux un dangereux prétexte de céder aux décrets de l'Assemblée.

En attendant, il exhortait les évéques qui le consultaient à tenir ferme contre le schisme. Le 2 février il envoya un bref très-flatteur à l'abbé de Vauxponts qui avait refusé l'évêché constitutionnel de Laval. Bien qu'il n'eût pas encore prononcé un jugement solennel, il donnait de justes louanges aux membres du clergé qni avaient combattu pour l'orthodoxie, et condamnait. sévèrement la conduite de ceux qui s'en étaient écartés. Sa lettre à Loménie de Brienne ( 23 février) donnait à entendre que la condamnation solennelle de la constitution civile était proche.

L'archevêque de Sens avait formé le projet de tromper la

l'arrêté du directoire. 203

cour de Rome sur la portée de ses actes, tout en adhérant à la constitution civile. Il voulait ménager ses intérêts et sa tranquillité , en ne se brouillant pas avec la révolution, et cependant ne pas se compromettre avec elle au point de ne plus pouvoir profiter d'une réaction. Il s'était vu avec un grand déplaisir enlever, par la constitution civile, ses opulents bénéfices et son titre d'archevêque ; mais il était fermement résolu à ne pas risquer le traitement et les pensions que la révolution voulait bien lui laisser, tout en guettant l'occasion de reprendre ce qu'il avait perdu. Quant à la religion, ce prélat ambitieux et cupide ne s'en inquiétait nullement. Il écrivit d'abord à Pie Vï, en novembre 1790,qu'il se croyait obligé, pour éviter de grands maux, de se soumettre provisoirement à la constitution civile. La situation, disait-il , était pleine de périls ; les chanoines de Sens, quoique supprimés, avaient voulu continuer leurs offices, on avait fermé les portes de la cathédrale pour les en empêcher. L'attitude des curés était mauvaise : la résistance ouverte à la constitution civile pourrait être fort dangereuse, car elle entraînerait la suspension des offices pendant quelque temps, et il ne faut pas que le peuple s'habitue à l'absence du culte. 11 reconnaissait qu'il était difficile de se conformer aux circonscriptions nouvelles créées par l'État ; mais si les évoques voisins, qui avaient une partie de leurs diocèses comprise dans le département de l'Yonne, n'exerçaient pas leur ministère vi aut sponte siiay il croyait pouvoir les suppléer comme dans un pays de mission au milieu des infidèles. Il signalait le presbytéranisme comme un grand danger, et cependant exécutait les lois qui le consacraient. Quant aux élections des curés, il courbait également la tête devant les innovations de l'Assemblée, mais déclarait qu'il examinerait très-sérieusement les choix des électeurs, et se gardait bien de dire comment il s'en tirerait avec le recours des élus aux tribunaux civils. Comme il n'y avait pas moyen de trouver une atténuation quelconque à une pareille disposition, il aimait mieux n'en pas parler du tout. Enfin, après avoir annoncé qu'il céderait sur tous les points, il faisait de grandes protestations d'attachement et de fidélité au saint-siége.

Quelque temps après Loménie prêtait serment à la constitution civile, et écrivait au Pape une nouvelle lettre pour expliquer sa conduite : il avait prêté serment, disait- il, mais de bouche seulement et sans aucun assentiment intérieur; et pour apaiser le

saint-siége, il critiquait amèrement cette môme constitution, qu'il trouvait si orthodoxe devant les autorités civiles, et parlait de ces dernières en des termes qu'il aurait était très-fâché de voir publier.

Mais à Rome on devina tout de suite son jeu. Le pape lui écrivit le 23 février 1791 une lettre très-digne et très-ferme. Il lui reprocha d'abord de n'avoir pas souscrit à l'exposition des principes comme l'avaient fait ses collègues, à l'exception de quatre d'entre eux, et se déclara très-scandalisé de ses prétendues explications.

« Nous ne trouvons point de termes pour peindre la douleur que nous avons ressentie en vous voyant écrire et publier des sentiments indignes d'un archevêque et d'un cardinal ; mais ce n'est ici ni le temps ni le lieu de vous convaincre des erreurs où vous êtes tombe. Nous nous contentons de vous dire en passant que vous ne pouviez imprimer un plus grand deshonneur à la pourpre romaine qu'en prêtant le serment et en l'exécutant, soit par la destruction de l'ancien et vénérable chapitre de votre église, soit par l'usurpation d'un diocèse étranger, irrégulièrement remis entre vos mains par la puissance civile. De tels actes sont des forfaits détestables.

« Alléguer pour couvrir votre faute que votre serment a été purement extérieur, que c'est la bouche et non le cœur qui l'a prononcé, c'est avoir recours à une excuse aussi fausse qu'indécente.... »

Loménie avait écrit au pape qu'il avait refusé l'institution canonique à Avoine, curé de Gomecourt, nommé à l'évôché de Versailles par les électeurs, tout en le prévenant qu'il recevrait encore des demandes semblables, et qu'il serait obligé d'y consentir ou de renoncer à son siège. Le pape lui reprocha ses lâches condescendances, lui défendit de donner l'institution aux intrus ni de les sacrer, et lui signifia que s'il ne se rétractait pas à propos, c'est-à-dire complètement et publiquement, il agirait canoriiquement contre lui et le dépouillerait de sa dignité de cardinal.

Cette lettre n'était pas un de ces actes que le souverain pontife adresse à TËglise universelle ; elle ne reçut donc pas une publicité officielle. Loménie aurait bien désiré l'enfouir, afin de laisser croire aux prêtres de son diocèse que sa conduite était au moins tolérée par le pape, et de continuer ainsi son double jeu ;

l'arrête du directoire. 205

mais un document pareil ne pouvait rester secret : l'abbé Maury , qui en avait une copie, eut soin de le faire connaître.

Ladiv ilgation de cette lettre causa une grande émotion. Tous les hommes de bonne foi, dont la terreur ne troublait pas le jugement, ne doutèrent plus que le pape ne désapprouvât formellement la constitution civile, et ne fût sur le point de la condamner solennellement. Loménie fut profondément humilié ; il sentit la nécessité de prendre un parti décisif, car il pouvait être compromis avec les révolutionnaires. Il n'osa point soutenir impudemment, comme devaient le faire ses collègues de l'Église constitutionnellQ, qu'il n'était point condamné par le saint-siége, et que la pièce qu'on faisait circuler était supposée ; mais il protesta devant les révolutionnaii*es de la sincérité de son serment, et soutint que sa lettre avait été mal comprise, et qu'il n'avait pas professé à propos du serment l'odieuse théorie que le pape avait si vivement blâmée. Pour prouver qu'il brûlait complètement ses vaisseaux, et passait sans arrière- pensée dans le camp de la révolution^ il envoya au pape le 26 mars sa démission de cardinal.

Quelques jours après sa lettre à Loménie, Pie YJ, dans un bref daté du 10 mars et adressé au cardinal de la Rochefoucauld, fit une censure très- vive de la constitution civile. Ce n'était pas encore une condamnation définitive; le saint-père demandait seulement aux évoques français de lui communiquer leur opinion ; mais tout le monde reconnut qu'en réalité cette lettre contenait la condamnation de l'Église constitutionnelle. Les erreurs de l'Assemblée y sont théologiquement réfutées comme dans l'exposition des principes. Le pape proteste énergiquement contre les accusations des révolutionnaires, qui soutiennent qu'en condamnant la constitution civile il a seulement en vue le rétablissement de l'ancien régime.

a Nous ne voulons points dit-il, qu'on s'imagine que nos |)aroles sur l'obéissance due aux puissances légitimes ont été dites dans l'intention d'attaquer les nouvelles lois civiles que le roi a pu accepter, puisqu'elles sont du ressort de la puissance temporelle, et qu'en les prononçant nous ayons eu en vue de rétablir l'ancien régime politique, comme le publient des calomniateurs pour rendre la religion odieuse (t)... »

(1) « Veruintamenquœ de obedientia legitimis potestatibus débita asseniimus, Dolumus eo accipi sensu ut a nobis dicta fuerint anime oppugnandi novas ci-

206 CONSTITUTIOlf CIVILE DU CLERGÉ.

Le pape déplore les malheurs de TÉglise de France, les persécutions qu'elle subit, les principes dangereux qu'on proclame ouvertennent. 11 flétrit particulièrement la conduite de Talleyrand, son serment, ses consécrations sacrilèges, et fait une comparaison malheureusement trop justifiée entre la conduite de l'Assemblée et celle de Henri VIÎI. Il rappelle aussi aux profanateurs le châtiment d'Héliodore, et invite le clergé à prendre saint Thomas Becket pour modèle. Cependant il n'excommunie pas encore les intrus, mais annonce qu'il le fera bientôt.

Nous n'avons pas besoin de nous occuper de ce que les vrais révolutionnaires ont dit ou peuvent dire encore de ce bref. Il suffit que ce soit un acte du pape, et qu'il soit en désaccord avec la révolution, pour qu'ils l'honorent de mille injures et qu'ils lui lancent les accusations les plus hétéroclites. Nous voulons seulement relever les reproches adressés à ce bref par des libéraux modérés, qui ont sans doute, par tradition de parti , une malveillance instinctive, involontaire, pour tout acte du pape, mais avec qui cependant une discussion raisonnable est possible. Des écrivains, qui blâment pourtant la conduite de l'Assemblée dans les affaires religieuses, ont reproché vivement au pape d'avoir, dans son bref du 10 mars, parlé avec beaucoup d'amertume des grandes conquêtes de la révolution, et de certaines libertés proclamées dans la déclaration des droits. Nous croyons qu'ils devraient beaucoup plus tenir compte et de la déclaration solennelle faite par Pie VI qu'il n'entendait nullement pousser à la restauration de l'ancien régime, et de la manière dont toutes ces questions étaient posées. En 89, comme on le fait encore trop fréquemment de nos jours, on avait posé en principe dans tous les actes solennels la liberté illimitée en tout et pour tout, comme faisant meilleur effet sur la masse du peuple. H y avait alors comme maintenant dans la conduite de ceux qui s'intitulent libéraux cette contradiction qui consiste à proclamer officiellement la liberté sans aucune limite, et ensuite à lui mettre dans la pratique pour le bon ordre des restrictions souvent fort importantes. C'est la mode de donner aux principes dans les déclarations de droits et dans les constitutions une portée effrayante, et de changer

Tiles leges, quibus rex ipse prœstare potuit assensum, utpotead illius profonum regimen pertinentes, ac si per nos co consilio allata sint, ut omnia ad priai inum civilem statum redintegrentur, juxta quorumdam calomniatorum evulgatas interpretationes ad cooflandam religion! invidiam... » Tueikcr.

l'arrêté du directoire. 207

tout cela par des lois spéciales. Il est trop évident qu'en procédant de la sorte^ en exagérant au peuple ses droits, et ne lui parlant jamais de ses devoirs, on a considérablement ébranlé en France les bases de Tordre social, et inspiré aux masses non point l'amour de la liberté, mais celui de la licence. Des principes posés avec cette exagération et cette emphase ne pouvaient recevoir l'approbation du chef de l'Église ; mais lorsqu'il cessait d'envisager la théorie révolutionnaire, pour la considérer dans ses résultats pratiques, lorsqu'il jugeait l'arbre par ses fruits, cornbien de choses n'avait-il pas à déplorer I La révolution n'avait alors à se glorifier ni de la sagesse des lois particulières qu'elle avait déjà faites, et que maintenant beaucoup de libéraux n'essayent même plus de défendre, ni de l'état du pays où un grand nombre d'individus, grâce à la faiblesse ou à la connivence des autorités, selivraient à une licence effrénée et opprimaient leurs compatriotes. Il était incontestable que la révolution avait déjà causé en France les plus graves excès et qu'on avait lieu d'en, redouter de bien plus grandsencore; il n'était pas nécessaire d'être pape ni prêtre pour discerner à l'horizon non pas des points noirs, mais un effroyable orage qui allait fondre sur notre malheureuse patrie !

Si le pape examinait la situation au point de vue religieux , il avait encore de bien plus fortes raisons de s'indigner; il voyait en France le schisme imposé brutalement aux fidèles par une Assemblée qui ne manquait jamais l'occasion de déclarer qu'elle le maintiendrait impitoyablement. Cette liberté politique, cette liberté des cultes tant vantées n'étaient pour les catholiques qu'une odieuse piperie ; la révolution avait pour système de ne point leur laisser la moindre liberté, et d'accorder contre eux toute licence à leurs ennemis, et elle décorait ce système de persécution du beau nom de liberté religieuse ; c'était la tyrannie d'Henri VIII avec l'hypocrisie en plus! Il était impossible que le pape ne s'élevât point contre des doctrines proclamées avec si peu de sincérité , et qui avaient amené déjà le schisme et l'oppression des consciences.

Il y a encore bien peu d'années, il était convenu que jusqu'en 1792 tout avait été admirable dans la révolution. On repoussait systématiquement l'importun souvenir de la détestable administration que la Constituante avait créée, de l'anarchie et des désordres qui désolèrent la France pendant cette période; et beau-

coup de gens en étaient venus de la sorte à croire naïvement que ces années avaient été tranquilles et florissantes. Voilà pour la politique. Quant à la religion^ les mêmes gens estimaient qu'elle n'avait alors aucun motif de se plaindre; en effet avant i793 était-on guillotiné? était-on déporté en Guyane pour dire ou entendre la messe? Évidemment non. Eh bien, alors, de quoi se plaignait-on ? Si le pape et les évéques réclamaient, c'était par amour de l'ancien régime, et par intolérance religieuse ! Voilà comme on a raisonné longtemps, et il en reste encore quelque chose môme chez de très-bons esprits. Nous n'en sommes point surpris. La conduite de l'Église catholique pendant la révolution a été si odieusement calomniée depuis soixante ans par le parti soi-disant libéral, l'Assemblée constituante a été tellement érisgée en fétiche parjes révolutionnaires de toutes nuances , qu'il faut aux écrivains libéraux un très-grand amour de la vérité historique pour lui donner tort vis-à-vis du catholicisme, ce qui semble particulièrement humiliant à leur parti. Aussi des historiens qui repoussent en principe la constitution civile ont-ils fait certains reproches au bref du 10 mars; on s'est scandalisé de voir le pape réclamer pour l'Église de France une situation meilleure que celle des églises dissidentes. C'est juger la question d'après les idées à la mode dans le parti libéral en i872, car le système de l'égalité absolue de tous les cultes au point de vue de l'argent et des honneurs ne prédominait nullement dans l'Assemblée qui avait fait à l'Église constitutionnelle une situation pécuniaire et honorifique bien supérieure à celle dos Églises luthérienne et calviniste. On a prétendu aussi que ce bref rendait toute conciliation impossible ( 1 }. Il n'y avait pas la moindre chance de conciliation ; la révolution ne voulait qu'une chose : la capitulation des consciences catholiques devant ses déciets. Le bref du 10 mars a fortement contribué à l'empêcher ; les ennemis des Églises d'État doivent au contraire en savoir beaucoup de gré à Pie VL A qui la faute si toute conciliation était

(1) M. de Prei^sensë s'est laissé on peu entraîner par l'esprit de parti en écrivant (page 165) au sujet du bref du 10 mars: « Après un tel défi jeté à la révolution il était insensé d*espérer une réconciliation. » : L'honorable Lislorien a oublié qu'il avait lui-même ainsi qualifié (p. 140) la conduite de l'Assemblée à l'égard du clergô : « On n'avait plus qu'un seul désir, écraser son ennemi ; et on se souciait peu d'écraser avec lui la liberté qu'on avait voulu fonder.... « Comment espérer une conciliation quelconque avec de pareilles gens!

l'arrêté du directoire. 209

impossible? A ceux qui après avoir fabriqué la constitution civile avaient expulsé de leurs sièges les évéques et les prêtres réfractaires, installé des intrus à leur place et proclamé plusieurs fois en pleine Assemblée que rien ne les détournerait d'imposer leur église schisniatique au pays. De tout temps ils avaient déclaré solennellement qu'ils étaient les maîtres de décréter tout ce quils voudraient sur les affaires religieuses, et repoussé avec le plus profond mépris la proposition de s'entendre soit avec Rome, soit avec l'Église de France. L'une et l'autre n'avaient qu'à s'incliner devant leurs décisions. Cette conduite est tellement insensée ; elle a occasionné de si grands désastres, que les admirateurs de 89 ont fait et font encore les plus grands efforts pour en atténuer l'odieux, mais les discours et les actes de la Constituante rendront toujours cette tâche impossible. Quand on cherche à savoir non pas ce qu'elle aurait pu faire, mais ce qu'elle a fait, on voit apparaître dans tousses actes (1) sa volonté ferme et persévérante d'établir en France le schisme constitutionnel, d'en faire une institution essentielle au nouveau régime, et de donner à ses doctrines hérétiques sur l'asservissement de l'Église la première place parmi les principes de 89.

D'ailleurs quand bien même tout espoir de transaction n'aurait pas été complètement perdu, en quoi le bref du 10 mars aurait-il été inopportun ? Avait-on consulté le pape au nom de l'Assemblée? S'était-on le moins du monde enquis de son opinion? Ne s'appuyait-on pas au contraire sur son silence pour soutenir que la constitution civile ne blessait pas les consciences? Il avait toujours été impossible de négocier avec l'Assemblée; le pape était donc forcé de se prononcer sur la constitution civile et de se prononcer carrément, pour lever toute incertitude. Le bref du 10 mars ne contenait encore aucune censure formelle : si l'Assemblée avait eu le moindre respect pour la liberté religieuse et le plus faible désir d'arriver à une transaction, elle aurait reconnu qu'il ne lui était plus permis de se targuer de l'approbation tacite du pape, et elle eût entamé des négociations. Mais elle s'obstina dans l'exécution de la constitution civile, car elle entendait réduire la religion à n'être plus qu'un service administratif, et, se trouvant dans l'impuissance d'abolir la papauté, comme elle avait aboli la moitié des évêchés, les ordres religieux et les cha-

(1) Sauf dans la loi da 7 mai, bien vite abandonnée.

pitres, elle ne voulait du moins reconnaître au pape aucune autorité sur les consciences.

Il ne faut point d'ailleurs se méprendre sur Teffet produit par le bref du 10 mars. Les écrivains libéraux paraissent généralement croire que ce bref opéra la scission entre les deux Églises catholique et constitutionnelle. Ils se trompent complètement. Il est sans doute du devoir de tous les pasteurs de recourir au saint-siége quand la foi est menacée ; mais lorsqu'on veut leur imposer ce qui est clairement défendu par la loi divine , ils n'ont pas besoin, pour s'y refuser, d'attendre la décision de Ilome. Les évoques et les prêtres, pour la plupart, reconnurent bien vite et par eux-mêmes toutes les erreurs de la constitution civile, et s'empressèrent de la signaler à lafois au saint-siége et à leurs ouailles. Ils consultèrent sans doute le saint-siége, mais ce fut avant tout pour s'entendre avec lui sur la manière de lutter contre le schisme et l'hérésie; quanta la constitution civile elle-même, ils voyaient parfaitement son hétérodoxie. Dès que les collèges électoraux furent convoqués pour nommer des évêques et des curés, et que ces intrus furent installés violemment, le schisme se trouva constitué. Les choses en étaient là quand le bref du 10 mars fut publié ; l'Église constitutionnelle était installée, et le clergé de France, suivant les impulsions de son courage et de son dévouement, avait de lui-même entamé la lutte contre les intrus , et quand bien même le bref aurait encore tardé plusieurs mois, la situation n'en aurait pas été considérablement modifiée. On ne saurait donner trop de louanges au clergé français pour sa conduite à l'égard de la constitution civile, car il l'a combattue théoriquement à son apparition, puis il a tenu haut et ferme le drapeau du catholicisme, et élevé autel contre autel; et avant qu'aucune condamnation ait été prononcée par le saint-siége, il a trouvé dans ses propres lumières et dans son zèle à toute épreuve la force de braver des périls sans nombre pour l'intégrité de la foi I

On ne peut donc accuser le saint-siége d'avoir agi avec trop de précipitation. Nous avons déjà expliqué comment la cour de France, jouant sans le savoirlejeudesschismatiques, l'avait empêché de se prononcer plus tôt. Pourtant les admirateurs de la Constituante doivent regretter qu'il ait attendu si longtemps. Il est vrai que l'Église constitutionnelle s'en est bien trouvée pendant quelques mois, mais cela ne leur importe guère, car

l'arrêté du directoire. 211

elle n'en est pas moins morte et enterrée depuis longtemps. Mais si le pape l'avait condamnée trois ou quatre mois plus tôt, en novembre 1790, avant qu'on eût tenté l'application des décrets, ils n'auraient pas manqué de dire que Pie YI avait tout gâté par trop de précipitation , qu'une assemblée si sage , si éclairée, à qui nous devons tant de libertés, n'aurait jamais opprimé les consciences, et que si elle a chassé les évoques et les curés de leui's églises, mis des intrus à leur place , et défendu d'élever autel contre autel, il faut uniquement s'en prendre aux impmdentes provocations du saint-siége. Nous sommes parfaitement autorisé à supposer qu'on aurait tenu ce Ianp;age , car certains écrivains ont dit à peu près la même chose, à l'occasion du bref du 10 mars, qui pourtant est venu lorsque les intrusions étaient consommées et la persécution commencée.

Ainsi donc le clergé français, soutenu seulement par l'approbation tacite du saint-siége, a de lui-même commencé la lutte contre les décrets schismatiques de l'Assemblée ; et le pape, sûr de son courage, n'a pas jugé indispensable de condamner immédiatement la constitution civile. Le bref du 10 mars ne lui a point tracé son devoir, qu'il connaissait très-bien , et qu'il avait déjà fait avec beaucoup de fermeté ; il est venu seulement le fortifier, l'approuver solennellement , et enlever toute excuse aux peureux et aux dupes qui n'osaient pas suivre ses exemples. Ce bref a été une sommation solennelle faite aux poltrons et aux retardataires de se lever pour la bonne cause. La majorité des curés dans plusieurs départements et beaucoup de prêtres dans le reste de la France s'étaient laissé intimider et avaient fait des compromis avec leurs consciences : trompés par de faux bruits artificieusement répandus, ils avaient pris sur eux de se soumettre provisoirement à l'Église constitutionnelle en attendant la réponse du pape : de cette façon on évitait certains dangers et la perte d'un quartier de son traitement. Illeur était difficile de s'imaginer que la révolution, après avoir tant caressé les curés, tant protesté de son respect pour la religion, dût persévérer à leur imposer le schisme, et ils attendaient naïvement qu'elle devînt plus raisonnable. Le bref du 10 mars produisit une vive impression sur ces ecclésiastiques, et ramena à l'orthodoxie tous ceux qui n'avaient pas oublié l'esprit de leur état, ou n'étaient pas entièrement esclaves de la peur.

Ce bref était accompagné d'une lettre au roi. Le pape lui te-

nait sur ies affaires religieuses le même langage que dans les lettres précédentes. Il déplorait le mal qu'il avait produit en sanctionnant des décrets qui ne pouvaient être approuvés en aucun cas a pas même provisoirement, pas même pour le plus léger terme x>, et lui faisait comprendre qu'il avait ainsi assumé une immense responsabilité ; il lui citait ces paroles de saint Avitus au roi Gondebaud : a Les mouvements tumultuaires n'étaient pas un motif qui dût vous dispenser de rendre publiquement hommage au Créateur de l'univers; c'était même au milieu des fureurs populaires qu'il fallait faire de vive voix la solennelle confession de la foi que vous prétendez être au fond de votre cœur. » Le pape avait le droit de lui écrire avec quelque sévérité, car il lui avait fait perdre un temps précieux en négociations inutiles, pour sacrifier en définitive les intérêts de la religion aux calculs erronés de sa politique. Grâce à l'attitude énergique de la majorité du clergé, la sanction royale, donnée, avant que Rome eût parlé , n'avait pas entraîné toutes les tristes conséquences qu'on était en droit de redouter, mais ces retards avaient facilité beaucoup de défaillances individuelles dans le clergé, et valu à la constitution civile des adhésions momentanées, qu'elle n'aurait jamais eues si la question eût été tranchée plus tôt.

La transformation de l'Église catholique de France en une Église nationale etservile; du prêtre catholique en un personnage semblable au ministre anglican ou au pope russe , était alors l'idée fixe de la majorité de la Constituante , à ce point qu'un échec complet, honteux, irréparable , pouvait seul l'arrêter dans la réalisation de ce beau plan. Cet échec elle l'eut; mais diverses circonstances pouvaient à la rigueur l'autoriser à concevoir quelques illusions. Pour toutes les causes que nous avons indiquées plus haut, bien des ecclésiastiques qui devaient rompre ouvertement avec l'Église constitutionnelle, deux ou trois mois après^ parurent tout d'abord ne point la repousser. On croyait dans le camp des Constituants que jamais le pape n'oserait prononcer une condamnation, et l'on espérait que les réfractaires, vexés, opprimés et sans argent , se lasseraient de la lutte, prendraient le silence du pape pour un désaveu, et viendraient en foule à l'Église constitutionnelle. Au contraire, le nombre des réfractaires était destiné à s'accroître sans cesse par des rétractations. Mais si l'Église constitutionnelle avait été

l'arrêté bu directoire. 213

condamnée plus tôt^ aucune de ces iIlusionsn*auraitété possible, et les plus fanatiques prétrophobes auraient été obligés de reconnaître eux-mêmes dès le premier jour qu'elle n'était pas née viable. On le comprit bien à Rome, et il était impossible que Pie VI, tout en rendant justice aux excellentes intentions de Louis XYI, s'abstînt complètement de lui rappeler les tristes résultats de la politique qu'il s'était laissé imposer.

La condamnation formelle de la constitution civile fut prononcée par le bref du 13 avril. Le pape décerna des louanges à l'Exposition des principes, déclara les élections constitutionnelles illégitimes, les consécrations sacrilèges, les consacrés sans juridiction et suspens de toutes fonctions ecclésiastiques, ainsi que leurs consécrateurs. Les jureurs furent sommés de se rétracter dans les quarante jours , sinon déchirés suspens, et soumis à l'irrégularité s'ils continuaient leui*s fonctions.

Le pape écrivit aussi à Louis XYI à propos de la démission du cardinal de Bernis, ambassadeur à Rome, qui avait refusé de prêter son serment, et lui fit passer différents documents sur la constitution civile. Il écrivit aussi le 16 avril une lettre aux habitants de Strasbourg pour les mettre en garde contre le schisme, et félicita leur évoque, le cardinal de Rohan, du zèle qu'il déployait contre les innovations de l'Assemblée.

On ne pouvait plus dire que le pape allait donner sa sanction , comme Louis XVI avait donné la sienne. Les constitutionnels sentirent la portée du coup qu'ils venaient de recevoir; aussi essayèrent-ils d'en atténuer la gravité à force d'impudence et de mensonge. Nous raconterons plus loin les ignobles moyens qu'ils employèrent pour empêcher que les brefs du pape ne vinssent à la connaissance des fidèles, et pour jeter des doutes sur leur authenticité.

Le 4 mai 1791, les évêques de France députés à l'Assemblée répondirent au pape. Leur Exposition avait été adoptée par leurs collègues; prêts à tous les sacrifices, ils n'avaient jamais essayé de troubler l'ordre civil, étaient toujours efforcés de déterminer l'Assemblée à faire revêtir de formes canoniques les changementsqu'elle voulait opérer, mais leur modération ne leur avait valu que des injures. Us priaient le saint-père de ne point se préoccuper de leur sprt, et pour que la haine des révolutionnaires contre leurs personnes n'apportât aucun obstacle à la pacification, ils le suppliaient d'accepter leurs démissions.

Le ton de celte lettre est très- modéré, et on a voulu exploiter cette modération contre TËglise elle- môme en prétendant que les évéques avaient dans cet acte apprécié la révolution et leurs devoirs envers la société civile tout autrement que le pape. Accusés constamment de faire une opposition purement politique et même de conspirer, les évéques devaient naturellement insister sur leur ferme volonté d'obéir aux lois purement civiles qui n'attenteraient pas aux droits sacrés de l'Ëglise. Le pape était dans une situation toute différente, et n'avait aucun besoin de faire de semblables protestations. Il avait déclaré plus d'une fois qu'il ne s'occupait nullement des lois civiles de la France, mais des innovations religieuses de l'Assemblée, et c'était suffisant. Il ne faut pas oublier que parmi les signataires de cette pièce il en est plusieurs qui, au moment du concordat, pour des motifs respectables sans doute, mais erronés, ont refusé leur démission, au risque d'entraver la conciliation. On ne saurait donc se targuer de cette lettre pour prétendre que les évéques s'étaient montrés beaucoup plus conciliants que le pape, et plus disposés à transiger avec la révolution.

Depuis l'installation de Gobe! , les deux Églises catholique et constitutionnelle étaient en présence à Paris. Cotte dernière s'était fait donner tous les temples; les autorités affichaient pour elle le plus grand respect ; son pontife et ses prêtres étaient portés aux nues : l'Assemblée, les administrations, les clubs, la populace se réunissaient pour l'exalter, et pourtant elle n'était pas née viable, et personne n'en était plus convaincu que ses plus zélés apologistes. Si l'on ne faisait pas des efforts prodigieux pour la soutenir, si l'on ne ramenait pas à Gobel les prêtres non-conformistes par la terreur, elle était évidemment destinée à s'affaisser petit à petit et à périr dans le ridicule et le mépris. La révolution était ainsi exposée à subir un échec qui pouvait entraîner les conséquences les plus graves. Tel était l'avis dos philosophes qui s'étaient faits les patrons de l'Église constitutionnelle, et il faut leur rendre cette justice qu'ils ne reculèrent devant aucune violence pour soutenir leur œuvre.

On avait eu recours à tous les moyens, à la corruption, à la

l'àrrétë du directoire. 215

menace, pour obtenir le plus de serments possible; les jacobins avaient pu faire avec la plus complète impunité des scènes horribles dans les églises , et les prêtres fidèles avaient couru les plus sérieux dangers ; et cependant le serment n'avait été prêté que par la minorité , et celte minorité s'affaiblissait déjà par des rétractations. Pour renforcer le clergé constitutionnel, on raccolait partout des ecclésiastiques venus de tous les coins de la France , des moines qui depuis leur sortie du couvent avaient mené une existence vagabonde et fort peu religieuse ; et les croyants se sentaient encore plus de dégoût pour l'Église constitutionnelle et ses ministres. Ils allaient en foule entendre les non-conformistes dans les chapelles des couvents. Les gens du peuple, qui avaient conservé quelques sentiments religieux , voyaient avec ébahissement cette multitude de personnes qui entraient dans des chapelles jusqu'alors peu fréquentées, et ces nombreux équipages qui attendaient à leurs portes; leur attention se portait alors sur cette constitution civile dont ils n'avaient pas compris d'abord l'hétérodoxie , et les curés constitutionnels voyaient déjà diminuer le nombre des paroissiens des classes inférieures, qui par ignorance continuaient à fréquenter des églises profanées maintenant par les intrus.

Les prêtres réfractaires , empêchés par la révolution de prêcher et d'exercer leurs fonctions curiales , avaient pourtant dans certaines paroisses continué de dire leurs messes, comme la constitution civile elle-même le leur permettait. Les croyants, qui ne pouvaient toujours aller aux chapelles des couvents, assistaient en foule à ces messes. Les révolutionnaires avaient espéré que les prêtres catholiques et constitutionnels, se rencontrant dans les mêmes temples, finiraient par se réconcilier et que l'Église constitutionnelle en profiterait. Ils avaient compté que les catholiques, après avoir entendu deux ou trois fois dans leur paroisse la messe d'un réfractaire, finiraient par reprendre leurs anciennes habitudes , par entendre la messe de n'importe quel prêtre et que la division serait finie. Cette promiscuité momentané e n'eut aucun des résultats qu'ils espéraient, elle servit seulement à montrer qu'il y avait un abîme entre les deux cultes.

Quand on entrait dans l'église pour entendre une messe, on s'informait si le prêtre qui allait la dire avait prêté serment ou

l'avait refusé. S'il était réfractaire, les fidèles venaient en grand nombre^ laissant les prêtres constitutionnels dire leurs messes dans la solitude. La messe de paroisse du curé constitutionnel était de plus en plus désertée , et il y avait foule dans l'église pour entendre une messe basse dite par un ancien vicaire expulsé pour refus de serment. Ce mélange des deux cultes, qui avait été favorisé d'abord dans le but d'attirer à l'Église constitutionnelle et de dissimuler la désertion des paroisses, tournait contre l'Église de la révolution, car il procurait aux réfractaires des triomphes éclatants et aux assermentés des avanies indirectes. Ces derniers pouvaient lire en pleine église sur la figure des paroissiens le mépris qu'ils leur inspiraient, et ils les voyaient éviter leurs messes , comme ils auraient évité celles de popes russes.

Les révolutionnaires de toutes nuances , les beaux esprits de l'Assemblée, comme les plus grossiers jacobins, étaient également furieux contre les réfractaires. Si quelques membres du parti constituant reconnaissaient qu'on était allé trop loin, ils se gardaient bien d'en souffler mot , de peur de se faire de mauvaises affaires, et laissaient les frénétiques libres d'agir comme ils l'entendraient. Les philosophes avaient beau faire des menaces terribles, et quelquefois aussi se mettre en frais de cafardise, rien n'y faisait ; les églises constitutionnelles , sauf dans quelques faubourgs, étaient abandonnées. Ils avaient établi à grands frais une église de leur façon, et elle était condamnée à prêcher dans le désert. Us étaient venus à la messe de leurs curés, lorsqu'il s'était agi de les installer, d'entendre un premier prône qui était ordinairement un discours de club, et de maltraiter au besoin tous ceux qui ne manifesteraient pas un enthousiasme suffisamment constitutionnel. Une pareille séance à l'église n'avait rien de commun avec la religion , c'était une conséquence de leur vie de clubiste ; mais ils n'entendaient nullement continuer à venir aux églises constitutionnelles ; elles étaient faites pour les catholiques, qui étaient tenus d'y accourir enfouie, afin d'entendre prêcher constitutionnellement l'Évangile ; mais pour eux, leur patriotisme et leurs lumières les en dispensaient. Ils étaient prêts à tout faire pour les prêtres assermentés à la condition de ne pas suivre leurs messes; quant à mettre les pieds dans leurs confessionaux, nous n'avons pas besoin de dire qu'il n'en fut jamais question !

l'arrêté bu directoire. 217

Les laïques qui refusèrent d'adhérer au schisme reçurent tout comme les prêtres une foule d'avanies. L'Église constitutionnelle était à peine installée, et l'on pouvait déjà facilement pressentir que ses partisans se porteraient bien vite aux plus odieux excès contre les orthodoxes. Certains révolutionnaires se rendaient dans les églises , non point par un motif quelconque de dévotion "mais simplement pour espionner, dénoncer et menacer. Ils venaient prendre note de ceux qui suivaient les messes desréfractaires, et quand ils les voyaient éviter celles des assermentés, en dépit de la sainteté du lieu, qui ne les inquiétait guère , ils leur faisaient souvent des scènes scandaleuses. Tous ces drôles se comportaient à l'églisQ comme dans leurs clubs , lançaient des insultes aux prêtres, des propos grossiers et injurieux aux femmes, et s'efforçaient de faire venir les catholiques aux messes constitutionnelles par la crainte des avanies. Ils étaient malheureusement encouragés par des révolutionnaires qui étaient bien au-dessus d'eux par leur éducation et leur position.

Leurs tentatives d'intimidation ne réussissaient pas; ils en vinrent tout de suite aux voies de fait les plus abominables. Les couvents de Paris refusèrent de reconnaître Gobel pour leur légitime évêque, et de recevoir sa visite canonique. Il était impossible d'assimiler les religieuses aux prêtres qu'on qualifiait de fonctionnaires publics ; elles ne faisaient nullement partie de TÉglise constitutionnelle ; d'après les lois nouvelles, elles n'étaient que des personnes privées, autorisées par l'Assemblée à vivre ensemble et à continuer leur état pendant le reste de leur vie , si tel était leur goût. Mais on était décidé, dans le parti révolutionnaire, à les traiter comme des esclaves de l'État, destinées à s'incliner devant la religion de l'État, et n'ayant aucun droit à invoquer la liberté religieuse. Leur résistance mit partout les autorités révolutionnaires et les clubistes dans une colère épouvantable. Elles formaient une sorte de classe intermédiaire entre le clergé et les laïques ; elles eurent aussitôt leur part dans la haine que le clergé réfractaire s'était attirée, et cette haine fut d'autant plus forte , qu'on ne pouvait expliquer leur attachement à l'orthodoxie par les motifs intéressés et antipatriotiques qu'on prêtait au clergé. Leur exemple en était d'autant plus dangereux surtout auprès des classes inférieures. Le parti révolutionnaire était animé d'une rage brutale contre tous

2!8 coNSTmmon ctvilb 00 clergA.

les catholiques, prêtres et laïques; mais ces derniers étaient trop nombreux ; la première fureur de ces fanatiques se passa sur les religieuses; on était sûr de les trouver dans leurs couvents quand on voudrait ; on était sûr aussi , et c'était un grand point pour la lâcheté révolutionnaire, de ne courir aucun risque en venant les outrager. Un laïque dont on envahirait la maison pourrait en dépit du nombre des envahisseurs faire un effort désespéré pour défendre les siens contre leur brutalité ; il y avait encore là une chance de recevoir par hasard une balle de pistolet, ou un coup de couteau: on n'avait rien de pareil à craindre quand on venait maltraiter des religieuses ; aussi les révolutionnaires montrèrçnt-ils tout de suite une prédilection toute particulière pour ces courageuses expéditions !

Le 9 avril, une bande de mégères qui faisaient partie de toutes les émeutes, avec un grand nombre d'hommes, les uns habillés en femmes, les autres sans aucun déguisement, envahit successivement les couvents de Paris, se jeta sur toutes les religieuses , et sur les personnes qui étaient retirées dans leurs couvents , et s'amusa à les battre et à les flageller en public. La municipalité n'eut garde de les déranger dans cette patriotique occupation.

Voici comment un journal du temps raconte cette ignoble journée :

* « Nos braves gardes nationaux eurent la douleur, comme à l'hôtel de Castries, de se voir, faute d'ordres, condamnés à l'inaction au milieu des plus honteux excès. Ils virent des vierges sacrées de tout Age, la jeunesse timide, la vieillesse inOrme, des adolescentes, des octogénaires, des dames respectables recluses volontaires mises toutes nues, battues de verges, poursuivies dans cet état affreux de nudité dans tous les coins de leurs maisons et de leurs jardins, terrassées, meurtries de coups, accablées d'injures plus cruelles que la mort même. Ils virent jusqu'à ces pieuses filles de Saint-Vincent dont le dovouement est si héroïque et l'humilité si profonde ; ils les virent fustigées, ensanglantées par les mains mêmes de ces hommes et de ces femmes dont elles avaient si souvent nourri la misère, couvert la nudité, soigné les plaies cadavéreuses. Ils eurent en un mot la douleur de voir épuiser sur ces filles innocentes tout ce que la rage d'une soldatesque effrénée pourrait se permettre dans une ville prise d'assaut, et plusieurs heures se passèrent dans ces tourments. Enfin, quand la rage des bourreaux fut épuisée, les profanateurs des cou-

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vents défilèrent à travers les haies de soldats sans être troublés dans leur marche triomphale.... »

Les journalistes révolutionnaires pour la plupart eurent grand soin de ne point parler de ces infamies, ou de glisser légèrement sur elles. Nous voudrions attribuer ce silence à un juste sentiment de honte; malheureusement la conduite de plusieurs d'entre eux donne à penser qu'ils se turent par tactique , et que très-satisfaits intérieurement des violences qu'ils avaient provoquées, ils voulurent autant que possible en éviter la responsabilité morale. Mais il y en eut pourtant qui se réjouirent ouvertement de ces excès. Un futur girondin, qui devait figurer parmi les vingt-deux victimes du 31 octobre 1793, Carra, écrivait dans ses Annales patriotiques du 9 avril :

... « La foule s'y est transportée (dans les églises); les femmes étaient armées de verges ; elles ont fustigé hors du temple quelques calotins et calotines possédés du démon de la contre-révolution , et les hommes ont beaucoup ri des grimaces de ces lutins flagellés ; cependant la garde nationale est accourue et a rabattu les cotillons retroussés. La municipalité, craignant que les fustigations publiques et trop répétées n'occasionnassent quelque scène plus fâcheuse, a mis fin par une proclamation à ces corrections populaires; elle a ordonné que les églises des nonnains seraient fermées au public... »

On peut dire cette fois, sans injustice : «Le style c'est l'homme. » Voilà les ignobles auxiliaires que les hommes de 89 ménageaient avec tant de soin ! De l'aveu de Carra, la municipalité avait suivi la méthode qu'elle devait employer si fréquemment pendant la révolution. Elle avait laissé impunément maltraiter les citoyens qui voulaient user d'un droit incontestable, et elle en avait pris prétexte pour leur interdire l'exercice de ce droit. Les jacobins avaient commis des violences abominables dans les couvents et dans leurs chapelles ; c'était une raison pour interdire l'exercice du culte dans les couvents. Elle avait déjà suivi le même système pour empêcher le club monarchique de se réunir. 11 en était de l'exercice du culte comme de l'exercice du droit de réunion ; les brigands et les autorités s'entendaient comme larrons en foire pour rendre l'un et l'autre impossibles. Le noAibre des religieuses et des femmes fouettées fut énorme (l ). Troissœurs

(1) Les Jacobins célébrèrent ers ignobles violences avec une joie délirante.

de Saint-Vincent-de-Paul attachées à la paroisse Sainte-Marguerite moururent des suites de ces odieux traitements.

Le lendemain 10 avril le corps municipal fit une proclamation dans laquelle il blâmait les personnes qui prétendaient a punir par des corrections indécentes l'attachement des religieuses auxréfractaires» ; mais tout cela n'éisdi que pour la farce, et au lieu de déclarer qu'elle avait pris des mesures pour empêcher le retour de pareils désordres, l'administration invitait Gobel à empêcher a des ecclésiastiques sans pouvoirs de s'immiscer dans aucune fonction publique ecclésiastique... » Ainsi, d'après la municipalité, les couvents auraient provoqué la populace, et pour les fouetteurs de religieuses elle trouvait des circonstances atténuantes dans l'orthodoxie des religieuses fouettées.

Louis XVI fut extrêmement affligé de ces ignobles scènes. Les lois nouvelles remettaient complètement la police de Paris à des autorités qui n'avaient nulle envie de réprimer de pareils excès, et ne songeaient qu'à s'en prévaloir pour prohiber complètement l'exercice du culte catholique. Bien que le roi fût censé le chef du pouvoir exécutif, il lui était impossible de prendre des mesures efficaces pour prévenir le retour de pareils désordres ; il pouvait moins pour protéger les couvents que le plus obscur officier municipal. Il sentit alors, plus cruellement que jamais, la responsabilité qu'il avait assumée en sanctionnant la constitution civile, et en soumettant ainsi les catholiques à un régime de persécution dont il lui était impossible de tempérer les rigueurs. Il fit pourtant tout ce qu'il put. Son ministre Delessart

I/>m de chercher à les atti'nuer, ils les racontèrent avec tons leurs détails dans des pamphlets orduriers. L*un d'eux est intitulé : » Liste des sœurs et dévotes qui ont été fouettées par les dames des marchés des différents quartiers de Paris, avec leurnom et celui de leur paroisse et un détail très^véritable de toutes leurs aventures avec les curés, vicaires et habitués desdites paroisses..!» Le détail manque, et il se contente de jeter à toutes les Tictimes en bloc l'accusation d'immoralité. Il accuse les religieuses de Saint- Roch d'avoir préparé de IMiuile bouillante pour la jeter sur le curé constitutionnel lorsqu'il passerait sous leurs fenêtres. Un autre est intitulé : « Listes des c... aristocrates et anticonstitutionnels qui ont été fouettés hier à tour de bras par les dames de la Halle et du faubourg Saint-Antoine. » Cet immonde pamphlet est écrit dans le même style que son titre, et il est impossible d'en rien citer. II assure que trois cents femmes et religieuses ont été victimes des fustigations.

l'arrêté du directoire. 221

écrivit au directoire du département , qui était bien mieux intentionné que la municipalité.

« Le roi, messieurs, n'a pu apprendre sans une peine extrême les mauvais traitements exercés sur des personnes à qui leur sexe et leur état auraient dû servir de défense. Les mœurs et les lois sont également blessées par des violences de cette nature, et si cette coupable licence n'était pas enfin réprimée, si à chaque événement, à chaque circonstance, si dans la capitale, sous les yeux du roi et de l'Assemblée nationale, de semblables scènes devaient se renouveler, il n y aurait effectivement ni liberté ni sûreté, et la constitution ne s'établirait jamais. C'est donc au nom de la constitution môme, au nom de l'ordre et pour l'honneur du gouvernement, que le roi vous enjoint d'employer les moyens les plus prompts et les plus sûrs pour faire poursuivre et punir les auteurs de ces délits. Mais en même temps que Sa Majesté vous commande d'opposer la sévérité des lois à ces excès, elle désire encore davantage que, par l'autorité de la raison, vous puissiez faire régner cet esprit de tolérance et de modération qui convient à des hommes libres et qui doit être un des plus beaux résultats de notre constitution. )»

Le Directoire avait été très-effrayé des scènes du 9 avril. Les hommes qui le composaient étaient tout à fait imbus de la philosophie du dix-huitième siècle, et assez portés, comme Mirabeau, Bamave et tant d'autres, à croire qu'en temps de révolution on pouvait passer au peuple bien des excès, surtout lorsqu'il prenait des catholiques pour victimes. Mais les scènes du 9 avril avaient un caractère particulièrement ignoble, et il suffisait d'être homme d'honneur, dans le sens le plus mondain du mot, pour en être profondément scandalisé. Les révolutionnaires de bas étage étaient enchantés de leurs sales exploits, et même beaucoup de modérés n'avaient vu dans cette ignoble émeute qu'une bonne leçon infligée aux non-conformistes, et un avertissement salutaire pour les personnes qui seraient tentées de les imiter. Mais le directoire de Paris , moins aveuglé par le fanatisme antireligieux, comprit très-bien que les scènes du 0 avril avaient une signification encore plus politique que religieuse : le fanatisme religieux n'avait rien à faire avec tous ces excès; la religion constitutionnelle n'importait guère aux jacobins; ils venaient seulement de montrer qu'ils étaient capables de tout contre ceux qui oseraient sur quelque point que ce fût leur tenir tête. Décidément, si on n'y prenait pas garde,

la démagogie allait par ses excès déshonorer la révolution en attendant qu*eUe traitât les révolutionnaires modérés comme les catholiques et les royalistes. Le directoire eut le mérite de comprendre qu'il fallait absolument faire trêve à la persécution religieuse, et ne pas prolonger la division entre les éléments conservateurs. Il prit donc un arrêté dont nous allons citer les principales dispositions; car tout incomplet qu'il est, il a occasionné des discussions importantes au sein de l'Assemblée, et un peu adouci le sort des non-conformistes.

Après quelques considérants sur la nécessité de maintenir la liberté religieuse et de prévenir les désordres causés par la diversité des opinions, le Directoire prend les dispositions suivantes :

a Article i : La municipalité nommera pour chaque église paroissiale un offlcier public , sous le nom de préposé laïque^ lequel aura la garde de rédifice^ celle de la sacristie, le dépôt des ornements, etc., le soin de la police extérieure.

« 2® Le préposé de chaque paroisse aura sous ses ordres le nombre d'employés qui sera jugé sufGsant pour le service laïque de l'église.

« 3® Tout préposé laïque et les employés sous ses ordres seront tenus, sous peine de destitution, d'empêcher qu'aucune fonction ecclésiastique ne soit exercée dans leur église , sacristie , ou bâtiments dépendants, par d'autres que par les fonctionnaires publics ecclésiastiques salariés par la nation, nominativement attachés à la dite église paroissiale, et inscrits sur un tableau exposé à cet effet à la porte de la sacristie.

« 4° Il ne pourra être fait d'exception à Tordre précédent qu'en faveur des prêtres ou ecclésiastiques munis d'une licence particulière accordée par Tévêque du département, visée et consentie par le curé de la paroisse, laquelle permission aura besoin d'être renouvelée dans les trois mois. »

Ces articles réglaient l'exercice du culte dans les églises constitutionnelles. D'après les articles 5 et 6, toutes les autres églises ou chapelles de Paris appartenant à la nation devaient être fermées dans les vingt-quatre heures. Celles de§ hôpitaux, prisons, collèges, séminaires, couvents conservés de religieuses étaient provisoirement exceptées de cette mesure.

« Article 7. Les exceptions portées en l'article précédent n'auront lieu qu'aux conditions suivantes : que ces chapelles ne devant servir

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qu'à l'usage particulier de la maison, ne seront en aucun cas ouvertes au public : qu'aucune fonction ecclésiastique ne pourra y être exercée que par ceux qui auront à cet effet une mission particulière de révèque de Paris visée par le curé de la paroisse ; laqueUe mission n'aura pu être accordée que sur la demande des supérieurs de ces maisons...

« Article 8. Il sera présenté incessamment une requête officielle à l'Assemblée nationale pour demander que la loi prononce, en cas de contravention, la peine de destitution pour les supérieurs et même de suppression des chapelles suivant les cas. »

Heureusement ces deux articles étiiient tempérés par l'article 9, qui permettait aux religieuses cloîtrées d'exercer le culte, si elles le voulaient, sans aumônier constitutionnel, mais pour elles seules, dans l'intérieur de leur couvent. D'après l'article 10, les églises et chapelles non conservées devaient être mises en vente.

Les articles suivants contiennent une nouvelle législation religieuse.

<c Article 1 \ . Tout édifice , ou portion d'édifice que des particuliers voudront destiner à réunir un grand nombre d'individus pour l'exercice d'un culte religieux quelconque, portera sur la principale porte extérieure une inscription pour indiquer son usage et le distinguer de celui des églises publiques, appartenant à la nation et dont le service est payé par elle.

« Article 12. Cette inscription ne pourra, pendant le cours de cette année 1791, être placée qu'après avoir été vue ou autorisée parle directoire du département.

« Article 13. Seroht exempts de l'inscription les maîtres de maison qui ont déjà ou auront des chapelles pailiculières pour l'usage seulement intérieur de leurs maisons.

« Article 14. Il est expressément interdit de mêler aux exercices de quelque culte que ce soit des provocations contre la constitution, contre les lois, ou contre les autorités établies. A ce signe la police doit distinguer de ceux qui se réunissent paisiblement pour leur religign, ceux qui sous ce prétexte s'assembleraient dans des vues criminelles et, pour tenter des coalitions factieuses contre l'établissement de la constitution.

« Article 15. Toute contravention aux articles 11, 12 et U sera réprimée ; la première fois par les moyens et les peines ordinaires de police, et la seconde fois par telle autre peine plus sévère prononcée par

la loi, le directoire du département se réservant de s'adresser à l'Assemblée nationale pour avoir à cet égard une loi pénale.

a Article 46. Le directoire ordonne expressément à la municipalité d'employer tous ses moyens pour réprimer efficacement les coupables effets de l'odieuse intolérance qui s'est récemment manifestée , et pour prévenir les mômes délits sous quelque forme qu'ils se reproduisent contre la pleine liberté religieuse reconnue et garantie par la nouvelle constitution. »

Ce dernier article est extrêmement audacieux pour l'époque.

Le directoire invitait rAssemblée à compléter son arrêté dans l'espoir de le faire approuver par elle, et môme déclarer applicable dans tout le royaume. Sous une forme très-modeste il lui demandait de faire une nouvelle révolution religieuse.

Cet arrêté, s'il était fidèlement exécuté, s'il était converti en une loi générale, devait entraîner des conséquences incalculables. Ses rédacteurs avaient fait un véritable tour de force ; car ils avaient changé complètement la législation religieuse de l'Assemblée, sans avoir l'air de contredire aucune de ses dispositions.

La déclaration des droits de l'homme garantissait aux catholiques la liberté de leur culte. La constitution civile, en contradiction formelle sur ce point avec la constitution politique du royaume, exigeait de tous ceux qui se disaient catholiques la conformité à ses innovations religieuses et leur interdisait formellement d'élever autel contre autel. L'arrêté du 11 avril ne touchait nullement aux privilèges de l'Église constitutionnelle; il la maintenait au contraire dans les temples qu'elle avait usurpés, mais il accordait la liberté du culte à ceux qui ne voulaient point accepter ses erreurs. Désormais les catholiques jouiraient de la même liberté que les protestants et les juifs, et pourraient, comme eux, se réunir autour des ministres de leur choix, dans des temples achetés ou loués à leurs frais. Ils verraient sans doute occupées par les schismatiques les églises élevées par la piété de leurs ancêtres et dans lesquelles ils avaient prié jusqu'alors, mais du moins ils auraient le droit de refuser au schisme leur participation, sans s'exposer à la fois aux persécutions légales et aux violences de la rue, sans voir insulter lâchement la pudeur de leurs femmes et de leurs filles. La Constituante avait violé sans vergogne ses propres principes, et créé une église d'État oppressive, une véritable machine à persécu-

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tion comme l'Église anglicane desTudors. L'arrêté du 11 avril la métamorphosait en une Église simplement privilégiée, comme l'Église anglicane depuis l'émancipation des catholiques.

Si cet arrêté avait été converti en loi générale et strictement appliqué, les deux Églises, catholique et constitutionnelle, se seriaent alors trouvées toutes deux en présence, ayant chacune leur hiérarchie; comme l'Église catholique d'Irlande, si longtemps opprimée, s'est trouvée, aussitôt après l'émancipation, en face de l'Église anglicane installée si violemment et à si grands frais dans un pays éminemment catholique. L'ancienne Église complètement dépouillée, tenue toujours en suspicion, mais professée par la majorité, aurait comme en Irlande lutté contre une Église d'État se pavanant dans des temples volés, richement dotée, instituée d'abord contre le catholicisme comme un engin de destruction, et réduite enfin à la simple condition d'une Église privilégiée, après la constatation définitive de son impuissance. Mais l'Église anglicane était celle d'une partie des colons implantés en Irlande ; elle avait du moins une raison d'être comme religion et un élément de durée. L'Église constitutionnelle n'avait au contraire d'autre raison d'être que le bon plaisir de voltairiens qui n'y croyaient pas et qui l'avaient créée uniquement pour préparer la France au renversement complet du catholicisme. Si pour exercer librement ses droits politiques personne n'était plus tenu de se rallier à cette Église , si pour exercer des fonctions quelconques le catholique n'était plus forcé de prêter serment à des lois contraires à sa conscience, s'il n'était plus permis de confondre la constitution civile du clergé et la constitution politique, et d'accuser de lèse-constitution celui qui ne voudrait pas reconnaître Gobel pour son évêque l'Église constitutionnelle, entre les philosophes qui la soutenaient de leur influence sans fréquenter ses temples, et les catholiques, qui la fuyaient comme la peste, devait se trouver réduite dans quelques endroits à une poigne^ de jansénistes, et partout ailleurs elle aurait prêché dans des églises complètement désertes. Au bout de quelques mois d'un régime de vraie liberté, les choses en devaient venir là infailliblement, et on comprend sans peine ce qui en serait résulté ; il aurait été impossible de payer quarante millions par an à une doublure de la petite Église janséniste d'Utrecht, lorsque l'Église de la grande majorité des Français, à qui la révolution venait

de prendre ses biens en lui promettant de la rétribuer, vivait pauvrement aux frais de ses adhérents. L'Assemblée, en adoptant l'arrêté du il avril et en veillant à son exécution, pouvait réparer à peu près dans l'avenir l'énorme faute qu'elle avait commise en faisant la constitution civile. C'était un excellent moyen de revenir en arrière, sans rompre ouvertement avec les fanatiques antireligieux. En agissant ainsi, on ne touchait pas H la constitution civile, on la condamnait à mort avec sursis, et elle n'en était que mieux condamnée ! Elle ne pouvait subsister sans persécution; on lui payait exactement ses traitements, mais on refusait de persécuter, et elle mourait d'anémie ! Et si les révolutionnaires s'en plaignaient, on avait le droit de leur dire : a Que ne la soutenez-vous de votre dévotion ; nous la soutenons bien de notre argent : c'est votre affaire! »

Pour que l'arrêté du directoire ramenât la révolution à la tolérance religieuse, il aurait fallu que le parti constitutionnel le fit appliquer résolument, tout en continuant de se séparer de l'extrême gauche. Malheureusement la philosophie du dixhuitième siècle avait inspiré à beaucoup de députés, assez modérés du reste en politique, un fanatisme antireligieux tellement prononcé , qu'il leur était impossible de renoncer à la persécution religieuse , quelque avantage que leur propre parti pût en retirer. L'Église était dépouillée, chassée de ses sanctuaires; la révolution ne revenait pas là-dessus; mais c'était déjà trop pour eux qu'elle fût libre d'exercer son culte dans des édifices loués à ses frais. Ils trouvaient qu'on renonçait bien vite à écraser l'infftme ; encore quelques mois de persécution, disaient-ils, et la constance des catholiques se lassera, et ils se soumettront à l'Église constitutionnelle. Il ne pouvait leur entrer dans la tète qu'on voulût souffrir pour la foi ; ils étaient pourtant témoins du contraire, mais* leur aveuglement ne faisait qu'augmenter : voilà deux mois, trois^mois, disaient-ils, que ces fanatiques tiennent bon contre toute attente , raison de plus pour qu'ils cèdent bientôt. Ceux qui voyaient de loin s'alarmaient en pen:*ant à la chute certaine de l'Église constitutionnelle, si l'Assemblée adoptait le système du directoire de Paris : les autres éprouvaient un vif sentiment de déception , en pensant que deux Églises hostiles allaient se partager inégalement la nation, qu'ainsi tous les décrets faits par l'Assemblée dans rintention d'asservir le catholicisme à l'État manqueraient com-

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plétement leur but et serviraient 'seulement à donner des places -et des traitements à quelques ecclésiastiques dont le patriotisme bruyant pouvait n'être pas toujours sincère.

L'Assemblée allait donc être saisie en réalité d'une demande d'abrogation partielle de la constitution civile. A chaque instant le comité ecclésiastique et le comité des recherches l'invitaient à rendre de nouveaux décrets pour consolider cet édifice croulant. Le A avril elle avait décrété que dans les départements où il fallait que les ecclésiastiques sussent deux langues , et dans tous ceux où les sujets faisaient défaut, il suffirait, pendant l'année 1791, d'être prêtre séculier ou régulier, pour être curé ou vicaire , sans qu'aucune condition de temps pût être exigée. Les municipalités , les corps administratifs, les tribunaux étaient chargés de poursuivre avec vigueur tous les prêtres et les laïques accusés de s'être immiscés dans leurs anciennes fonctions ou de s'être coalisés contre la constitution civile. Les procédures devaient être envoyées à l'Assemblée, qui •déciderait suivant la gravité des faits^ si on renverrait les accusés à la haute cour d'Orléans.

Par un autre décret, du 15 avril, elle assujettit au serment tous les chapelains, desservants d'hdpitaux, de prisons, etc. Les catholiques ne pouvaient donc plus aller entendre un prêtre insermenté dans les chapelles de ces établissements publics qui formaient jusqu'alors , au point de vue de la loi , une sorte de terrain neutre entre les deux Églises. On s'appliquait soigneusement à expulser les insermentés de tout lieu religieux quelconque, s'ils ne faisaient adhésion à l'Église constitutionnelle, et à leur interdire comme un crime de 5e réunir entre eux. L'exercice du culte allait donc devenir complètement impossible si l'arrêté du directoire n'était pas converti en loi.

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