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d'anarchie ; il veut enfin la liberté ; il veut un gouvernement solide , fort contre le crime , fort pour le maintien des droits de tous; il va prononcer luimême. Les patriotes du 14 juillet , les républicains du 10 août y ceux qui ont combattu et vaincu pour la liberté se rendront en foule aux assemblées primaires. Toutes les factions d'un jour s'évanouiront devant rétemelle majesté du peuple souverain. »
Ces adresses présentées chaque jour à la Convention, l'accueil plus ou moins altier et menaçant qu'elles y recevaient , contribuaient à animer de plus en plus les esprits contre la faction qui s'était em<^ parée de la France depuis le 10 août, et qui voulait, à tout prix, conserver le pouvoir. Le lui disputer; vouloir que la République fût composée de toute la nation, et non plus partagée ou disputée entre les diverses subdivisions du parti qui exploitait, depuis trois ans, la seconde révolution : voilà ce que les républicains appelaient conspirer avec les émigrés et les chouans. Ils n'étaient point calmés par la certitude presque complète du vote des assemblées primaires. Â Paris , la majorité devait être contre les deux décrets ; mais dans les départements , le mouvement d'opinion était loin d'être aussi prononcé.
Les thermidoriens portaient -dans cette lutte leurs habitudes d'exagération et de violence. Fréron, qoi avait, en 1793, inondé de sang Marseille et Toulon; qui, un an après, avait ameuté la jeunesse parisienne contre les Jacobins, reprenait maintenant ses pre* mières fureurs contre les prétendus conspirateurs. Il dénonça la rentrée des émigrés dans le département du Var, les menaces qu'ils adressaient aux acquéreurs
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de leurs biens , la connivence des curés pour en obtenir la restitution; et, comme on ne semblait pas convaincu de l'exactitude des faits , il disait : — a- Ce ne sont point des exagérations ; les émigrés qui ont servi sur la flotte anglaise sont rentrés. Il ne faut pas que la Convention se déguise sa position, elle est dans un défilé : le royalisme, les prêtres s'agitent. Êtesvous Termes , on dit que vous voulez la Terreur ; êtesvous indulgents, on abuse de votre indulgence au profit de la contre-révolution. Prononcez-vous; il faut empêcher la rentrée des émigrés qui ont voulu pro^ clamer Louis XVIII et l'appeler à Toulon. >i
Il proposa un projet de décret pour déclarer émigrés les fugitifs qui , pour échapper aux fusillades et aux massacres ordonnés par lui, avaient cherché asile sur les vaisseaux anglais.
Lanjuinais représenta qu'on ne pouvait faire des lois pénales à la minute, et demanda le renvoi au comité de législation. Louvet s'écria :-—« 11 est temps d'arrêter la contre-révolution. »
Tallien se plaignit de la léthargie des comités , qui ne faisaient pas même connaître à TAssemblée l'état déplorable de plusieurs parties de la République. Il assura que, dans plusieurs départements méridionaux, les patriotes et les acquéreurs de biens nationaux étaient encore «gorgés. Il démentait ainsi ce que Chénier lui-même avait déclaré trois Jours auparavant. 11 renouvela ses invocations aux vainqueurs de la Bastille et du 10 août: — k Les ennemis de la liberté et de l'égalité conspirent pour vous redonner des fers. Le soufTrirez-vous ? Non ! non ! reprenez Votre ancien courage et combattez de nouveau les ennemis de votre pays. » — Ce discours fut très-
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applaudi j et la Convention ordonna qu'il serait imprimé et afliché.
Bréard déposa un imprimé distribué dans le dépar* tement de TOise ; c'était une invitation aux assemblées primaires de voter contre les deux décrets. Cette pièce était produite en preuve de la conspiration royaliste.
On discuta la proposition de Fréron. Lanjuinais fit remarquer quelles conséquences terribles aurait un article qui assimilait à un émigré indûment rentré, c'est-à-dire qui condamnait à mort, tout citoyen dont le certificat de résidence serait déclaré non valable.
Dn Montagnard consentait à ce que la peine de mort ne leur fût pas infligée, mais il demandait que, du moins par provision , il leur fût interdit de voter dans les assemblées primaires. --^ « Le salut de la patrie réclame cette mesure, disait-il; sauvons la patrie avant tout. »
Tallien reprit la parole pour appuyer le. renvoi au comité de législation. — (( Je ne veux pas qu'on puisse répandre que Fréron et Tallien veulent rétablir la Terreur. » — Il fit plusieurs allusions à tout ce qui , depuis quelques jours , lui était imputé par un public devenu malveillant pour lui. — a Peu m 'importe qu'on dise de moi que j'ai volé les diamants de la châsse de sainte Geneviève; peu m'importe qu'on me désigne comme victime, si une sédition éclate ; je ne crains point les conspirateurs ; leurs projets me sont connus , et il faudra qu'ils me fassent égorger ce soir, ou bien je les dévoilerai demain. »
La proposition fut renvoyée au comité de législation; mais les alarmes et les colères des républicains