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Histoire de la cytologie

Avant d’exposer en détail la constitution intime et la morphologie de la cellule, d’analyser les manifestations qui permettent de la considérer comme une unité vivante, de décrire son évolution depuis sa naissance jusqu’à sa mort, je voudrais montrer comment se sont peu à peu édifiées nos connaissances sur l’organisation intime des êtres vivants. Je désirerais, en d’autres termes, résumer Y histoire de la cytologie , cette branche aujourd’hui si importante des sciences biologiques.

« La connaissance de la cytologie est actuellement, comme l’a dit ITenneguy, indispensable aussi bien à l’histologiste qui cherche la fine structure des tissus, qu’à l’em-

bryogéniste, pour qui l’élément cellulaire est le point de départ de la genèse des êtres organisés. Elle n’est pas moins indispensable au physiologiste qui, selon l’expression de Cl. Bernard, doit arriver à expliquer et à régler les phénomènes de la vie en se fondant sur la connaissance des propriétés des éléments histologiques. » Elle est encore d’une grande utilité pour le clinicien et l’anatomopathologiste, qui retrouvent dans les altérations des cellules sinon toujours les causes, mais tout au moins les effets de la plupart des maladies.

Au xvne siècle, on possédait des notions assez précises sur l’organisation extérieure des êtres vivants, mais on ne savait rien ou presque rien de leur organisation intérieure. Les savants de l’époque, qui s’appelaient les « Curieux de la nature », s’apercevant que les meilleurs yeux du monde n’étaient pas suffisants pour distinguer la structure et les détails de conformation des animaux et des plantes, songèrent, pour voir mieux et pour voir plus, à recourir à l’emploi du microscope qui venait d’être inventé. C’est de cette

époque que date la notion de la cellule.

Les premières découvertes importantes furent faites par les naturalistes. En 1665, le physicien anglais Robert Hooke, examinant une mince lame de liège, vit qu’elle était formée, comme un gâteau d’abeilles, par une série de petites cavités disposées les unes à côté des autres. Il appella cellule chacune de * ces petites loges, ne se doutant guère de la fortune qui était réservée à son appellation.

Grew, en 1682, décrit les cellules des plantes sous le nom de vésicules , ou petites vessies, et Malpighi, en 1686, sous celui d utricules ou petites outres.

Ces dénominations furent couramment employées jusqu’en 1800, époque à laquelle Brisseau-Mirbel reprit l’appellation de cellules. Pour cet auteur, les cellules forment dans les végétaux un tissu continu, le tissu cellulaire ; « elles sont limitées par des parois membraneuses, transparentes comme le verre, et criblées de petites pores dont l’ouverture n’atteint certainement pas la 300e partie d’une ligne ».

Ces premiers observateurs, étudiant des

cellules vieilles, arrivées à une période avancée de leur évolution, avaient donc tout d'abord distingué et décrit la paroi des éléments . Il ne pouvait en être autrement, étant donnée la modicité de leurs moyens de recherches.

Les notions acquises au commencement de siècle étaient donc bien incomplètes, et pourtant, dès 1826, Turpin avait cherché à établir l’individualité de chaque cellule. Dans son « Organographie élémentaire et comparée des végétaux » il considère en effet chacune des vésicules composantes du tissu cellulaire comme une individualité distincte, ayant son centre vital particulier de végétation et de propagation ; il montre encore que ces vésicules sont destinées à former, par leur agglomération, l’individualité composée des végétaux.

C’est en 1831 que Robert Brown fit connaître la présence constante, dans l’intérieur de chaque cellule végétale, d’une petite masse qu’il appela noyau. A vrai dire, ce corps qu’il avait découvert dans les cellules épidermiques des asclépiadées et des orchidées, avait déjà été aperçu par d’autres ob-

servateurs : Leeuwenhoek l’avait vu et représenté dans les globules sanguins des batraciens, Cavolini (1787) dans les œufs des poissons, Fontana (1781) dans les cellules épithéliales de l’anguille. On avait même constaté dans ce noyau la présence d’une tache que Valentin, quelques années plus tard, appelait nucléole.

On fut amené aussi à étudier la substance, sorte de gelée, qui est contenue dans l’intérieur des parois ; sans reconnaître toute son importance, on la considérait comme partie constituante de la cellule.

En 1838, le botaniste allemand Schleiden, généralisant les données qui se dégageaient des recherches poursuivies de tous côtés, montra que les tissus végétaux sont formés par des cellules ou des dérivés de cellules. Chaque cellule végétale était considérée, à cette époque, comme possédant trois parties fondamentales : la membrane , le contenu ou corps cellulaire pouvant renfermer du suc cellulaire , et enfin le noyau possédant un nucléole. Dans quelques cellules on pouvait rencontrer des particules figurées , telles que

les grains de fécule, les grains de chlorophylle, des cristaux, dont Mayen, en 1828, avait constaté la présence.

C’est seulement de 1839 que date la connaissance de la constitution intime des tissus animaux . On admettait auparavant que l’organisme animal était formé par de petits amas d’une substance molle, plus ou moins confondus les uns dans les autres. C’était la thèse que soutenait Raspail en 1820, Tréviranus en 1835, Arnold en 1836.

L’anatomiste et physiologiste Théodore Schwann, professeur à l’université de Louvain, appliqua aux tissus animaux la théorie que Schleiden avait formulée pour les tissus végétaux. Il était lié d’une étroite amitié avec le botaniste allemand, aimait à s’entretenir avec lui de ses recherches. Il nous a raconté lui-même comment il avait été amené à transporter dans le domaine de l’histologie animale les notions générales qui se dégageaient des études d’histologie végétale.

« Un jour, écrit-il, que je dînais avec M. Schleiden, cet illustre botaniste me signala le rôle important que le noyau joue dans le

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